MARX AU 21ème SIECLE ?

  • index
  • Bienvenue
  • Qui sommes-nous ?
  • MARX LIBERATEUR

  • Economie marchande et non marchande
  • valeur d'usage/forces productives
  • Valeur Travail/exploitation
  • Théorie de l'aliénation
  • Monnaie
  • Etalon monétaire et prix
  • Inflation:actualité
  • Marchés de l'or actuels
  • Libre Echange, monnaie coloniale
  • Le salariat
  • MARX INDUSTRIALISTE pour le compte du capitalisme

  • Machinisme et science
  • Déterminisme historique
  • Démocratie
  • Communisme Révolution sociale
  • Le capitalisme peut-il s'effondrer ?
  • Industrialisation
  • Famines et capitalisme
  • famines et communisme
  • Les forces productives ont-elles cessé de croître ?
  • REVOLUTION dans le Tiers Monde ?
  • Soviétiques en Afghanistan
  • Chine communiste

     

     

  • ANNEXES

    Analyses théoriques

    Colonisation, CurrencyBoards

    Division Unité

    euro

    Islamisme

    Keynes

    La Gauche dans le monde

    L'extrême gauche

    Les trente glorieuses

    Nationalisme

    Racisme et discrimination

    religion irréligion

    Socialistes français 2014

    Subprimes

     

     

     

    Analyses factuelles et historiques

    Al Qaïda: Qui infiltre qui ?

     

  • Liberté d'expression Charlie Hebdo
  • Luttes de classe au jour le jour
  • Palestine maudite
  • Somalie
  • Soudan,Darfour
  • Soviets
  • stratégie syndicale
  • Syrie
  • Théorie du complot ?
  • TRUMP, un cancrelat du capitalisme, un produit logique du communisme
  • Voyoucratie d'Etat
  • Yémen

     

     

     

    QUE FAIRE ?

    -L'Internationale des travailleurs: urgence !

    -Pétition, lettre ouverte au PS

     

  • Ecrivez-nous :

    infos@marx21siecle.com

  •   

    Guerre au Moyen Orient

    "Abas la guerre, ça n'est pas notre guerre"

    La bataille principale doit être aujourd'hui contre la guerre : " retrait de l'armée française du Moyen Orient " au motif qu'en combattant militairement Daech, on ne fait que susciter des centaines de nouveaux djihadistes. C'est sans fin et c'est nourrir l'industrie d'armement.

    C'est la première chose qui devrait figurer dans un article de la gauche et de l'extrême gauche, et qui ne figure pas dans un article récent de Politis du 21 juillet. C'est beaucoup moins abstrait que de lutter contre le néolibéralisme. On fait des chaînes contre les centrales nucléaires, on pourrait en faire contre la guerre. Ça n'empêche pas les caractérisations les plus pointues sur ce qu'est Daech, un mouvement faciste qui s'appuie sur les rancoeurs justifiées des arabes.

    Par ailleurs devrait figurer le fait que derrière chaque attentat, il y a un ou des suicides. Quelles que soient les raisons des auteurs, les moins ou les plus élaborées, il y a l'idée qu'il faut mourir pour une cause ou donner sens à la mort qu'on va se donner.
    Si la société actuelle suscite autant de candidats au suicide, c'est qu'elle est barbare.

    De plus nous ne sommes pas les seules victimes des attentats ! En Afghanistan et au Pakistan surtout, c'est abominable. Il y a quand même une stratégie mondiale de décervelage des populations, et de désir de semer le désespoir. En cause ? Ceux qui vendent des armes, c'est-à-dire l'Occident, la Russie, la Chine, qui prétendent lutter contre le terrorisme. IL FAUT DIRE QUE C EST FAUX ; l'Occident ne lutte pas contre le terrorisme. A chaque assassinat par drone, suivi de tout l'entourage de l'individu visé, ce sont des dizaines d'arabes qui disent " je me vengerai ", et ils se vengent en rejoignant des groupes de djihadistes qui utilisent les cinglés de nos sociétés dites civilisées.
    On ne peut pas se faire les complices de cette guerre " A bas la guerre, ce n'est pas notre guerre ", " retrait de l'armée française partout où elle se trouve ; rupture des relations avec l'Arabie saoudite ". Rien de plus pour l'instant.

    Nous n'avons rien à attendre des gouvernements qui sont à la solde des holdings de l'armement. Seules des associations, des mouvements indépendants, peuvent appeler à la fin de la guerre. C'est ce qu'a fait Jaurès. Mais on a oublié, on se sent tenus par cette dite lutte contre le terrorisme. On est nous-mêmes gangrenés par l'idée que la cause occidentale est la meilleure. Mais celle-ci n'est que la cause de la guerre.

    11 août 2016

     


    La construction du chaos au Moyen Orient à partir des traités de " paix " d'après la première guerre mondiale.
    Politiques conjointes de la GB et de l'URSS dans la partition de la Palestine.


    novembre 2016
    (Essai AM Chartier)


    " …….la guerre, fatalité de l'Europe, peste
    de l'humanité, la honte de notre siècle… "
    1919 Ernst Toller, juif allemand
    (ancien spartakiste, se suicide en 1939 à New York
    comme Stefan Zweig)

    Le traité de Lausanne, de sinistre mémoire, qui clôturera la guerre au Moyen Orient, sera signé en1923, soit 5 ans après la fin de la première guerre mondiale, laquelle aura duré du 28-7-1914 au 11-11-1918..
    Oui, il y a plus d'un siècle. Est-ce utile de remonter si loin dans l'histoire pour comprendre la réalité d'aujourd'hui ? Nous répondons par l'affirmative.

    L'idéologie sous-jacente à ce traité, acceptée par tous les belligérants, dont l'URSS, donne naissance au nationalisme ethnico-religieux, rompt avec le contenu de la Nation du 19ème siècle (référence à la révolution française), se moque des droits des peuples, prépare les pires conflits entre populations, orchestrés par les grandes puissances, et construit un 20ème siècle barbare à tous égards, sans parler de celui qui suit.

    Le chaos et la sauvagerie actuelle des guerres au Moyen Orient, trouvent là leurs racines, à notre avis, là.
    La première guerre mondiale, fit tomber la civilisation dans l'abjection, et ne la dirigea point vers le progrès. Elle conduisit au partage du Moyen Orient, c'est-à-dire pas seulement au dépeçage de l'Empire Ottoman mais à celui de régions entières, entre la Grande Bretagne (GB) et la France (au détriment de l'Allemagne) avec l'objectif de se partager le pétrole dans les régions revendiquées par les arabes. Ce dépeçage se fait également au profit de la nouvelle Turquie soutenue par les nations occidentales et l'URSS.
    Nous ne voulons pas réécrire ce qui a déjà été analysé plusieurs fois par des auteurs très sérieux et connus concernant l'histoire du Moyen Orient depuis la première guerre mondiale. Nous nous référerons à ces écrits (cf notre bibliographie)

    Nous avons des objectifs propres ; notre objet concerne des questions controversées, ou moins connues. Outre le rôle de la GB , il s'agit de celui de l'URSS d'une part vis-à-vis du nationalisme turc, puis du nationalisme arabe, d'autre part vis-à-vis des relations entre Juifs et arabes en Palestine, et enfin vis-à-vis des communistes de Palestine.. Dans ce cadre, nous verrons avec quelle idéologie la GB prépare l'installation d'un Etat sioniste en Palestine avec le soutien de l'URSS.

    Soulignons tout de suite qu'il y a une grande différence entre le sionisme originel, né de la souffrance historique des juifs, et partagé par toutes sortes de courants, et l' Etat sioniste, celui que l'on connait, c'est-à-dire ethnico-religieux.

