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    Afghanistan

    (voir la QUESTION PACHTOUNE ci-dessous)

    (voir la rubrique "métaux" pour l'Afghanistan)

     

    La guerre en Afghanistan

    (30 -10-2009)

    On sait que Karzaï a des relations plus ou moins louches avec les chefs de guerre et les talibans, et qu'il est à l'origine du bourrage des urnes dans les élections présidéntielles..

    On apprend que l'un de ses frères fait du trafic de drogue, et surtout qu'un autre frère Ahmed Wali Karzaï "émarge à la CIA depuis 8 ans". En même temps, il a des relations avec les talibans et monte une force paramilitaire contre les insurgés. (Le Monde du 30-10-09)

    Avec tous les espions que les USA utilisent et payent dans tous les pays, comment se fait-il qu'on ne sache où se trouve "la sorcière" AL QAÏDA ??? Comment ne lui a-t-on pas mis la main dessus ? A quoi donc est-elle utile ??

    On sait également que les USA utilisaient la société véreuse Blackwater pour faire assassiner tous les indésirables à leurs yeux, en IRAK.

     

    Les révélations d'un site américain Wikileaks sur la guerre en Afghanistan

    (juillet août 2010)

    Gagner les coeurs et les esprits des afghans ? Le grand bluff, le grand mensonge de l'armée US, qui assassine sans ménagement, n'a aucunement l'intention de créer des écoles, des routes, des hôpitaux, et d'aider à une reconversion de l'agriculture en faveur des habitants...De quoi alimenter la presse sur la corruption, la drogue ! Evidemment, seul le trafic de la drogue permet de financer le combat des partisans de l'éviction totale des armées de l'OTAN du territoire.

     

    La moitié des "soldats" intervenant en Afghanistan seraient des mercenaires payés des sociétés privées diverses dont "l'ex Blackwater" aujourd'hui bien nommée "Paravant". Ces mercenaires ne sont nullement contrôlés par l'OTAN et les USA, ils font ce qu'ils veulent. De quoi gagner à coup sûr les esprits et les coeurs !!!

    Blackwater participe à des programmes secrets d'assassinats demandés par la CIA.

    Des milliards de dollars sont attribués à ces sociétés tandis qu'on nous bassine sur l'aide au développement pour faire des routes, des hôpitaux, des écoles.. etc.. Quelles blagues !!

    Hamid Karzaï, qui commence à échapper au contrôle des USA, et dont on connait les liens avec certains groupes talibans, eux-mêmes liés aux chefs de guerre, se fait le porte parole de ces derniers et de la population en demandant l'interdiction des mercenaires. C'est bien vu et cela peut aider à le légitimer, lui qui a été élu par le trucage.... (Le Monde du 13-8-10). Ceci dit, il a parfaitement raison.

     

    Les ONG, d'habitude bien vues en Afghanistan, ont été tellement instrumentalisées par l'armée et ses sbires, que les insurgés afghans ont décidé de les chasser. Eh oui elles sont assimilées comme aidant et participant au processus d'occupation. Ce sont des auxiliaires de la conquête... (Le Monde du 14 août 2010)

     

    LES IMPOSTEURS OU LES FABRICATIONS DES SERVICES SECRETS !

    Le journal le Monde (le 25-11-10) révèle que le porte parole des "talibans modérés", Muhammad Mansour, était un imposteur dont les médias et les gouvernements ont fait leur choux gras. Il serait éventuellement un agent des services secrets pakistanais. Nous disons : "Pourquoi pas de la CIA" ? Tout comme Baradar, autre taliban modéré... Qui était-il ??

     

     

    Guerre soviétique en Afghanistan de 1979 à 1989

    (extrait du livre : histoire de la guerre d'Afghanistan. Assem Akram. Ed Balland. 1996)

    Un exemple d'écrasement d'un peuple

    La monarchie afghane est devenue constitutionnelle en 1964. Elle se dote d'une Constitution libérale. Il existe à cette époque dans ce pays un parti communiste assez important bien que la foi musulmane touche la grande majorité de la population. Les idées communistes se répandent dans l'intelligentsia, et y compris dans le palais royal. Daoud, procommuniste, un cousin du roi, va bousculer ce dernier et prendre sa place en 1973. Il proclame la République puis un régime procommuniste..

    Daoud veut rester indépendant des soviétiques tout en désirant leur bienvaillance. Il se fera bouster en 1978, date à laquelle s'installe un vrai gouvernement communiste contre Daoud jugé trop mou, bien qu'il ait rempli les prisons d'opposants ! Apparemment, tout ceci se fait en tant que révolutions de palais. Cela ne semble pas concerner de très près le peuple. C'est la raison pour laquelle les tentatives de réformes visant à mettre dehors, ce qui est appelé, "les propriétaires terriens", échouent. Car ces derniers sont avant tout des chefs de guerre et des chefs de tribus, par région. Le soutien de la population leur est presque total. La distribution des terres, celles des récoltes, se font par la tribu qui assure la protection de tous. Même si le chef de guerre se donne des pouvoirs exorbitants, ça n'est pas un féodal au sens de l'Occident de l'ouest. La réforme agraire n'a donc pas le même écho que dans d'autres pays. Les paysans ne s'imaginent pas isolés de leur tribu, qui remplit les fonctions de la solidarité collective.

