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    ECONOMIE MARCHANDE ET ECONOMIE NON MARCHANDE.

     

    Marx est le seul à avoir fait cette distinction absolument capitale. Elle constitue un instrument d'analyse tout à fait exceptionnel, qui permet entre autre de comprendre comment des sociétés ont pu vivre sans accumulation de capital pendant des siècles, sans libre concurrence, dans le cadre de civilisations extraordinaires (civilisations perse, egyptienne, de l'Indus, chinoise, aztèque, inca….), ayant laissé des œuvres agricoles, artisanales, artistiques, et des inventions techniques remarquables, que le monde admire encore.

    La distinction entre économie marchande et économie non marchande ne repose pas sur l'existence ou non de marchés, mais sur l'existence ou non du capital. L'économie politique dominante définit le capitalisme comme une " économie de marché ", indiquant de façon implicite non seulement que la question du capital n'est pas fondamentale, mais que le capitalisme existe depuis des millénaires, puisqu'en fait on ne connaît pas de société sans marché.

    On trouve dans l'histoire des marchés réglementés par l'Etat ou des marchés libres. Mais toute société humaine a pratiqué l'échange, donc a possèdé des marchés, réduits ou étendus.

    Dans les sociétés dites les plus archaïques, les agriculteurs échangent des céréales contre du gibier, contre les animaux d'élevage vivants, contre du poisson, contre du sel etc. Même dans le cadre d'une économie domestique très développée, une société pratique l'échange.

    Ce qui a rendu la distinction de Marx obscure, vient du peu de lecture du Capital de Marx par Lénine et ses amis. En effet Lénine a appuyé paradoxalement l'idée bourgeoise selon laquelle le marché était porteur du capitalisme (cf la période dite du " communisme de guerre " où les marchés locaux libres étaient interdits, et où la qualification de " capitalistes " était donnée aux paysans de la période suivante, sous la NEP, parce qu'ils vendaient une partie de leur production sur les marchés des villes).
    La distinction ne repose pas non plus sur la seule réalité de l'exploitation, c'est à dire l'appropriation par autrui d'une partie du travail non payé des producteurs. L'esclavage, le servage sont les formes les plus anciennes de l'exploitation, à l'intérieur même des sociétés non marchandes.

    Ce qui fait la différence c'est quand l'exploitation devient du capital par l'intermédiaire d'un groupe humain (le salariat) dont la production est organisée et contrôlée par les marchands et leur appartient.
    Ce capital se présente sous la forme abstraite d'une monnaie permettant l'accumulation, c'est pourquoi, dans la société marchande, la monnaie se transforme, et devient le véhicule et le support du capital, notions totalement niées par l'économie politique dominante, qui ne veut pas reconnaître cette fonction à la monnaie.

    Le capital, tel que l'entend Marx, n'est donc pas la richesse matérielle dont les classes riches ont toujours disposées : terres, maisons , mobiliers… Le capital est constitué par la totalité du travail non payé des salariés, accumulée sous une forme abstraite, dans une société où il y a des fabriques industrielles, quand la plus-value est transformée en profit monétaire et a la capacité de fructifier indéfiniment. Ceci a lieu dans le cadre d'une société qui n'est plus gouvernée par les producteurs mais par les exploiteurs, propriétaires de fabriques.

    Voyons comment la société non-marchande est devenue marchande. L'humanité a vécu la très grande partie de son histoire en pourchassant la concurrence, contrairement à ce que dit la vulgate des économistes. Pourquoi toutes les sociétés jugeaient-elles celle-ci comme étant destructrice, et quelle classe sociale en a fait émerger la réalité possible ?
    Les marchands, qui se constituaient en classe sociale dans les ports côtiers, et les usuriers qui s'accaparaient les biens des petites gens qui ne pouvaient les rembourser, apparaissaient comme pouvant détruire la stabilité des sociétés, en introduisant la faillite de certains, en cassant les règles de l'artisanat traditionnel et en risquant de mettre en opposition les producteurs entre eux par des prix et des méthodes de travail différenciés.