    L'historienne Michèle Riot Sarcey écrit récemment: "…de l'idéal d'émancipation, l'Occident est tombé dans la barbarie jusqu'à l'extermination des " indésirables " (Le Monde du 8 juillet 2016). Les 20ème et 21ème siècles ont vu et voient l'élimination massive de toutes sortes " d'indésirables "
    Est-ce un jugement trop fort ? Après la soumission coloniale des peuples, les goulags, les camps nazis, la deuxième guerre mondiale, l'Europe et l'Occident ont provoqué des guerres perpétuelles dans les pays qu'ils ont colonisés. C'est l'embrasement au Moyen Orient à partir de la Palestine, puis en Afrique… C'est la destruction de pays entiers, les hordes de réfugiés, la dégénérescence des nationalismes ethnico-religieux mafieux, armés conjointement par l'URSS, puis la Russie, et les grands holdings occidentaux, puis l'extermination par la famine, les disparitions, les attentats, les noyades par milliers dans la vertueuse méditerranée où les croisières pour gens aisés ne tarissent pas, tandis que les élevages industriels de poissons grassement nourris sont légion…

    Humour noir ? Le salariat européen a touché sans le savoir les miettes des prébendes des grandes puissances. Il s'y est habitué. Il ne faisait guère attention pendant longtemps à toute cette horreur, abruti par le prix à payer pour participer à la société de consommation, et trompé par l'histoire dite fabuleuse de la révolution en URSS …

    Aux milliers de réfugiés palestiniens dans les camps au Liban et en Jordanie, depuis 1948, se sont ajoutés tous les autres, dans tous les pays, dans des conditions épouvantables. Cela n'a jamais cessé, cela s'accroît et cela empire de jour en jour…Les camps se sont multipliés en Europe, et les réfugiés de tous les pays, destructurés par les puissants, se pressent aux frontières. Les médias ne sont pas prolixes sur ces camps !!

    L'Occident fournit aujourd'hui des armes aux nations artificielles, qu'il a créées, qui produisent de la dictature et du fascisme dans le monde entier. Marcel Gauchet écrit dans le Monde du 8-7-2016 : " l'histoire n'est plus porteuse d'une nécessité intrinsèque qui conduit vers l'émancipation "

    Revenons en arrière. L'accord Sykes-Picot de 1916, en pleine guerre, donna à l'avance la mesure des traités " de paix " qui allaient achever la guerre. Ils favorisèrent les deux grandes puissances France et GB, ainsi que le nationalisme turc. Les masses arabes se trouvèrent spoliées de leur désir d'un grand Etat indépendant promis par les anglais. Le souvenir de cette spoliation est extrêmement vif et va nourrir des nationalismes qui n'iront pas dans le sens des espoirs d'émancipation des masses arabes. Cette spoliation se complètera de celle de l'amputation de la Palestine au profit du sionisme nationaliste réactionnaire contre le sionisme qui se voulait " socialiste " et ouvert aux arabes. Ce dernier disparaîtra.
    La GB fit en effet du sionisme un instrument de division des populations de la Palestine, par le biais de sa production de la théorie " des deux Etats ". Cette théorie, expression de la perversité politique de la GB, servit sous des formes diverses, tout au long du 20ème siècle, à ethniciser tous les conflits majeurs et à égarer les peuples. Et ceci, habilement sous la houlette de la SDN, puis de l'ONU.

    Dans ce contexte, ce chaos fut aussi, par voie de conséquence, le produit de la politique à double usage de l'Internationale communiste (IC, crée en 1915), et non pas l'Internationale de tous les travailleurs pour la solidarité des peuples opprimés. L'IC fut en fait dès 1917 un appareil au service de la seule raison d'Etat de l'URSS.
    L'IC, par l'intermédiaire des PC du Moyen Orient, entre autres celui de la Palestine, a soutenu, d'abord indirectement, les visées de la GB et sa théorie " des deux Etats ", en confortant le nationalisme arabe, au détriment des revendications paysannes des habitants de la Palestine. Et enfin l'URSS, bien qu'elle ait condamné avec la plus grande véhémence le sionisme depuis 1917, porta, par la voix de Gromyko, le coup de grâce à la Palestine, en appuyant le principe de la création d'Israël, contre la solidarité des arabes et des juifs dans une même nation, et contre la revendication d'un Etat binational porté par des sionistes.

    Pourtant il y avait la place pour une véritable politique communiste. (ce que nous résumons à partir de la p. 39 sq)

    La thèse que nous exposons ici (-) qui nous oppose aux marxistes traditionnels, et à ce que nous appelons " la chape de plomb ", théorique et historique, dite marxiste, qui pèse, encore et toujours, aujourd'hui, sur la réflexion et l'histoire réelle, sur la recherche libre, tant un certain nombre de dogmes semblent indestructibles. Cette chape de plomb fut, et est encore, le produit d'une croyance quasi religieuse, selon laquelle le parti de la révolution russe avait forcément raison sur tout. Cette croyance a reposé sur le formidable espoir des humains en souffrance au moment de la première guerre mondiale. En effet la promesse des bolchéviks, d'un renversement du capitalisme par le communisme a anéanti, chez le plus grand nombre des militants communistes et sympathisants, toute pensée critique pendant des dizaines et des dizaines d'années, c'est-à-dire presque un siècle, sinon plus.
    Cette chape de plomb cache en fait objectivement le rôle de l'URSS dans son soutien de fait à la politique anglaise en Palestine jusqu'à la création d'Israël, et aux nationalismes en tous genres autour de l'URSS..

    Nous procéderons en plusieurs étapes.
    Le lecteur pourra s'étonner de la longueur des prémices exposés, avant d'en venir à ce qui nous préoccupe c'est-à-dire la fracture entre juifs et arabes en Palestine dès avant 1948, mais il nous paraît utile d'y revenir.


    I)La question du pétrole au cœur des événements du Moyen-Orient
    lors de la première guerre mondiale.

    Quelques repères.
    ( Anthony Sampson " Les sept sœurs ". " Les grandes compagnies pétrolières et le monde qu'elles ont créé ". Moreau 1976)

    Le pétrole est découvert en Perse au début du 20ème siècle par les explorateurs anglais. Ces derniers veulent absolument prendre de court les américains sur cette question.
    La Perse, devenu Iran, après la première guerre mondiale, constitue le point de départ de la volonté britannique de mettre la main sur le Moyen Orient. La Grande Bretagne (GB), après avoir fait croire aux arabes qu'elle agirait pour leur indépendance vis-à-vis de la puissance turque dominante dans l'Empire Ottoman (épisode de " Laurence d'Arabie "), va organiser une stratégie d'implantation, de division, de promesses et de mensonges, pour s'établir solidement au Moyen Orient, contre les concurrents européens. Elle saura utiliser toutes les opportunités politiques pour ce faire. Son expérience de la colonisation, en particulier en Inde, va être mise à profit en Iran, de façon magistrale.

    La GB vise la Mésopotamie (l'Irak) où le pétrole abonde, et la Palestine comme point de passage vers l'extrême Orient.
    C'est pourquoi elle compte faire du sionisme son affaire et son arme favorite, au sein d'une vision de l'avenir à son profit, où la trahison et le gangstérisme sont les maîtres mots, autant vis-à-vis des populations que de ses alliés, la France, la Russie, puis les USA.

    En 1904 la GB se fait donner une concession de 70 ans en Perse par l'intermédiaire de la société Anglo Persian Oil où elle possède la majorité du capital.

    En 1883 la Royal Dutch hollandaise avait, elle, obtenu des concessions dans les Indes Néerlandaises. La société de transport anglaise Shell, crée en 1892 pour contrer cette dernière, fait le transport du pétrole.
    En 1907 les deux sociétés parviennent, pour faire échec aux USA, à fusionner pour donner la ROYAL DUTCH SHELL, dans la production et le transport du pétrole contre les velléités de la Standard Oil des USA. La GB contrôle 70% des bateaux citernes.
    Celle-ci a donc le contrôle des gisements pétroliers et du transport.