    Cette situation perdure aussi parce que, entre autres, les femmes sont recluses, non pas pour des raisons religieuses, mais en raison des coutumes ancestrales qui arrangent les chefs de guerre. Ces derniers se prévalent souvent du Coran pour soumettre les femmes. Daoud, à grand peine, fait pénétrer les écoles dans les campagnes.

    Le nouveau gouvernement communiste de 1978, divisé en factions opposées, ne parvient pas à imposer ses lois. Il fait appel aux soviétiques en 1979.

    Là le peuple se soulève. Les chefs de guerre font appel à la résistance armée, et en 1981-82, 80% du territoire est sous leur contrôle. Ces résistants vont s'appeler "moujaheddines". Ne pouvant plus se référer au communsime, ils se réfèrent au Coran, et trouvent leur force de résistance dans la foi (mot à mot "moujaheddines veut dire "combattants de la foi ") ce qui signifie qu'ils combattent avec l'aide de la foi et non pour répandre la foi, comme se plaisent à l'écrire les journalistes ou politiques occidentaux de mauvaise foi.

    La guerre des soviétiques.

    Ni la promesse de la réforme agraire, ni la liberté pour les femmes, ne parviennent à en finir avec les moujaheddines.

    Signalons qu'en 1979 a lieu la révolution iranienne, qui chasse le Shah, d'abord sous l'égide populaire, puis rapidement sous l'égide des religieux qui la confisquent à leur profit. Les soviétiques qui craignent autant une révolution populaire authentique qu'une révolution des mollahs, se pressent d'intervenir en Afghanistan. Il est presque sûr que les soviétiques espéraient une réussite rapide en Afghanistan qui leur aurait permis, selon eux, une influence décisive en Iran.

    Les soviétiques achèvent de remplir les prisons et les camps de Daoud au nord de Kaboul d'opposants, avec l'aide du KHAD (équivalent du KGB et financé par lui). Ils vont décimer l'élite intellectuelle du pays: exécutions sommaires, disparitions, tortures, viols, détenus enterrés vivants avec des buldozers (ce que faisiat déjà le PCUS au Kirghistan contre les nomades). Le parti communiste, dit parti démocratique, devient le parti de la défense de la patrie.

    Les populations fuient, vers le Pakistan et vers l'Iran (5 millions de réfugiés en tout). Les soviétiques, à part les prisons, ne se lancent dans aucune réalisation de "développement".

    La méthode employée: bombardements systématiques la nuit sur les moindes lumières. Les soviétiques rasent les villages et les habitations. Comme les combattants circulaient la nuit, les soviétiques envoyaient des fusées éclairantes pendant 10 mn sur des voies de passages et d'approvisionnements, et bombardaient toutes les régions ainsi.

    Les canalisations souterraines, pour recueillir l'eau, du type de celles d'Iran, sont détruites.

    Les soviétiques montaient des embuscades, tuaient à la mitrailleuse, disposaient des mines (type papillon), autour des villes, autour des champs, dans les chemins, le long des ruisseaux, autour des puits, au pied des arbres, dans les cadavres....Les soldats soviétiques étaient ensuite récupérés par hélicoptère. Les soviétiques auraient répandu jusqu'à 30 millions de mines anti personnelles, pour une population de 20 millions d'habitants. 20% des victimes allaient travailler aux champs ou chercher de l'eau. 5 % de la population est gravement handicapée (rapports de l'ONU)

    Dès 1980, les soviétiques utilisaient des armes chimiques, le napalm, des gaz asphyxiants, irritants; ils empoisonnaient l'eau des puits, des rivières. Le cheptel est presque totalement détruit. Les récoltes sont incendiées. Il s'agissait d'affamer la population et les résistants.

    En 1988, ils lancent des missiles SCUD et Ouragan qui ont des effets ravageurs et laissent le pays exangue.

    Conclusion

    Les soviétiques ont-ils quelque chose à envier aux USA ? On a beaucoup parlé du Vietnam, on parle peu de l'Afghanistan du point de vue de la population afghane.

    Les américains permettront tardivement aux moujaheddines de précipiter la défaite des soviétiques grâce aux fusées Stinger, procurées via le Pakistan, qui permettront aux résistants de gagner la guerre. L'administration américaine espère, grâce à cela, gagner le mainmise sur ce pays, en se gardant bien de lui procurer immédiatement des démineurs, des routes, des écoles, des hôpitaux, et de quoi reconstruire le pays....

