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    Keynes

    Parler de Keynes, c'est l'occasion de discuter de la réalité du réformisme dans la société capitaliste. Ou de la façon dont il convient de le qualifier.

    Voici comment Antonio Negri (militant et enseignant, PSI en 1956, pour l'autonomie ouvrière sans médiation syndicale ou partisane) analyse Keynes dans son livre :


    La classe ouvrière contre l'Etat. Galilée 1972 en France, 1967 en Italie


    Très bref résumé ci-dessous. (entre parenthèses en italique : nos commentaires)

    Négri explique :
    -après 1870 la stratégie du capital : créer une aristocratie ouvrière (cf Marx)
    -après 1917 : la stratégie est de détruire cette aristocratie : taylorisme et fordisme à partir de 1920 en vue de casser la force offensive du salariat. Il faut se servir de la technologie pour briser la résistance.


    (les keynésiens vont pourtant faire la part belle au fordisme, en passant à pieds joints sur la réalité décrite par Négri et en oubliant que Ford était un pro-nazi..)

     

    Keynes a l'illusion que le pays dit des soviets structure de façon autonome l'antagonisme ouvrier. Face à cela, et face à la crise de 29, Keynes, le théoricien le plus perspicace théorise sur la construction d'une nouvelle forme d'Etat capitaliste en étudiant la façon dont les capitalistes ont géré la guerre de 39-45. Il faut gérer l'économie comme on gère la guerre, dit-il, de façon centrale. Il est soutenu par Churchill, qui pense tout d'abord que la révolution russe est une folie imbécile. Pas Keynes.

    Il couvre d'éloge le "fordisme" en matière de réformisme patronal et s'en inspirera pour préconiser le "Welfare state" après la guerre. A signaler, qu'avant les automobiles, Ford est à la tête d'usines de guerre.

    En plus K tire toutes les conséquences de la façon stupide dans la paix a été gérée en 1918, en matraquant l'Allemagne. Il écrit à ce sujet (les conséquences économiques de la paix en 1919). Il réclame à juste titrer que le traité de Versailles instituant une dette colossale pour pour l'Allemagne soit revu à ce niveau. Ce traité prépare une nouvelle guerre, dit-il.

    Il faut structurer l'Europe et faire face à la République des soviets.

    K cesse d'être libéral à cause de la révolution russe. Ce n'est plus l'offre et la demande qui déterminent (loi de Say) les ajustements consécutifs, explique-t-il. La puissance des syndicats ne permettront plus à l'économie de semer ses désastres… Il faut trouver autre chose. C'est l'Etat qui doit devenir le médiateur des conflits de classe, écrit Négri en résumant la pensée de Keynes, comme garant de l'équilibre économique ; tout en luttant contre l'inflation qui peut tout faire capoter.

    La " théorie générale " de K est, de façon indirecte, un manifeste politique contre les possibilités d'insurrection et de subversion. L'Etat doit devenir agent productif, d'où la théorie de " la demande effective ". La théorie monétaire doit s'inscrire dans une théorie de la production. K prétend réduire la monnaie à une monnaie de compte sans rôle sur l'inflation


    (cette analyse de Keynes sur la monnaie est à la base des erreurs actuelles qui ne voient pas que la monnaie en régime capitaliste est le véhicule du capital. Là-dessus, tout le monde se tait à l'époque car les marxistes ont oublié Marx..du fait de l'omni présence de l'Etat)

    Il faut donc faire consommer la classe ouvrière, et l'Etat doit réaliser le plein emploi.


    (C'est l'Etat qui réalise le plein emploi, et non l'application de la théorie de la demande effective , ce que les keynésiens n'ont peut-être pas bien compris auj. Et ceci au moyen de la dette publique avec une inflation contenue à 2% environ).

    C'est ainsi, dit Negri, que Keynes introduit une mystification : celle de la possibilité d'établir en même temps l'intérêt général et le bien commun pour tous. Cela a marché presque 30 ans.

    (Le réformisme a été en fait inauguré par les capitalistes, et non par la social-démocratie, qui bêle devant l'aspect formel des écrits de Keynes, sans comprendre l'objectif de ce dernier. Sauf que ce dernier avait négligé deux choses : la baisse tendancielle du taux de profit, et les capacités des capitalistes à juger de la farce très noire qui se jouait en URSS. Comme l'économiste Schumpeter, Keynes a été égaré par l'aspect fantasmatique de la révolution de 1917…)

     

    Octobre 2012


    On indique toujours chez les marxistes, que le réformisme est impossible dans le système capitaliste. Or le capitalisme a produit son propre réformisme dans l'après seconde guerre mondiale, certes sous l'impulsion des luttes sociales, mais….et c'est là que gît un problème considérable, sous l'égide de la construction du plus gigantesque complexe militaro-industriel dans les pays capitalistes avancés, lequel alimente la guerre en continu.

    Or les effets secondaires de ce complexe pourront non seulement à terme effacer ce dit réformisme, ce qui se passe avec la mise en place de la mondialisation, mais montrer un visage d'une barbarie sans précédent.. Ce qui permet de s'interroger sur ce "réformisme" et son effet dévastateur sur l'ensemble du monde.

    Mais formellement il y a eu réformisme pour une certaine période dans le monde occidental seulement, avec les "acquis sociaux" dont on a tant parlé, et la consommation de masse, mais .... contre l'autre partie du monde.
    Le lien obligé entre ce réformisme particulier, mais effectif, avec la gestion de la guerre par l'Etat avait été entrevu par Keynes lui-même dans ses écrits sur la guerre, mais il ne se doutait pas que ce réformisme ne pourrait se continuer que grâce à un formidable complexe militaro industriel. Son amie Joan Robinson,économiste, a indiqué dans les années 70 que Keynes, face à cela, devait se retourner dans sa tombe.

    octobre 2013