    En 1912, du pétrole est découvert également par des britanniques dans la partie irakienne de l'Empire Ottoman. Naît la TURKISH PETROLEUM COMPANY. L'Anglo Persian y obtient 50% du capital, 25% à la Royal Dutch Shell (famille Rothschild), et 25% à la Deutsch Bank. L'Allemagne avait avant la première guerre mondiale des velléités d'implantation en Mésopotamie.

    Donc, dès avant la première guerre mondiale, la GB avait déjà des intérêts importants dans le pétrole au Moyen Orient. C'est elle qui construit le cartel pétrolier. D'où la nécessité du dépeçage de l'Empire Ottoman surtout en sa faveur. Les accords de Sykes Picot sont signés secrètement entre la France, la Russie encore tsariste et la GB le 16 mai 1916, dans cet objectif. On donnera le contenu de ces accords plus loin.

    La GB qui est donc le grand artisan du cartel pétrolier au Moyen Orient, dont elle évince violemment les USA, jusqu'à la 2ème guerre mondiale, a besoin d'avoir les coudées franches.

    L'empire Ottoman avait malencontreusement eu l'idée d'entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne en pensant se débarrasser de l'influence pesante de la GB. Celle-ci va casser l'empire Ottoman vaincu, et déposséder l'Allemagne du peu qu'elle avait.
    En accord avec la Turquie, la GB défait le traité de Sèvres qui prévoyait la création du Kurdistan, mais fait donner en contrepartie la région de Mossoul à l'Irak. Or en 1927 un énorme gisement de pétrole est découvert près de Kirkouk. Dès lors la GB substitue à la TURKISH PETROLEUM COMPANY, l'IRAK PETROLEUM COMPANY (IPC), où le partage est le suivant : 50% à l'anglo-Iranian, 20% à la France , 25% à la Royal Dutch Shell, et 5% à la société de Gulbenkian un arménien. L'Allemagne n'a plus rien.

    Jusqu'en 1928, la GB parviendra à refouler les USA du partage du pétrole en Iran et en Irak.
    Le pétrole avait été découvert aux USA en 1850, d'où naquit la compagnie américaine "La Standard Oil ". Celle-ci ne pourra jamais pénétrer sur les " territoires anglais " et dans le cartel pétrolier avant la seconde guerre mondiale. Les USA devront chercher du côté de l'Arabie. C'est la deuxième guerre mondiale qui peu à peu donnera un rôle dominant aux USA à partir de l'Arabie


    II)La situation de l'Empire ottoman à la veille de la guerre et dans la guerre. Les peuples de l'Empire face aux volontés des grandes puissances.

    1)Les " jeunes turcs " dans l'Empire ottoman à la veille de la guerre.
    (éléments de compréhension pris dans Wikipedia)

    Les jeunes turcs vont jouer un rôle décisif dans la guerre et dans les traités " de paix " qui suivent la guerre.
    Dès la fin du XIXe siècle, un groupe d'opposants au sultan Abdülhamid II se forme et donne naissance au Comité Union et Progrès(CUP), composé essentiellement de nationalistes turcs, dits les " Jeunes-Turcs " dont fait partie Mustapha Kemal. Le CUP reçoit le soutien de nombreux mouvements représentant les minorités de l'Empire, y compris des mouvements indépendantistes ou autonomistes arméniens (la partie ottomane de l'Arménie, l'autre partie plus industrielle étant en Russie tsariste)). Cependant, cette alliance de circonstance trouve sa limite dans une question cruciale, celle de la création d'un État arménien autonome dans sa partie ottomane, où l'on trouve aussi des kurdes et des turcs . Les Jeunes-Turcs parviennent à renverser le gouvernement turc en 1908, sans mettre fin au sultanat, avec l'aide des mouvements minoritaires, et forment un gouvernement qui dirige dès lors l'Empire ottoman. La nature du nouveau gouvernement turc n'a plus rien à voir avec le fonctionnement du sultanat traditionnel de l'Empire ottoman. Ce gouvernement se dit résolument moderne au sens occidental, mais vivement opposé aux visées colonisatrices de l'Europe.

    Les minorités font leur entrée au parlement (les arméniens de l'Empire), les communautés fraternisent. Mais elles réclament bientôt leur indépendance et obtiennent le soutien des " démocraties occidentales ", lesquelles, dans leur optique colonisatrice, occupent déjà le terrain, la France en Syrie, et la GB dans ce qui deviendra l'Irak.
    Le CUP ne peut pas accepter la création d'un État arménien. Les mouvements indépendantistes cessent de lui apporter leur soutien et cherchent alors à nouer d'autres alliances dans la région, notamment auprès des Russes.
    Le CUP développe alors une idéologie nationaliste turquiste qui gagne l'élite ottomane, poussée par une aile radicale en panturquisme (pureté ethnique turque), ressuscitant même le mythe du pantouranisme. Les jeunes turcs imposent une assimilation forcée aux différents peuples qui composent l'Empire et on passe progressivement d'un système impérial, multi-national, multi-ethnique, pluriculturel à une idée de nation ethniquement pure. Victimes de ce nationalisme et du panturquisme, les Arméniens, qui sont une composante paysanne et commerçante démographique importante de l'Empire, deviennent les ennemis de l'intérieur et sont un obstacle majeur à l'unification ethnique des Turcs en Anatolie et à leur expansion dans les pays de langue turque d'Asie centrale.

    Le nationalisme turc va impulser dans le traité de Lausanne une idée purement "ethnique " de la nation.

    Les jeunes turcs poussent le sultan à entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne, et comptent ainsi se débarrasser de la domination des puissances européennes (GB, France) et des autonomismes locaux, entre autres des nationalistes arabes qui revendiquaient leur indépendance, et des arméniens qui veulent l'autonomie.

    Les jeunes turcs vont profiter de la guerre et de leur présence au gouvernement pour passer à l'extermination des chrétiens arméniens en 1915 avec Tamal Pacha et Enver
    Pacha à leur tête. Mustapha Kemal, qui deviendra Ataturk se distanciera de ces derniers.

    On lira en annexe le génocide arménien.

    Mustapha Kémal va s'engager dans la guerre pour l'indépendance turque contre la GB et vaincra celle-ci aux Dardanelles en 1915. C'est une guerre dans la guerre.
    C'est alors que la GB va utiliser ses liens avec les arabes pour ouvrir un nouveau front contre l'Empire ottoman.
    Cette histoire très compliquée permet cependant d'expliquer pour partie le traité de Lausanne.

    2)La grande révolte arabe et la trahison des espoirs arabes

    C'est encore une guerre dans la guerre.
    Les arabes étaient dépendants des turcs dans l'Empire Ottoman. Les turcs étaient la nation dominante dans cet empire. Les arabes aspirent donc à l'émancipation et à la constitution d'une nation arabe. Ils rêvent de profiter des interventions françaises et anglaises pour monnayer un grand Etat arabe. Ils sont en pleine illusion.
    La grande révolte arabe a lieu pendant la grande guerre, entre 1916 et 1918, contre les turcs, avec l'appui perfide de la France et de la GB qui visent le partage du pétrole et du Moyen Orient. La GB vise la Mésopotamie, l'Irak. Mais ces Etats promettent l'indépendance aux arabes dans une nation qui irait d'Alep (en Syrie) à Aden (au Yémen).
    Les fils de Hussein, chérif de la Mecque, à la tête des bédouins, se mettent naïvement sous la protection anglaise, contre les turcs. C'est la grande épopée de Laurence d'Arabie. Un fils de Hussein, Fayçal, prend Damas en sept 1918.
    Ce qui signifie que les arabes étaient sur la voie de la victoire.