    Le pouvoir reste aux mains des communistes afghans jusqu'en 1992, date à laquelle Kaboul est enfin prise par les résistants qui ont le plus grand mal à s'unir. Ceux-ci se divisent dans un pays déchiré et ravagé. Les talibans prennent alotrs le pouvoir en 1994 en se présentant comme des rassembleurs, des justiciers, des partisans de l'ordre, et s'éloignent totalement des USA. Ils vont promouvoir une idéologie anti occidentale, fondamentaliste, et répressive... fondée sur une lecture très particulière du Coran et une interprétation archaïque de la charia (le droit musulman)

    Les soviétiques sont responsables pour une grande partie du fondamentalisme musulman. Ayant montré un visage odieux du communisme, ils ont fait disparaître les divers partis communistes et laïcs afghans. Ils ont été incapables d'unifier les communistes entre eux; ils ont facilité les guerres et oppositions entre chefs, ils ont cultivé la division et le désordre, et préparé le terrain aux fondamentalistes qui, eux, étaient davantage unis.

    août 09

     

    -LA QUESTION PACHTOUNE ET SON IMPORTANCE DANS LA QUESTION DE L' AFGHANISTAN.

    Pour comprendre cette question, un peu d'histoire d'abord.

    La GB occupe l'Inde depuis le 17ème siècle. Ils chassent les français et occupent l'ensemble du sous continent vers 1850. Ils ont imposé à l'Inde le libre échange à sens unique, c'est-à-dire de la GB à l'Inde seulement, et l'obligation pour cette dernière d'acheter désormais les tissus de coton en GB, alors que l'Inde en était productrice depuis des temps immémoriaux !
    La GB a en effet introduit le métier mécanique qui permet de tisser plus vite et aussi bien que ne le faisaient excellemment les métiers à bras en Inde. L'Inde est ruinée, envahie par les tissus anglais, l'artisanat est détruit, les gens retournent à la campagne et sont obligés de cultiver du coton pour fournir la GB en matière première. Les champs de coton remplacent de plus en plus les champs de riz. La famine s'installe en Inde dès le début du 19ème et dure tout le siècle. Des millions de gens meurent de faim (environ 5 millions écrit Palm Dutt). C'est l'un des premiers génocides de masse imposé par le libre échange consécutif à l'industrialisation de la GB (voir l'excellent livre de Palm Dutt : L'inde aujourd'hui et demain. Edit Sociales 1957. Claude Levi-Strauss, Tristes tropiques, Terre Humaine chez Plon, 1955 p 167 et s ; André Philip, L'Inde Moderne, librairie Felix Alcan 1930, p 84-85 et s…).

    GUERRE CONTRE L' AFGHANISTAN.

    Les anglais tentent dans la foulée d'occuper l'Afghanistan qui fait frontière avec l'Inde par l'intermédiaire d'une région montagneuse appelée le Pachtounistan, partie intégrante de l'Afghanistan. La GB y tient d'autant plus que la Russie tente elle-même d'occuper l'Afghanistan en passant au nord est par l'Hindou Kouch. La GB veut les prendre de vitesse et engage la guerre de 1839 contre l'Afghanistan (Le grand jeu de Rudyard Kipling . 1865-1936).

    Les pachtouns afghans sont très au courant de ce que la GB a fait en Inde. De la même façon que les japonais se faisaient raconter par les hollandais à la fin du 17ème siècle, comment la GB avait occupé l'Inde, moyennant des concessions commerciales, les afghans se font raconter par les voyageurs venus de l'Inde ce qu'est le colonisateur anglais.
    Les pachtouns sont illettrés mais sont des guerriers montagnards fort intelligents, indépendants et farouches. Cette guerre se termine par un désastre pour les anglais. Les afghans font preuve d'une particulière cruauté pour rejeter à jamais l'ennemi anglais. Ils massacrent 16000 hommes prisonniers, en gardent un, le chirurgien Brydon, pour qu'il annonce ce qui s'est passé aux anglais pour les impressionner à jamais.

    Dès lors, se constitue en pleine époque victorienne (1837-1901), la théorie raciste sur la sauvagerie des musulmans (William Johnson : Tom Graham VC, histoire de la guerre afghane. 1900). L'auteur invente que les afghans ont simplement pour but de tuer les hérétiques (et non pas de défendre leur pays) et de les découper en morceaux, pour trouver leur bonheur au paradis. Ce sont de " sales nègres ", des bêtes sauvages.. etc (1)
    En face les anglais sont des gens dits irréprochables, honnêtes, loyaux (article intitulé " Savages "-tous des sauvages- du 8 mai 2004 dans The Independant par Robert Fisk ; voir aussi, de cet auteur, La Grande Guerre pour la civilisation . La découverte 2005 ).

    Pendant la période victorienne, la GB est au zénith de sa puissance, elle a conquis les 2/3 de l'humanité, elle est le premier pays industriel. Elle a une monnaie forte qui correspond à la valeur de son capital. Elle possède l'armée et la flotte, les plus importantes du monde.


    LA LIGNE DURAND ET LA DIVISION DES PACHTOUNS.