    Les grandes dynasties royales orientales, extrême-orientales, égyptiennes, et américaines (aztèques, incas) détruisaient périodiquement les foyers de marchands autonomes qui s'enrichissaient aux dépens de la société et à leurs dépens. En effet ces dynasties étaient légitimées, bien que prélevant des impôts en nature sur leurs sujets, par les grands travaux agricoles qu'elles prenaient à leur charge et organisaient (irrigation), par les constructions de piste et leur entretien, par l'organisation des échanges dans le pays et avec les pays voisins, par la construction des temples et monuments grandioses, par le contrôle social de la production selon des normes discutées et établies avec les castes, corporations, corps de métiers héréditaires d'artisans, par la prise en charge d'une partie très importante des producteurs dans des emplois d'Etat (Marx caractérise ce type de société comme étant le " mode de production asiatique ").

    Le tout étant chapeauté par des corps de fonctionnaires et des prêtres très nombreux. La terre était nationale, personne ne pouvait en devenir propriétaire individuel, par contre la possession pouvait en être collective ou individuelle. Ces dispositions rendaient inaliénable la terre et le territoire. Ceci peut expliquer pourquoi la classe marchande n'a pas émergé des pays dirigés par ces dynasties.

    Marx apporta de l'eau au moulin des bourgeois occidentaux du 19ème en prétendant que, sous ces dynasties, les forces productives stagnaient de siècle en siècle. Retenons cet argument. En réalité d'immenses richesses étaient accumulées au profit des maîtres du pays, sans que celles-ci deviennent un capital accumumé sous une forme abstraite et capable de fructifier.
    De même en Afrique, la traite des noirs, coutumière d'abord, puis organisée de façon systématique avec les occidentaux depuis le 16ème siècle, n'a pas eu capacité à susciter une classe marchande. En effet, on observe en réalité, que ce sont les chefs guerriers ou les royautés qui s'appropriaient les fruits de cette vente, dépensaient ces richesses ou les thésaurisaient, mais ne les transformaient pas en capital.


    Il en ira tout autrement en Europe. Sous réserve d'analyses supplémentaires, il n'y a pas eu en Europe de dynasties ayant joué les rôles ci-dessus. Peut-être ici, est-ce un facteur géographique, à savoir l'abondance d'eau, l'absence de désert, qui ne nécessitèrent point que des dynasties prennent en charge la totalité des activités des humains. Toujours est-il que les marchands ne furent pas systématiquement détruits. Ils furent pourchassés, leur fortune fut confisquée bien des fois, ce qui nécessita qu'ils s'expatrient très souvent, par exemple dans les cités italiennes. Mais finalement, les royautés trouvèrent leur compte à les laisser exister en leur empruntant de l'argent et en les remboursant en monnaie de singe, c'est à dire en les ruinant, en les imposant sur leurs activités lucratives (le commerce de la traite), en exigeant que les territoires appropriés dans les terres lointaines soient terres du Roi etc.

    Cependant, les royautés européennes entendaient contrôler la production et soutenaient les corporations d'où étaient exclus les marchands depuis le 12ème siècle. Ces derniers pouvaient commercialiser la production, mais n'avaient pas le droit de s'immiscer dans l'organisation de celle-ci. Quand les royautés organisèrent des manufactures royales, ce fut sous le signe des règlements de corporation. En clair, ici comme ailleurs, la bourgeoisie marchande était vécue comme voulant introduire dangereusement la concurrence déloyale, destructrice de l'artisanat, de l'emploi, des moyens d'existence, à son seul profit et sans contrôle. Le danger politique de ces gens était évident. A terme, ils chasseront la royauté, en se prévalant de la liberté sous tous rapports, y compris de la liberté intellectuelle…
    Les royautés anglaises furent les seules à protéger leurs marchands de draperie sous réserve que ceux-ci se battent avec les artisans pour le protectionnisme en Angleterre, mais pour l'ouverture des colonies…et sous réserve que la royauté organise elle-même le commerce maritime.

    Ces longs développements nous autorisent une observation importante. Au début du 17ème, tous les pays du monde vivent sous le régime de l'économie non-marchande, sauf dans quelques enclaves portuaires où dans quelques villes-cités, où la bourgeoisie marchande se reproduit depuis le 13ème siècle, ainsi qu'un peu en Hollande . Cela veut dire que l'immense majorité des producteurs produisent pour l'utilité immédiate, ou le luxe des grands, mais en dehors de toute fructification d'un capital. On connaît le principe des banques, depuis les cités italiennes, mais les grandes banques fondatrices du système marchand, qui vont se généraliser en Europe, datent du début du 17ème : 1609, la grande banque de Hollande, et 1694 la banque de Londres. Et politiquement, la prise du pouvoir par les marchands bourgeois date de 1649 en Angleterre.