    La France le fera dégager ! Cela contrarie les accords de Sykes Picot dont les arabes ne savent rien.

    3)Les accords secrets entre grandes puissances de Sykes- Picot en mai 1916.

    Ces accords concerneront la France, la GB, la Russie tsariste.
    Au milieu de la guerre, la GB et la France, compte tenu du déroulement des évènements, pensent à la façon dont ils vont se partager le Moyen Orient à la fin de la guerre.
    Henry Laurens écrit ceci (Monde diplomatique d' avril 2003):
    " Comment fixer les limites entre l'Arabie britannique et la Syrie française ? La négociation est confiée au français François Georges-Picot et à l'anglais Mark Sykes. Elle dure plusieurs mois, reflétant l'évolution des rapports de forces, et se conclut en mai 1916 par un échange de lettres entre l'ambassadeur de France à Londres, Paul Cambon, et le secrétaire au Foreign Office, Edward Grey . Les Français administreront directement une zone allant du littoral syrien jusqu'à l'Anatolie ; la Palestine sera internationalisée (condominium franco-britannique de fait) ; la province irakienne de Basra et une enclave palestinienne autour de Haïfa seront placées sous administration directe des Britanniques; les Etats arabes indépendants confiés aux Hachémites seront partagés en deux zones d'influence et de tutelle, l'une au nord confiée aux Français, l'autre au sud aux Britanniques. La ligne dite Sykes-Picot, qui divise le Proche-Orient, doit aussi permettre la construction d'un chemin de fer britannique de Bagdad à Haïfa. Russes et Italiens donnent leur approbation à cet accord, dont les Hachémites ne sont informés qu'en termes voilés et confus. "

    Au même moment la GB pousse les arabes à la guerre contre les turcs en vue de leur indépendance. Le discours de la GB relève de l'imposture.

    " Sykes utilise le mouvement sioniste( en vue d'aller plus avant dans le sens des intérêts britanniques), ce qui conduira à la déclaration Balfour du 2 novembre 1917 annonçant l'établissement " en Palestine " d'un Foyer national juif. La stratégie britannique va reposer sur l'occupation du terrain avec l'encouragement donné à la révolte arabe de s'étendre à la Syrie, mais non à la Palestine, et sur une succession de déclarations officielles allant dans le sens de l'autodétermination. Pour Londres, le droit des peuples signifie le droit de choisir la tutelle britannique "

    Restera la question du ou des mandats, dont ne veulent pas les populations. La France et la GB engageront des opérations militaires pour imposer deux mandats séparés

    " Mais les événements de 1919-1920 furent ressentis comme une trahison des engagements pris (en premier lieu, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes). Ils dépossédèrent surtout les élites locales de leur destin. Quand le nationalisme arabe reviendra en force, il ne reconnaîtra pas la légitimité de ce découpage et appellera à la constitution d'un Etat unitaire, panacée à tous les maux de la région. Les Etats réels seront ainsi frappés d'illégitimité et durablement fragilisés. La constitution du Foyer national juif entraînera la région dans un cycle de conflits qui semble loin de se terminer ".

    La SDN, société des nations, pour l'autodétermination des peuples, couvrira les désirs de la France et de la GB après la guerre et mettra ces peuples " sous mandat " colonialiste.

    Entre les accords secrets et les traités de paix, les bolcheviks prennent le pouvoir en novembre 1917. Ils rendent public les accords dans l'espoir de semer la discorde au sein de alliés.

    4)La révolution russe de 1917.

    La Russie tsariste fait la guerre aux côtés de la GB et de la France.
    Une révolution sociale éclate en février 1917 en Russie contre le tsarisme, sur le modèle de l'insurrection de 1905 de Pétrograd. Des soviets ouvriers et paysans se constituent partout, dans les villes et les campagnes. Les paysans occupent les terres et chassent les grands propriétaires. Les ouvriers occupent les usines.
    Le peuple russe est las de la guerre, les désertions sont massives, le pouvoir se délite. Le tsarisme s'achève, un gouvernement de type bourgeois se constitue autour de Kerenski. Il y a une situation de double pouvoir, un gouvernement et un parlement d'un côté à forte participation bourgeoise, des soviets populaires de l'autre. Les partis dominants sont les partis bourgeois dont les cadets, puis les menchéviks, les socialistes révolutionnaires, les anarchistes, les bolchéviks.

    Ceux-ci, partout minoritaires dans les soviets, font de la propagande contre la guerre. C'est sur cette base que leur audience va se constituer. Néanmoins ils demeurent minoritaires. Ils prennent alors le pouvoir par les armes, en profitant de la guerre, en octobre 1917, à la fois contre le gouvernement Kerenski et contre les occupations d'usines.
    Très bien organisés, ils se saisissent des soviets comme organes administratifs, instituent le pouvoir d'un seul parti qui devient le cœur de l'Etat, créent la tchéka, police politique.
    Ils nationalisent immédiatement les principales productions pour le compte de l'Etat, c'est-à-dire du parti, ce qui leur donne tous les pouvoirs, entre autre la presse, le papier, les livres.
    Lénine très conséquent dans son projet de prise du pouvoir, avait initié très tôt la partition du parti social- démocrate en deux partis menchévik et bolchévik (novembre 1903, parti de masse contre parti de révolutionnaires professionnels) et avait théorisé la notion de parti d'avant-garde. Dès 1915, il se dote d'un outil qui se révèlera précieux plus tard : l'internationale " communiste " et non pas "l'internationale des travailleurs ouvriers et paysans ". La différence est de taille. L'internationale communiste va fonctionner comme une extension du PC soviétique, le PCUS.
    L'une des plus grandes dictatures du siècle se constitue sous les traits de la justice, de l'émancipation, de la perspective de la libération du capitalisme par le communisme. Cela a constitué, très vite, un monstrueux mensonge, et non pas de simples erreurs.

    Face à ce dont nous discutons, comment se positionne l'URSS ?
    -Les dirigeants soviétiques clament que la seule riposte à la guerre et à la barbarie est l'extension de la révolution hors des frontières de l'URSS. Ils pensaient incontestablement à l'Allemagne. Selon eux, il était nécessaire, pour ce faire, d'y organiser l'insurrection armée des communistes. C'est ce qu'ils appelaient la " révolution sociale ". Toutes les tentatives échouent avec de terribles dégâts humains dans les rangs des ouvriers allemands, tandis qu'une haine extraordinaire se développe contre les bolcheviks au sein même du parti social -démocrate allemand. L'URSS va alors se rabattre sur des relations fortes avec les nationalistes allemands par l'intermédiaire de Radek, l'homme à tout faire de Lénine.
    En effet la guerre civile se développe en URSS pour des raisons internes et externes, dont la proximité des alliés qui ne veulent pas des bolchéviks. Les soviétiques ont besoin d'Etats forts et " amis " à l'ouest du pays.
    Les anarchistes ukrainiens de Makno, très méfiants mais ralliés à la cause de la révolution, vont jouer un rôle décisif dans la lutte contre les armées blanches, ce dont les bolcheviks les remercieront en les pourchassant ensuite (cf les terribles écrits militaires de Trotsky jamais traduits et pour cause.. Voir l'historien russe Skirda dont les livres ont été traduits)
    L'URSS choisit donc la stratégie d'aider à construire autour d'elle, des Etats nationalistes forts en Allemagne et en Turquie pour se protéger de l'extérieur, c'est à dire la GB et la France.
    Dans notre propos, c'est la Turquie qui nous intéresse. L'URSS et la Turquie ont besoin d'un soutien mutuel face aux deux puissances qui n'ont d'yeux que pour le pétrole du Moyen Orient, la GB et la France, dits Etats impérialistes.
    L'URSS substitue à la lutte des classes, la lutte entre Etats communistes, Etats amis de L'URSS, et Etats impérialistes.