    Les anglais ne s'avouent pas vaincus de la défaite de 1839. Ils cherchent une autre stratégie, dans laquelle ils vont exceller par la suite : la division.
    Ils s'attachent un homme retors mais ayant du charisme, via des espions, l'émir Ab dur-Rahman, un pachtoun, et l'achètent avec de l'or, puis le poussent à prendre le pouvoir à Kaboul. Ils l'obligent, après une deuxième guerre en 1878, dans laquelle ils se gardent bien d'entrer profondément dans le territoire, à céder une partie du Pachtounistan à l'Inde en 1893. La frontière entre l'Inde et l'Afghanistan va dès lors passer au milieu de cette région : ce sera la ligne Durand, du nom de Sir Hanry Mortimer Durand. (voir Alain Chevalerias, dans les écrits du site recherches-sur-le-terrorisme.com)

    Intérêt de cette division ? Leur intérêt est de casser l'unité politique du Pachtounistan dont ils ont compris que c'est la clef de la question afghane, les pachtouns représentant 40% de la population afghane. Les anglais vont faire de cette région une zone infranchissable pour " l'homme dit civilisé ". Ils accordent en effet l'auto administration à ce demi Pachtounistan indien, qui échappera au droit anglais : la police, la justice, l'armée relèveront de ce qu'ils vont appeler " la zone tribale ". Le mot vient des anglais. Dans leur esprit, " tribal " veut dire arriéré, sauvage… Les anglais vont armer cette région mais n'y apporteront ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les routes… Mieux, ils vont y favoriser tous les trafics, y rejeter tous les délinquants, y tolérer la fabrication et le trafic des armes qu'ils alimentent, des laboratoires pour faire de l'opium etc… En échange, la " zone tribale " s'engage à refouler toutes les incursions étrangères. Les anglais se protègent ainsi contre les russes, en pensant que les pachtouns feront subir aux russes ce qu'ils ont subi eux-mêmes.
    Les pachtouns ne respectent pas la ligne Durand et vont passer leur temps à la contester, mais leurs intérêts vont s'opposer au fil du temps entre l'Inde et l'Afghanistan, ce que voulaient les anglais. Et leur haine des anglais va se traduire par un durcissement et une rigidification de leurs structures sociales : les tribus, puisque la GB n'apporte rien à cette région sur le plan social et économique, à part la liberté de circulation des armes et de la drogue.
    La colonisation n'a cessé de vilipender les tribus, en ne tentant pas de comprendre de quoi il s'agissait. Le mépris recouvre cette structure sociale et économique pourtant fort intéressante.

    La tribu est une famille élargie sur un territoire donné, où la terre est gérée collectivement sous la direction du Conseil et du chef, lesquels ont pour tâche de la répartir, de décider de la nature des récoltes, de leur préservation, de leur distribution à la population. La solidarité entre les membres de la tribu est un principe fondamental. Personne ne meurt de faim, mais chacun doit obéissance au conseil en contrepartie. La tribu n'est pas égalitaire mais elle est solidaire ; en son sein il y a des riches et des pauvres, mais pas des misérables (distinction à faire entre misère et pauvreté). Le chef défend sa tribu, c'est un chef de guerre, ce peut être un chef religieux.
    Les questions de la terre, de l'eau, des aires d'élevage et de culture, des transports, de commerce, sont réglées par les tribus.
    Lorsque les français interdiront les tribus en Algérie vers 1880, ils réduiront la paysannerie algérienne à la misère. Ni les colonisateurs, ni les soviétiques plus tard, ne s'intéresseront à cette question. Pour eux, et selon une conception colonialiste et raciste, les tribus ne peuvent que représenter l'archaïsme, l'inculture, voire la barbarie. En réalité, une tribu démocratisée peut devenir un espace de démocratie directe extrêmement intéressant, où ses membres pourraient avoir accès au contrôle et à la gestion de leurs affaires. Mais le discrédit jeté par l'Occident va payer, l'inculture étant d'abord du côté des colonisateurs.

    La politique de la GB a payé. Les russes reconnaissent en 1907 la frontière nord de l'Afghanistan, tracée par le fleuve Amour Daria, et ne s'aventurent pas au sud.
    Parce que les rois afghans reconnaissent la ligne Durand, les anglais veulent bien à leur tour " accorder " l'indépendance de l'Afghanistan en 1921 et la validité de sa constitution de 1919, forts de la situation chaotique crée par eux en Pachtounistan, qui va devenir un véritable cancer au fil du temps.
    Les pachtouns et les afghans se sentent floués depuis le 19ème siècle par le colonisateur anglais, et plus généralement par l'Occident. Cette rancœur peut se cristalliser sur le plan religieux. Les pachtouns de l'Inde sont généralement musulmans tandis que le reste de la population est largement hindoue. Les anglais et les occidentaux sont chrétiens. Lors de conflits aigus, les colonisateurs seront assimilés aux chrétiens.
    Se constitue logiquement en Pachtounistan et en Afghanistan une idéologie de " guerre sainte " (jihad) contre l'envahisseur anglais, et occidental. Une famille, historiquement connue depuis le 18ème siècle, les Mojaddedi, symbolise et porte cette idéologie (p 49. Histoire de la guerre d'Afghanistan par Assem Akram. Balland 1996), qui se transformera en jihad contre les communistes puis contre les soviétiques, dès que ceux-ci prendront pied en Afghanistan et prétendront détruire les tribus (2). Un roi pachtoun va gouverner de 1933 à 1973, dans le cadre d'une royauté constitutionnelle qui possède un parlement, Mohammed Zaher Sha. Ce roi accepte en principe la frontière qui coupe en deux le Pachtounistan, mais il sait que la population ne l'accepte pas. Pas plus que les indiens d'Amérique du Sud n'accepteront, même après 4 siècles, la spoliation de leurs terres par les espagnols.