    A partir de cette date, les corporations se délitent, et les marchands regroupent les artisans dans des usines (des manufactures sous contrôle des marchands) en prenant eux-mêmes en charge l'organisation de la production, mais surtout en instituant la liberté d'innovation technique, qui était sévèrement contrôlée auparavant. Ils vont en faire un instrument de concurrence et vont faire sauter un à un tous les obstacles à un développement technique incontrôlé en vue d'une productivité du travail toujours plus grande.

    Moralement, la concurrence, le prêt à intérêt, la productivité du travail pour prendre la place d'autrui, la liberté de produire hors du contrôle social, étaient inacceptables en Europe, et restent inacceptables pour l'ensemble du monde jusqu'au 19ème siècle. La société marchande, organisée pour faire fructifier du capital, et produire toujours plus, et non plus d'abord ce qui est nécessaire, constitue un tournant extraordinaire sur le plan moral, idéologique, intellectuel. Il fallut déclarer bon, normal, et universel, ce qui, pendant les siècles qui précèdent, était condamné. Ceci a pu se faire néanmoins parce que les royautés européennes n'avaient plus de légitimité, sur le plan politique essentiellement, et parce qu'elles s'appropriaient le bien public sans restituer le moindre service à la population. Elles étaient pour l'inquisition, pour la torture, pour l'arbitraire, contre la liberté de faire et d'agir, elles pratiquaient une corruption éhontée, elles écrasaient les paysans.

    Tout fut balayé peu à peu en Hollande au 16ème, puis en Angleterre puis en France, et ceux qui voulaient seulement rénover les corporations et non pas les balayer, les virent disparaître sous les coups de butoir de la bourgeoisie, qui habilement habilla ses destructions du même mot " liberté ". Liberté pour elle bien sûr. Au nom des philosophes des Lumières, qui luttaient contre l'oppression, pour la citoyenneté, pour la liberté religieuse et intellectuelle, pour la raison critique.

    Et sans que ceux-ci en soient très conscients, on crut bon de justifier le pouvoir de la bourgeoisie contre les artisans, les compagnons et les paysans par le mot liberté. Les marxistes, lorsqu'ils apparurent plus tard, approuvèrent également et furent de la partie.


    Il n'en demeure pas moins que ce sont les outils conceptuels de Marx qui nous permettent de bien distinguer la société non marchande, qui n'a absolument rien d'archaïque dans son organisation, à ceci près que les femmes y sont toujours maltraitées et considérées comme inférieures. Mais il faut apprendre à ne plus croire que toute organisation sociale est soit intimement bonne ou soit intimement mauvaise. La réalité ne se présente jamais ainsi.

    La société non marchande n'est pas figée, les découvertes techniques y sont constantes, mais sont discutées et introduites si la corporation en est d'accord. La société n'est pas livrée à l'application individuelle des techniques. L'application est collective ou n'est pas, en vertu du refus de la concurrence. Par contre le capital n'existe pas. Et Marx précise bien ce qu'est un capital. Encore une fois, ce n'est pas un patrimoine, une terre même rémunérée par une rente en nature, cela a une forme argent qui doit nécessairement se ré-investir et fructifier grâce à l'exploitation de la force de travail dans des formes sociales organisées : l'usine ou l'entreprise agricole. Cela suppose le salariat, et non pas le compagnonnage dans l'artisanat (Marx, Le Capital, ch 33 : la théorie moderne de la colonisation : " les moyens de production et de subsistance appartenant au producteur immédiat, au travailleur, ne sont pas du capital " p 1224 à 1235, Tome I, La Pléiade).
    Dans la société non marchande (qui exploite les individus par l'intermédiaire de la classe dominante hors de la fructification du capital), on produit des valeurs d'usage matérielles et immatérielles qui vont être échangées sur des marchés, sous contrôle des autorités étatiques ou municipales, ou des corporations et castes, ou sur des marchés libres. De façon marginale, les marchands s'empareront de ces valeurs d'usage pour les transformer en marchandises vendues dans les pays lointains en vue de faire du capital. Comment vont-ils faire du capital ? En achetant ces marchandises à une valeur plus faible que ce qu'elles valent dans la cadre d'une production organisée par eux. Mais ce n'est pas encore une production du capital à grande échelle.