    L'URSS, ayant découvert dans les archives de l'ancien pouvoir tsariste une copie des accords Sykes-Picot, va se faire un plaisir d'en donner la publicité au pouvoir ottoman défait, c'est-à-dire aux jeunes turcs qui président aux destinées de l'Empire qui va devenir la Turquie. C'est le moins qu'on pouvait attendre, mais c'est un acte de connivence avec la Turquie à venir.

    Si l'URSS et la Turquie construisent leur propre forteresse dès avant la fin de la guerre, la GB et la France ne perdent pas leur temps et misent, elles, sur les conflits à venir entre les juifs et les arabes dans leur stratégie au Moyen Orient.
    Nul doute que cette stratégie les détourne un peu de leur attention portée à l'URSS, et que cette dernière n'a pu que s'en réjouir.
    La stratégie de l'URSS visant à prendre attache avec les nationalistes pour consolider son pouvoir et se sortir du mauvais pas de la guerre civile, peut se lire au travers de la rocambolesque tentative faite en Perse à ce sujet.

    5)L'éphémère République socialiste soviétique de la Perse, 4 juin 1920.

    (Vladimir L.Genis, les Bolchéviks au Guilan (province du nord de la Perse sous domination du Shah) . Cahiers du Monde russe, vol 40 n° 3. 1999. P 459 à 495).

    En pleine guerre civile, l'URSS imagine, pour défendre ses frontières, de créer une République soviétique au nord de la Perse, dans la région du Guilan.
    Les navires de la flotte des armées blanches de la Caspienne occupent le port persan d'Anzali, sous contrôle des canons de la GB.
    Cette région, d'abord sous contrôle du Tsar est passée sous contrôle britannique avec la guerre civile.
    Koutchek Kan, du mouvement de libération nationale du Guilan, ultra religieux, lutte contre cette occupation anglaise. Les bolchéviks proposent une alliance avec Koutchek pour nettoyer la Caspienne des armées blanches. Ordzonikidzé mène l'opération avec un seul mot d'ordre " A bas les anglais, A bas le pouvoir du Shah ". A noter ici, de suite, que ce mot d'ordre " A bas les anglais " ne sera jamais préconisé pour la Palestine par l'Internationale communiste. C'est à retenir.
    Mais les nationalistes, s'ils veulent bien une aide des soviétiques, refusent totalement la soviétisation et la réforme agraire. L'URSS acquiesce, contre l'avis du Parti communiste iranien, créé à la faveur de l'occupation russe, et accorde son soutien au mouvement de libération nationale (travailleurs et éléments bourgeois mêlés), lequel aide à évacuer la garnison anglaise.
    Le 4 juin 1920 avec à sa tête le chef des partisans nationalistes djangali, Mirza Koutchek Khan, la République Socialiste soviétique de Perse est proclamée, sans contenu social, mais pour les anglais, c'est le risque d'une extension de la révolution en Asie..
    Ce que l'URSS veut, c'est une base militaire navale.
    Trotski, chiffonné par ce travestissement politique, propose de contribuer secrètement à une lutte contre la GB et les féodaux. Mais il déclare publiquement " Le principal intérêt d'une révolution russe en Orient est de constituer une monnaie d'échange avec la GB ".
    Le PC iranien veut l'expropriation de féodaux, et va à ce titre participer au Congrès des peuples d'orient. Il sera liquidé quand cette pseudo République s'effondrera sous les coups du pouvoir central iranien en 1921.
    On ne peut pas reprocher à l'URSS d'avoir aidé des nationalistes à se débarrasser de la GB. Mais cette aide devait être justifiée dans une déclaration d'une clarté sans faille, sans déguisement, vis-à-vis de tous les protagonistes, entre autres la population du nord de la Perse.
    Ce travestissement politique indique l'opportunisme des bolchéviks. Ceux-ci se sont toujours vantés de ne jamais pratiquer les négociations secrètes, et de n'agir que conformément aux désirs des peuples. Ici les nationalistes sont probablement aussi des grands propriétaires terriens, en butte contre la paysannerie.
    En fait dans la guerre civile, les bolchéviks veulent affermir leur pouvoir " pour sauvegarder la révolution ", disent-ils, en réalité " sauver le parti ". Leur objet n'est pas de satisfaire aux options de la paysannerie.


    6)La déclaration de Balfour le 2-11-1917

    En vue d'impulser les accords Sykes-Picot dans le sens désiré par la GB, le 2-11-1917 James Balfour écrit une déclaration fortement orientée à Lionel Rothschild. :
    Cela fait partie des ruses anglaises pratiquées de longue date depuis la colonisation de l'Inde.
    Cette déclaration vise à propulser au-devant de la scène un livre, celui du hongrois Théodor Herzl, " l'Etat juif ", en 1896, après l'affaire Dreyfus, pour en faire le livre porte-parole des juifs, ce qu'il n'était pas. Avec la volonté explicite d'en faire l'idéologie unique des sionistes. Or le sionisme des origines, et durant de nombreuses années au 20ème siècle, est foisonnant de riches courants de pensée : la défense et la conservation du judaïsme, la culture Yidiche, l'idée romantique de la terre sainte, l'attrait des Lumières, le socialisme, la terreur des pogromes …etc (cf le livre passionnant de Georges Bensoussan).
    Les services secrets anglais travaillant pour la colonisation, veulent orienter publiquement le sionisme vers l'Etat juif en Palestine, et cherchent explicitement le conflit avec les arabes.
    Ils font écrire par Lord Balfour, secrétaire aux affaires étrangères, la lettre qui suit. Balfour expliquera l'intention de cette lettre en juin 1919 (archives de l'ONU 1947 consultées par Médiapart) dans une déclaration extraordinaire:" La Palestine est un cas unique. Nous ne traitons non point avec les souhaits de la communauté existante, mais recherchons consciemment à reconstituer en Palestine une nouvelle communauté et à y édifier définitivement une autre majorité numérique dans l'avenir " Lord Balfour, juin 1919

    " Cher Lord Rothschild,( Lionel Walter)
    J'ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l'adresse des aspirations juives et sionistes, déclaration soumise au Parlement et approuvée par lui.
    Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.
    Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.
    Arthur James Balfour "

    Cette lettre va immédiatement être connue des juifs et des arabes. Elle constitue éventuellement un élément de poids pour commencer à poser les soubassements d'un éventuel Etat ethnique, et d'un conflit ouvert avec les arabes ?

    Pourtant les bases d'une autre vision des choses existent

    7) Mémorandum des arabes et des chrétiens en janvier 1919

    (SOURCE : Olivier Carre, Le mouvement national palestinien, Gallimard/Julliard, 1977, pp. 34-35.)

    En janvier 1919 se tient à Jérusalem le premier Congrès des associations islamo-chrétiennes constituées à travers le pays, depuis 1918 et qui ont pour objectif de promouvoir le développement de la Palestine en matière d'agriculture, d'industrie, d'économie et de commerce, de former une jeunesse consciente de sa nationalité et de préserver les droits matériels et culturels de la population.
    Ce congrès élabore une sorte de charte palestinienne qui refuse expressément la déclaration Balfour ; il envoie à la Conférence préparatoire à la paix à Paris ce qui sera appelé un Mémorandum.