    NAISSANCE DU PAKISTAN : NOUVELLE DIVISION ETHNICO-RELIGIEUSE.

    Lorsque l'Inde trouvera son indépendance en 1947, les anglais, au nom de la théorie " des deux Etats ", fomenteront une autre division entre musulmans et hindous, qui se traduira par la naissance du Pakistan (voir notre rubrique " islamisme ? " dans www.marx21siecle.com) . C'est ce dernier qui héritera de la " zone tribale " ! Héritage empoisonné, écrit Alain Chevalerias.
    Dès lors les afghans réclament la restitution pleine et entière du Pachtounistan (ou du Pathan comme écrivent certains) : un vote du parlement du 2 juillet 1949 proclame l'annulation des accords signés par les précédents gouvernants afghans avec la GB, notamment la ligne Durand.
    Mais les nouveaux voisins, les pakistanais, refusent cette annulation au motif que les pachtouns du Pakistan ne sont plus les pachtouns afghans. Il est vrai que leurs intérêts se sont différenciés au cours du temps. Mais les pachtouns n'ont jamais reconnus dans les faits cette division, circulent librement dans cette région et s'y organisent comme ils veulent.
    Sous la pression des anglais, grands maîtres d'œuvre de la création du Pakistan, ce dernier va rester ferme sur la ligne Durand, en reprenant la politique anglaise de la division qui va lui permettre de tenter d'intervenir en continu en Afghanistan, en entretenant l'instabilité politique, via entre autres par ses services secrets….. l'ISI…. (Marc Epstein. 17-10-2003 . Bassirat.net)
    Cette portion de région, dite " zone tribale ", va constituer jusqu'à nos jours un SAS d'entrée échappant à tout contrôle, certes pour les médecins et les journalistes, mais surtout pour les commerçants, les trafiquants, les jihadistes du monde entier…

    En 1964 une nouvelle constitution fait de l'Afghanistan une monarchie constitutionnelle classique.
    En 1973, une révolution de palais permet à Daoud cousin du roi, de prendre sa place, de proclamer la destitution du roi, la République, et la restitution de l'intégrité du Pachtounistan. Daoud milite en effet depuis 1948 pour l'unité pachtoune, et se fait évincer en 1964 de son poste de 1° ministre pour cette raison.
    En face en 1976, le Pakistan, par la voix de B Bhutto, réaffirme son attachement à la ligne Durand.
    Lorsque les soviétiques vont occuper l'Afghanistan en 1978, se défaire de Daoud beaucoup trop indépendant vis-à-vis d'eux, et installer un gouvernement de type soviétique, les afghans vont se soulever et organiser la résistance.
    Evidemment le Pachtounistan constitue un des foyers organisés de la rébellion, par lequel vont circuler des armes, avec la bénédiction du Pakistan cette fois, qui non seulement voit d'un très mauvais œil la présence des soviétiques en Afghanistan, mais est manipulé par les USA, grand fournisseur d'armes.
    Cette résistance unanime, face à une guerre abominable (cf notre rubrique " Afghanistan ") de 1979 à 1989, aurait pu trouver une contrepartie positive dans la constitution d'une nation afghane unie, toutes ethnies confondues. Mais le gouvernement du Pakistan, porte parole assidu des anglo-saxons, puis des américains, vont tout faire pour jouer la carte de la division des ethnies en Afghanistan, extrêmement variées du point de vue des cultures et de la religion, avec même une petite composante chiite à l'ouest, les Hazaras. Comment ? D'une part en faisant parvenir des armes au compte goutte à tout ce qui n'est pas pachtoun, d'autre part en intervenant en sous-marin pour diviser les combattants entre eux (par l'intermédiaire des chefs de guerre / chefs de tribus), enfin via le financement des mouvements les plus intégristes, pour éviter que la question de la nation ne se pose en termes uniquement politiques et démocratiques. C'est là que les USA créent et financent une appendice de la CIA : Al Qaïda. Ben Laden agit au début comme un membre de la CIA.

    GUERRE DE L' URSS ET GUERRE CIVILE .

    On peut supposer sans risquer de beaucoup se tromper que la révolution islamique en Iran en 1979 est venue, sur le long terme, contrarier les plans de l'administration US. En effet un Iran qui aurait continué à être gouverné pas le Shah, pro américain, faisait partie des bons plans. Mais la révolution islamique, au début de la guerre des soviétiques en Afghanistan pouvait compromettre la possibilité de main mise politique globale sur le Moyen Orient, ce qui était désiré.
    Procédant à des analyses à court terme, les USA ont financé la résistance jihadiste afghane contre les soviétiques, via le Pakistan, ainsi que les groupes sunnites les plus intégristes, en pensant les opposer aux chiites iraniens. Ils pensaient publiquement en termes religieux et non en termes de nationalisme, pour brouiller toutes les cartes.
    Egalement les USA vont repenser leur stratégie dite de " géopolitique du chaos ", d'où par ex le financement de la guerre de l'Irak contre l'Iran (1980 à 1988), guerre dans laquelle ils arment l'un et l'autre pays, mais plus subtilement l'Iran via Israël !!.
    Mais dès avant la guerre des soviétiques en Afghanistan, la CIA s'était infiltrée à Kaboul, révèle Zbigniew Brzezinski au Nouvel Observateur (du 15 au 21-1-98). Or en décembre 78, l'URSS intervenait en Afghanistan. Le même Brzezinski écrivit plus tard que cette intervention sera " le Vietnam de l'URSS ".
    C'est ainsi que la première stratégie des USA va consister à financer, partout où ils le peuvent, les organisations fondamentalistes, qui sont à l'époque encore petites et peu en vues, afin de les propulser sur la scène politique, contre les communistes en Afghanistan et contre les laïcs dans tout le Moyen Orient. Ils pensent garder la maîtrise de ces organisations.
    Pour compléter ceci, les soviétiques par leur politique de la terre brûlée en Afghanistan vont détruire à tout jamais les organisations communistes dans cette partie du monde, et renforcer les mouvements religieux de résistance contre l'envahisseur. Au fond, les USA et l'URSS font la même chose sous des formes différentes.

    Une fois les soviétiques retirés d'Afghanistan en 1989, les résistants afghans, travaillés au corps par la division impulsée par le Pakistan (USA), vont être incapables de constituer un gouvernement unifié pour faire face à la situation. C'est la guerre civile dans un pays dévasté.
    La question pachtoune semble passer au second plan dans la mesure où la zone dite tribale a permis d'alimenter en armes la résistance afghane avec l'aide officielle du Pakistan. Ce dernier, qui aurait bien voulu mettre la main sur l'Afghanistan, n'est plus vu tout à fait comme le pays à abattre, mais les afghans ont appris à être méfiants…. Les chefs de guerre se divisent à ce sujet. Les Hazaras et les Tadjiks avec Massoud veulent garder leurs distances. Les Ouzbeks sont partagés.
    C'est alors que les talibans interviennent dans la guerre civile.


    LES TALIBANS.

    Les talibans sont originellement des étudiants en théologie des écoles coraniques (dites madrasas), essentiellement pachtouns, influencés en Afghanistan par le courant de pensée " l'école deobandi " qui prône le retour à l'islam pur.
    Ils se présentent comme protecteurs des populations, pacificateurs, désireux d'ordre et de paix. Les journalistes indigents et soumis à l'opinion dominante ont beaucoup glosé sur les écoles coraniques en écrivant des sottises, entre autres qu'elle n'étaient que des foyers d'intégrisme, ce qui est traditionnellement et originellement faux. Il y a toutes sortes de madrasas, comme il y a toutes sortes de couvents, qui professent l'intégrisme ou non. Les intellectuels de valeur, afghans et iraniens par exemple, sont souvent issus de ces écoles qui sont des foyers de culture et d'érudition, exactement comme ont pu l'être les abbayes et les monastères en Europe. Les écoles coraniques étaient et sont, en plus, parfaitement intégrées dans la vie des tribus en Afghanistan en intervenant dans les activités économiques et sociales des communautés. Mais pour garder leur valeur, disent-elles, elles doivent rester indépendantes du pouvoir en place (3)

    Les talibans apparaissent au grand jour en sept-octobre 1994. Ils ne veulent pas officiellement le pouvoir. Ils n'aident pas les chefs de guerre, mais sous la pression des faits, ils prennent le contrôle de la route qui va de Kandahar au Pakistan, sur la demande de la corporation des camionneurs, et nettoient le secteur des bandits de grand chemin qui rançonnent les voyageurs et tuent le commerce. Ont-ils été financés secrètement par les USA ? Pas à ce stade semble-t-il. Personne ne l'a écrit jusqu'à présent. Leur intervention a surpris et contrecarré les objectifs de guerre civile totale en Afghanistan. L'ISI leur a-t-elle proposé dès lors une aide financière. Il y a des documents à ce sujet. L'ISI est l'un des principaux intervenants dans l'économie pakistanaise. Ses membres ont intérêt à entretenir et financer les voies de passage vers l'Afghanistan. A ce titre, ils n'ont pas les mêmes intérêts que les USA.
    Les talibans prennent Kandahar en 1994, dont ils sont originaires, sans trouver de résistance. Ils désarment les commandants armés, y compris celui qui a été le plus aidé par le Pakistan : Hekmatyar qui est pachtoun ; prennent son armement, et ceci à la grande satisfaction de la population qui n'aspire qu'à l'ordre et à la justice. Ils désarment les moudjahidines, et installent une nouvelle administration fondée sur les règles du Coran.
    Leur chef est le mollah Omar. Il part à la conquête du pays. Les riches négociants, qui voulaient que leurs marchandises circulent sans être pillées, financent le mouvement. En 95 il occupe le pays des Hazaras et le conquiert définitivement en 98. En 96 il prend Kaboul. Massoud repart dans le Panchir et y sera assassiné en 2001.