    " L'ensemble des habitants de la Palestine - qui comprend les provinces de Jérusalem, de Naplouse, d'Akka - les musulmans et chrétiens se sont associés et ont élu des représentants qui se sont rendus à Jérusalem pour y tenir une assemblée chargée de rechercher la forme de gouvernement la meilleure pour ce pays [...]. Ils ont décidé en tout premier lieu d'adresser à votre conférence suprême une véhémente protestation contre ce qu'ils ont appris au sujet d'une promesse que les sionistes auraient obtenue, par laquelle notre pays deviendrait pour eux une patrie nationale (national home) ; ils auraient l'intention d'y immigrer et de le coloniser.
    Or nous-mêmes, musulmans et chrétiens réunis en députation, nous sommes en vérité une nation arabe vivante, comme les autres petites nations que les Alliés ont libérées. Nous sommes ici pour refuser catégoriquement que soit prise pareille décision avant que nous soyons consultés. Nous transmettons en effet à la Conférence cette déclaration dictée par le péril que courraient les intérêts des habitants de ce pays, musulmans et chrétiens qui forment la majorité absolue, au cas où se réaliserait l'immigration des sionistes dans ce pays pour le coloniser et en faire leur patrie nationale (a).
    Nous espérons que votre Conférence suprême ne prendra aucune décision concernant ce pays sans s'en tenir auparavant à nos désirs et à nos voeux tels que nous les lui exposerons dans la suite. "
    (a)souligné par nous.

    Ce mémorandum semble avoir été porté par Fayçal, qui a combattu pour l'indépendance arabe, mais qui était prêt à une certaine collaboration avec Weizman, sioniste de la Palestine. Bien que Fayçal soit un homme politique avisé, il ne refuse pas une alliance avec les sionistes et le mandat anglais. Il compte jouer sur tous les tableaux, et n'est pas un très bon défenseur des droits des palestiniens.
    Dans ce texte pourtant, la méfiance vis-à-vis des sionistes colonisateurs est bien marquée dès le début. Mais entre ce que dit un texte et celui qui le porte, il y a une grande différence.
    Il faut noter que ce texte est issu des associations de notables. Il n'émane pas du peuple, et encore moins des paysans. Il pose au départ des limites d'autant plus fortes que les arabes ont été floués par les anglais.
    Fayçal a des ambitions qui dépassent la cause palestinienne. Il se laissera acheter par les anglais

    L'empire Ottoman a signé l'armistice le 30-10-18 à Moudros. On s'achemine vers des traités de paix difficiles à mettre en œuvre, malgré l'opiniâtreté de la France et de la GB.

    CONCLUSION
    En guise de synthèse, nous pouvons constater qu'aux deux extrémités des diverses positions se trouvent face à face, d'une part la volonté de dépeçage de l'empire ottoman au profit des puissances alliées, la GB appelant en dernier ressort les sionistes à son secours ; et d'autre part la volonté tout aussi forte des peuples pour leur indépendance, leurs droits : les arabes dans leurs expressions musulmanes et chrétiennes, les arméniens et les kurdes , et enfin les volontés, contradictoires aux précédentes, du nationalisme turc.

    Il nous faut ici dire deux mots des différentes composantes du nationalisme.

    Le nationalisme arabe est l'expression d'une volonté populaire d'émancipation contre les turcs et les colonisateurs, qui s'exprime alors par la voix de diverses composantes religieuses, musulmanes et chrétiennes principalement, venues des notables, mais dont les juifs autochtones font partie.

    Le nationalisme turc n'est l'expression que de la bourgeoisie turque, fondée sur la pureté ethnique et religieuse turque, en vue de s'émanciper des puissances occidentales. C'est un nationalisme qui veut une revanche suite au dépeçage de l'empire ottoman.
    C'est un nationalisme qui s'apparente à celui des nationalistes revanchards allemands après le traité de Versailles.
    Sous une forme différente se constitue le nationalisme russe, comme expression de la nation dominante face à la mosaïque des nationalités diverses en Russie. Staline dira qu'une nation est formée par un territoire, une langue, une religion, une culture, en mettant en avant la culture et la langue russe. ….
    Rarement la distinction est faite entre les différentes formes de nationalismes dont l'un peut être porteur de l'idée démocratique, d'un projet commun, tandis que l'autre est porteur de dictature.
    Prenons garde cependant au fait qu'à l'intérieur du nationalisme anticolonial s'expriment aussi bien les grands propriétaires terriens, les notables des villes, que la paysannerie spoliée qui n'est pas indépendante. De plus les grands propriétaires se laissent facilement acheter par les colonisateurs par des promesses de pouvoirs locaux.

    Les bolchéviks qui se revendiquent de la révolution qu'ils ont confisquée, utiliseront le nationalisme dominateur et revanchard à leur profit, à leurs frontières. Et à l'intérieur, ils bafoueront le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Le plus célèbre exemple est la Géorgie en 1918.
    Ils ne seront pas une force politique d'explication et de clarté sur ce sujet, bien au contraire.

    Pour finir cette synthèse, il faudra noter que la SDN n'apportera que la confusion et le mensonge en prétendant agir pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes mais en soutenant les projets de mandat des grandes puissances.

    Le 1° traité de paix concernant le Moyen Orient est le Traité de Sèvres un an et demi après la fin de guerre en Orient.


    III)Le traité de Sèvres 10 août 1920 et la SDN

    Ce traité se fait sous l'égide idéologique des accords de Sykes-Picot.

    Les anglais tentent d'évincer la France de tout accord et prétendent, lors de la défaite allemande, et en utilisant la rhétorique de Wilson sur " le droit des peuples ", vouloir eux-seuls " protéger " les arabes, les juifs, les arméniens, les kurdes, dans une " tutelle bienveillante ".

    a)La SDN est créée lors de la conférence de Paris le 28 avril 1919, l'Assemblée plénière de la Conférence de la Paix ratifia la Société des Nations. Le Sénat américain, contre son fondateur américain Wilson, s'oppose clairement à la SDN dès le 16 janvier 1920. Cette dernière débute alors sans un de ses membres fondateurs. Le siège sera à Genève.

    Le " droit des peuples à disposer d'eux-mêmes " est proclamé.
    Mais cette société des Nations, organisation mondiale " pour la paix ", prétendit donner son état d'esprit au traité de Sèvres " Un droit des peuples… sous mandat des alliés, France et GB ", c'est-à-dire en fabriquant la Syrie, l'Irak, le Liban, la Palestine… etc, sous des mandats occidentaux !

    Fayçal exposa à cette conférence de la paix les demandes d'indépendance arabe, et la demande que la Palestine fasse partie du royaume de Damas : c'est l'idée de la Grande Syrie, qui irait d'ALEP au fin fond de l'Arabie. L'échec des revendications arabes à la conférence rend caduc l'accord entre Faysal et Weizmann, chef sioniste, de construire ensemble la Palestine. La France refusa le mémorandum.

    Fayçal se lança dans la conquête de Damas qu'il occupa. Le Congrès syrien proclama alors l'indépendance totale de la Syrie sous la protection de Fayçal. La France durcit sa position. Elle envoya une force militaire du Liban vers la Syrie.
    Des troupes arabes pénétrèrent au Liban pour attaquer les positions françaises et menèrent des actions de sabotage contre les lignes ferroviaires allant vers les lignes de front françaises contre les kémalistes.
    Mais Fayçal fut vaincu et la GB le mit sur le trône de l'Irak pour le consoler….

    Les sionistes demandèrent la liberté pour l'émigration juive en Palestine.
    Les irakiens convoités par la GB font demander l'autodétermination et l'indépendance du peuple irakien à la conférence. La GB empêcha leurs délégués d'être présents


    b)la Conférence préparatoire de San Remo du 19 au 26 avril 1920.

    Elle confirme l'accord Sykes Picot, et conforte les zones d'influence occidentales contre l'empire ottoman et les revendications arabes, même si les bolchéviks avaient dénoncé ces accords et en avaient donné le contenu.

    L'amertume des peuples arabes va être considérable.
    Pour en imaginer la profondeur, rappelons- nous l'invasion des pays indiens en Amérique du sud à la fin du 15ème siècle par les espagnols. Quatre siècles après, les peuples indiens gagnent leur indépendance, et réaffirment leurs diverses langues, leurs coutumes, leur culture, transmises de génération en génération dans le silence et malgré la dictature imposée par les espagnols. Rien n'a été perdu.
    Les alliés n'ont pas intégré cette réalité. Ils refusent d'envisager l'avenir qu'ils préparent à l'humanité, au Moyen Orient, en Europe, mus par leurs seules ambitions de possession du pétrole…La mémoire des peuples arabes sera pourtant intacte.

    Dans cette atmosphère de guerre civile, les alliés vont tenter d'oublier ce qui précède par une corruption habile basée sur les désirs de pouvoir des chefs arabes, contre les peuples concernés, censés n'avoir pas de mémoire.
    L'Arménie devient indépendante, les grecs, les Kurdes se voient attribuer des territoires…Le Kurdistan devait être indépendant. Cela est posé sur le papier et n'aura pas de suite.

    c)Le traité de Sèvres est conclu le 10 août 1920,

    Il met fin à la première guerre mondiale concernant le Moyen Orient. L'empire Ottoman devait être partagé au profit des alliés, mais aussi des minorités kurdes et arméniennes.

    Dès avant ce traité, lors de la reddition de l'Allemagne, le chef de gouvernement jeune turc Talaat Pacha et son parti le CUP, Comité Union et Progrès, quittent le pouvoir la 13 octobre 1918, tandis que le gouvernement ottoman est placé sous l'autorité des puissances européennes, dirigées par la GB.
    Le 2-11 Talaat Pacha et les responsables, avec lui, du génocide arménien, Djemal Pacha et Enver Pacha fuient à l'étranger en Allemagne. Un nouveau gouvernement créa le 16 décembre 1918 des commissions d'enquête pour l'instruction et le jugement des massacres des Arméniens, sur la demande des alliés. Les responsables furent condamnés à mort 5 juillet 1919 en Turquie mais furent insaisissables puisqu'en fuite.
    Les deux premiers ci-dessus furent assassinés par des arméniens en Allemagne, et Enver fut tué plus tard, également par des arméniens.
    Est mise en accusation également la décision de l'entrée en guerre de la Turquie, par ces mêmes responsables, à côté de l'Allemagne sans prendre l'avis du Parlement.
    Le caractère extraordinaire de la situation réside dans le fait que des gens en fuite et mis en cause dans le génocide arménien, discutent en 1918 à Berlin avec les bolchéviks, par l'intermédiaire de Radek.

    Le sultan signe le traité de Sèvres.

    Ce traité ne fut jamais ratifié par l'ensemble de ses signataires et provoqua en Turquie un sursaut national autour de Mustafa Kemal Pacha qui, en Anatolie, crée un mouvement nationaliste qui entame la guerre contre le gouvernement turc, pour l'indépendance, et c'est lui qui bénéficiera des discussions avec les bolchéviks.
    Ainsi même si ce traité fut signé par le gouvernement ottoman d'Istanbul, la plupart des Turcs, dans la presque totalité du pays, ne reconnaissaient que l'autorité du gouvernement d'Ankara dirigé par Mustafa Kemal qui, lui, refusait catégoriquement ce traité et ses clauses. Ce dernier, proche des jeunes turcs, entra en guerre contre la GB avant l'énoncé du traité, mais il prendra de la distance avec les génocidaires.

    Cette guerre aboutira 3 ans plus tard à la chute de l'Empire ottoman, à la proclamation de la République turque et à la négociation d'un nouveau traité plus avantageux pour la Turquie, le traité de Lausanne.

     

    IV)La guerre nationaliste de la Turquie de mai 1919 à octobre 1922

     

    D'après le traité de Sèvres, et après les propositions des alliés concernant le partage de l'Empire, il ne reste à l'empire ottoman que 23 % de ce qu'il fut.
    C'est donc inacceptable pour les turcs

    Ceux-ci s'enrôlent donc en masse dès 1919 dans l'armée kémaliste et déclenchent la Guerre d'indépendance turque en mai. Les kémalistes sont victorieux au bout de quatre années de conflit et négocient le traité de Lausanne. Mustapha Kémal devient Atatürk.

    Les arabes comprendront qu'ils sont définitivement spoliés. C'est l'abandon de la
    Grande Syrie, allant d'Alep en Syrie, à Aden au Yémen.

    Dans cette guerre, les turcs chercheront et obtiendront l'appui de l'URSS. Les anglais lutteront contre les forces kémalistes

    Mustafa Kémal sera très fortement soutenu et aidé par l'URSS, qui veut un régime nationaliste fort et ami à ses portes.
    Dès 1918, les jeunes turcs et les bolchéviks se rencontrent en la personne du bolchévik Radek en prison en Allemagne. Radek, délégué par le parti bolchévique, a d'excellentes relations avec les nationalistes allemands et sera vite remis en liberté.
    Les bolchéviks commencent à négocier avec Talaat et Enver, mais ils préfèreront finalement Mustafa Kémal, dont ils pressentent qu'il s'agit d'un futur homme d'Etat.

    En avril 1920 Mustafa rencontre donc lui-même les bolchéviks. En schématisant, Mustafa va aider les bolchéviks à soviétiser 3 républiques de transcaucasie : l'Azerbaïdjan , la Géorgie, l'Arménie (ce qu'il en reste), en contrepartie les bolcheviks et l'URSS vont aider à reconstituer une armée turque (transfert d'armes et d'or).

    Avec l'aide de la Russie communiste, les forces nationales turques écrasent dans un premier temps les arméniens, ne laissant à ces derniers que le petit territoire de l'Arménie actuelle, au coeur du Caucase ; puis elles chassent du territoire les 1,3 millions grecs. Ceux-ci en retour expulsent alors 300.000 Turcs ou Grecs islamisés. Cette "épuration ethnique " se fait de part et d'autre dans une rare violence, les uns et les autres pratiquant la politique de la terre brûlée.

    Tout ceci correspond à l'idéologie des jeunes turcs qu'ils résument ainsi ( Wikipedia) (2016):
    " - la ferme détermination de ne tenir aucun compte des aspirations des nationalités non-turques habitant l'Asie Mineure, entre autres les Kurdes.
    -Ne laisser ni à la Grèce ni à l'Arménie aucun pouce du territoire de l'Anatolie. (" Il est impossible qu'un seul pouce de terrain de nos vilayets soit attribué à l'Arménie ou à quelque autre État ")

    Fondée avec le soutien et l'armement bolchévique, la guerre d'indépendance de la Turquie est une guerre civile turque émaillés de conflits franco-turc, arméno-turc et gréco-turc, qui opposa la résistance nationaliste turque menée par Mustafa Kemal aux puissances alliées victorieuses de l'empire ottoman
    Par leur victoire, les armées kémalistes forcèrent les Alliés à renoncer aux clauses du traité de Sèvres et à négocier le traité de Lausanne en juillet 1923.
    C'est Mustafa Kémal, qui n'est pas impliqué comme les précédents dans le génocide, qui va contraindre les Alliés à conclure un nouveau traité avec la Turquie, en remplacement de l'infâmant traité de Sèvres, selon les turcs
    La guerre d'Indépendance aura pour conséquence de provoquer la chute du sultanat turc et du système monarchique ancestral, lequel sera remplacé aussitôt par la République turque actuelle. Ce changement radical de régime sera l'amorce d'un processus " révolutionnaire " qui se poursuivra dans les années qui suivent sous la houlette du kémalisme, qui deviendra une dictature.
    Après la victoire des forces kémalistes, qui ne sont ni plus ni moins que la continuation des " jeunes turcs ", les procès contre les génocidaires furent suspendus le 13 janvier 1921.

    V)Le traité de Lausanne du 24-1-1923

    Les turcs influencent considérablement ce dernier traité avec l'accord des occidentaux.