    Le gouvernement Benazir Bhutto aurait soutenu ce mouvement au départ en lâchant le parti de Hekmatyar ?
    D'origine provinciale et pachtoune, les talibans deviennent un mouvement national. Dès lors les talibans changent de nature. Ils ont le pouvoir.
    Et ils ne supportent plus la main mise des USA sur les destinées de l'Afghanistan.

    RETOURNEMENT DE LA SITUATION

    Ben Laden change de camp dès 96-97, du moins officiellement, et se lance dans des attentats contre les USA. Il n'est pas exclu qu'il soit un agent double. Car mystérieusement Al Qaïda ne sera jamais liquidé. Il propose ses services aux talibans et aurait organisé des camps d'entraînement en Afghanistan, précisément dans les " zones tribales " de part et d'autre de l'Afghanistan et du Pakistan.
    Les talibans semblent avoir accepté de faire cause commune avec Al Qaïda contre l'administration américaine. C'est la question nationale, et la présence de l'ennemi sur le territoire qui provoque ce retournement.
    Dès lors le " Vietnam de l'URSS " devient le cauchemar mérité des USA. Tous ceux que ces derniers se proposaient de manipuler ad vitam aeternam se retournent contre eux. Les USA pensaient sans doutes que la question nationale ne se poserait à aucun moment.
    Les talibans, en hommes politiques, sont de fait des créatures négatives de l'URSS et des USA. Ce sont des fondamentalistes qui ne supportent ni le communisme, ni l'impérialisme, et se réfugient dans une interprétation de l'islam qui les arrange, et leur permette d'assujettir les afghans !
    Ils font régner l'ordre, mais soumettent la population à des règles de vie qui n'ont rien à voir avec le coran, et méprisent les femmes. Dans les villes c'est un retour en arrière sans précédent au niveau de la culture, de l'éducation, de l'emploi….
    On connaît la suite. Septembre 2001. Qui a fait quoi ? Les questions sont controversées. Les USA exigent que les talibans livrent les membres d'Al Qaïda. Les talibans répondent qu'ils les jugeront en Afghanistan selon les lois du Coran si les américains fournissent les preuves de leur culpabilité.
    Les USA attaquent alors l'Afghanistan, parachèvent les destructions des soviétiques, chassent les talibans, font des prisonniers dans des conditions abominables, et en emmènent aux USA à Gantanomo ; mais laissent partir Al Qaïda. Et à nouveau la rébellion s'organise : chefs de tribus, chefs de guerre, talibans, avec une organisation armée qui passe par le Pachtounistan, et est clairement aidée par l'ISI.

    Les talibans ont réfléchi. Ils ont infléchi très nettement leur politique vis-à-vis de la population, là où ils sont présents aujourd'hui ; et ils savent maintenant que la division des nationalistes entre eux est leur pire ennemi. Ces derniers s'organisent d'une main de fer, et multiplient les agents doubles. Ils n'ont que faire des qualificatifs dont on les affuble. N'ayant plus d'idéologie connue qui leur donne des raisons d'agir et de mourir, ils habillent leur résistance et leur nationalisme, de croyance religieuse, l'islam, d'autant que Bush a calomnié l'islam et le Coran. L'extraordinaire histoire du jeune agent double Al-Balawi qui tue, le 30-12-09, 9 personnes dont 5 de la CIA, en se faisant exploser dans une garnison de la CIA à Khost, est significative à cet égard (4). Un agent double afghan a plus de chance de se rallier en définitive aux nationalistes qu'aux américains, même s'il est payé cher par ces derniers. Il y a une cause afghane, il n'y a pas de cause à défendre du côté américain, si ce n'est celle de l'argent.

    Aujourd'hui les politiques et les médias cherchent des issues au conflit et pérorent sur le double jeu du gouvernement Pakistanais qui ne parvient pas à maîtriser l'ISI. Evidemment le gouvernement fantoche pakistanais est entre les mains des USA, comme celui de Kaboul, et l'ISI défend ses intérêts économiques en maniant le double langage. Ils pérorent également sur l'Inde dont le gouvernement est en sympathie avec les USA, et tente de séduire Kaboul par ses réalisations, mais voudrait bien voir s'effondrer le Pakistan. Ils pérorent aussi sur la nécessité de résoudre la question pachtoune, mais ils se gardent bien de dire quelle est cette question et de donner des éléments de résolution. L'issue c'est que les USA et l'OTAN quittent le pays, et que les populations se réunissent en assemblées populaires.
    Les américains ne domineront pas l'Afghanistan ni aujourd'hui ni demain, pas plus que les anglais et les soviétiques n'ont pu le faire. Car curieusement, par un effet de retournement historique, dont on ne parle guère, le Pachtounistan livré à lui-même, autonome de fait, divisé artificiellement, cruel mais auto-organisé, région de tous les trafics, est devenu le centre des résistances farouches à l'occupant. C'est une citadelle imprenable, même si les USA y déversent des bombes au mépris des civils qui y habitent.
    Les médias ont souvent la manie d'écrire pour le rien dire. Ils s'indignent des risques de fabrication d'une industrie d'armement nucléaire en Iran, mais ils ne s'indignent pas sur l'industrie nucléaire d'Israël et du Pakistan. A ce sujet l'américaine Noami Kein (" La stratégie du choc ") pose la question : Pourquoi les USA ont attaqué l'Irak en 2003 sur de soi-disant armes de destruction massive ? Pourquoi pas le Pakistan qui en avait ??
    Que deviendra l'Afghanistan ? Il se peut que le Pachtounistan autogéré ne puisse et ne veuille s'insérer dans une démocratie à l'Occidentale, une fois les envahisseurs partis. Les tribus peuvent faire comme si la ligne Durand n'avait jamais existé, ce qui est déjà le cas, et rendre inexistante la frontière Est de l'Afghanistan avec le Pakistan. Il restera à dire " A bas les frontières ". Il se peut que les marchands, négociants, transporteurs, n'y voient aucun inconvénient. Il se peut que le gouvernement pakistanais, totalement déstabilisé n'y résiste pas.
    Un épisode nous interpelle. Les USA ont occupé le sud du Pachtounistan sur sa bordure, et disent tenir Marjah depuis début mars 2010. Le président afghan Karzaï y a convoqué dans une mosquée quelques trois cents chefs tribaux et religieux. Ces chefs, avant même l'arrivée des talibans avaient chassé début 2009 la police de Kaboul de leur ville. Ils n'avaient pas besoin des talibans pour se faire. Ils ont fait valoir que le gouvernement n'a jamais tenu ses promesses : violences et détentions arbitraires, absence d'hôpitaux et d'écoles, absence de projets économiques, corruption de l'administration de Kaboul. " On veut bien marcher avec vous encore une fois, mais il vous faut réaliser vos promesses, sinon… ". Karzaï a promis encore une fois, poussé par l'armée de l'OTAN, mais……. (le Monde du 9 mars 2010)
    Il se peut que des combinaisons étranges et inattendues fassent germer, si ce n'est déjà fait, le goût de la démocratie directe dans les populations montagnardes afghanes et pakistanaises, et alors… la démocratie à l'occidentale n'a aucune chance d'aboutir. Que se passera-t-il ? Qui sait ?

    Mars 2010

    Notes:
    1)On voit bien ici comment le colonialisme s'est paré de toutes les vertus, en fabriquant au 19ème (et même avant) une idéologie raciste visant à avilir l'ennemi, et à détourner l'attention des vraies questions qui sont celles de l'occupation d'un territoire étranger, de la destruction de son agriculture et de son artisanat.
    De la même façon que les indiens d'Amérique, occupés par les espagnols, n'ont jamais oublié ce qu'ils étaient et la nécessité de récupérer leur territoire, les afghans ont appris dès le 19ème la duplicité dont étaient capables les colonisateurs. Ces derniers, depuis cette époque, n'ont rien trouvé de mieux que de ternir la religion musulmane, aidés en cela très rapidement par les français colonisateurs du Maghreb.

    (2)Les soviétiques qui ne comprennent pas plus que les européens de l'ouest la question des tribus, va prendre le chef de la tribu pour un propriétaire foncier, et les membres de la tribu, essentiellement des paysans, pour des serfs. Ils vont proposer aux paysans la terre. Ceux-ci n'ont pas voulu de leur réforme agraire. En effet ils gèrent collectivement la terre dans le cadre de la tribu, et sont historiquement et socialement solidaires de la hiérarchie tribale. Si la démocratie à la base avait effleuré les communistes, ils auraient impulsé un mouvement démocratique dans les tribus, auraient crée des écoles, des dispensaires, des tribunaux… en partie gérés par les tribus ; mais ils n'auraient rien touché à la gestion de la terre. Tâche difficile pour qui n'aime pas le peuple.
    A l'inverse, les soviétiques vont arrêter, exécuter 130 membres de la famille Mojaddedi en 1978, comme pour cristalliser une haine indélébile…

    (3)Un intéressant article de Courrier International en date du 1° au 6 janvier 2010, sur les écoles coraniques en Indonésie, souligne l'intérêt de ces écoles, très diversifiées, et indique la nécessité qu'elles demeurent indépendantes du pouvoir. Certaines écoles enseignent l'harmonie sociale et la tolérance, d'autres le wahhabisme et les idéologies du Moyen Orient, d'autres le développement social et économique et y participent, d'autres se sont associées à des coopératives villageoises, dans le but évidemment d'y enseigner le droit islamique, fondé étymologiquement sur le bien commun.

    (4) Le Monde du 3 mars 2010.