    Le contenu du traité est rappelé par Alban Dignat (Hérodote 2015).
    -Les Turcs récupèrent une pleine souveraineté sur les Détroits, Istamboul et son arrière-pays européen, ainsi que sur l'Arménie occidentale, le Kurdistan occidental et la côte orientale de la mer Égée (Smyrne, Éphèse...).
    -Les frontières de l'Irak sont dessinées, et Mossoul sera attribué à l'Irak, tandis que Kémal revendiquait cette région.
    C'est la fin du rêve kurde.
    Les kurdes sont donc dépouillés de la possibilité d'avoir un Etat indépendant comme promis au traité de Sèvres, ils sont coupés en 3 (entre Syrie, Irak et Turquie).
    Rappelons que les britanniques avaient déjà des parts dans le gisement pétrolier près de Kirkouk (pas loin de Mossoul)
    -Les occidentaux renoncent au droit de regard sur le sort fait aux chrétiens en Turquie (abolition des Capitulations de 1536).
    -1,3 millions de grecs orthodoxes fuient vers la Grèce tandis que 300000 grecs islamisés sont expulsés vers la Turquie.
    -La Syrie et le Liban sont confiés à la France. L'abandon du projet de la " Grande Syrie ", si chère au cœur des arabes, sera confirmé par les alliés. La Palestine sera de toute façon considérée par les anglais comme ne pouvant faire partie d'un projet arabe, les palestiniens étant des paysans sédentaires, par opposition aux arabes de la Transjordanie, bédouins essentiellement, représentant les vrais arabes dans la mythologie anglaise….Raison pour laquelle la GB la rendra de suite indépendante de la Palestine, faisant ainsi une fleur aux nationalistes arabes.

    Alban Dignat (Hérodote) écrit qu'en inaugurant la pratique des "nettoyages ethniques", la Turquie kémaliste ouvre la voie aux nationalismes totalitaires. Dans ce cadre -là, une nation est définie ici par une seule religion, une seule langue, une " race ", un Etat qui ne crée des institutions que pour une seule population. Ce n'est pas la nation fondée sur la volonté de populations différentes les unes des autres (plusieurs religions et langues), pour construire, sur un territoire, un avenir sur un projet commun, par exemple une République démocratique fondée sur les droits de l'homme. Dans ce type d'Etat, les institutions crées doivent être communes à tous.
    Ce traité va déterminer la nature de l'ordre nouveau : l'ère des génocides, l'ère des dictatures, les échanges de populations, l'épuration ethnique, la montée des nationalismes, l'ethnicisation des nations.
    L'idéologie ethnique du traité de Lausanne est fondée sur la victoire des turcs. C'est une première dans l'histoire de la diplomatie. C'est un recul sans précédent qui prépare des luttes nationales d'indépendance non pas pour le compte des peuples en vue de leur émancipation, mais pour le compte d'ethnies majoritaires nationalistes. La religion y sera brandie éventuellement comme projet commun
    Cet ordre nouveau se présente donc comme un nouvel obscurantisme derrière lequel l'Europe se range.

    C'est ainsi qu'à partir de l'esprit de ce traité, la Grande Bretagne pourra développer à loisir l'idéologie selon laquelle les arabes musulmans ne pouvaient cohabiter avec les arabes juifs, et les européens juifs, en raison de leur différence de religion. Ce que toute l'histoire réfute. Rappelons pour mémoire qu'à la fin du 15ème siècle, la théocratie catholique absolutiste espagnole chasse conjointement juifs et musulmans de l'Espagne, à moins qu'ils ne se convertissent au catholicisme.
    Juifs et musulmans espagnols vont alors essaimer au Maghreb, en Palestine et en Europe et ils ne construiront des institutions distinctes que dans la mesure où l'Etat n'imposera pas d'institutions communes (écoles, tribunaux, hôpitaux…). Ce qui signifie que par destination, on ne peut dire que le communautarisme leur est intrinsèquement lié.

    Dans ces circonstances, la Grande Bretagne et l'URSS vont se partager le travail de la scission de la Palestine en deux populations irréconciliables, sur deux registres très différents.


    VI)LE TRAVAIL DE DIVISION ENTRE JUIFS ET ARABES PAR LA GB : LA THEORIE DES DEUX ETATS.

    Cette théorie, construite par les anglais est une entrave majeure à une entente entre arabes et juifs, puisqu'elle dit, a priori, qu'il ne peut y avoir d'Etat commun en Palestine entre les populations.
    Elle va émerger peu à peu du traité de Lausanne, qui en constitue les prémices, jusqu'à sa pleine écriture avec le rapport Peel. La première pierre de cette théorie qui va devenir réalité, est l'idée du " Foyer juif " qui vient de la plume du gouvernement anglais, par l'intermédiaire de Balfour.

    La GB est une puissance colonisatrice depuis longtemps. Elle a été instruite par la Belgique en Afrique dont elle a admiré la roublardise, mais elle a surtout une longue expérience de la stratégie du " diviser pour régner " en Inde. La théorie des Deux Etats va trouver une deuxième application dans ce pays pour refouler les musulmans au Pakistan après l'indépendance de ce dernier.

    Cette théorie constitue le poison de la gestion de la post colonisation en Palestine, bien plus efficacement que l'utilisation des côtés retors du sionisme. Idem en Inde, idem en Afrique par d'autres Etats, puis en Yougoslavie.

    Son application est jusqu'à nos jours le venin du dit conflit judéo -arabe, dont les conséquences peuvent être qualifiées d'abominables. Sa perversité tient au fait que les palestiniens eux-mêmes vont croire ou feindre de croire qu'ils pourraient, en contrepartie de l'abandon de toute la Palestine, s'en voir octroyer un petit morceau pour créer le retour au paradis tant espéré : un Etat bien à soi, c'est-à-dire pour ses " révolutionnaires bureaucrates " !

    Les anglais vont tenter de prendre de vitesse les velléités de collaboration entre les populations de la Palestine.
    Selon cette idéologie, il y aurait donc impossibilité pour les arabes musulmans et les juifs de cohabiter, alors qu'il n'y a pas de religions plus proches l'une de l'autre que l'islam et le judaïsme, dans leurs coutumes, et leur rigorisme.

    Fondamentalement, cette impossibilité est une contre-vérité historique. Pendant des siècles les arabes furent juifs et chrétiens d'abord ; puis musulmans, chrétiens et juifs ensuite.
    Ce qui diffère entre eux de façon évidente, déjà dans les années 1920, c'est que la pratique religieuse est très forte chez les musulmans, en raison de leur origine plutôt paysanne, et que cette pratique s'insère dans des relations féodales et tribales. Alors qu'elle ne concerne qu'une minorité chez les juifs, plutôt commerçants, artisans et financiers. Mais leurs deux cultures n'ont pas d'antagonisme de fond. Les sionistes intégristes sont aussi sectaires que les nationalistes arabes. Entre eux il n'y a que des questions de pouvoir, habilement exploitées par la GB.

    Cette théorie deviendra, grâce à l'URSS, la bible des nationalistes et des communistes palestiniens au Moyen Orient et en Europe, après la création d'Israël. Tous les mouvements de soutien à la Palestine se sont conformés à la perspective des deux Etats en suscitant des nationalismes de type ethnique qui n'avaient pas lieu d'être. C'est un tour de force politique, d'autant plus que la GB comme l'URSS ont mis en avant l'ONU pour soutenir et défendre cette rhétorique..

    Dans un article important dans notre site (www.Marx21siecle.com,) à la rubrique "islamisme ", nous écrivons que la " théorie des deux Etats " constitue la politique de division la plus raffinée qui soit de la part de la GB coloniale.

    Nous en disons ceci dans cet article :

    " Cette théorie a vu le jour en Palestine dans les années 1930 en vue de séparer définitivement musulmans et juifs, puis en Inde en 1947 pour couper les ponts entre musulmans et hindous et de de promouvoir la partition de l'Inde en deux Etats lors de son indépendance.
    On peut la résumer ainsi de notre point de vue:

    -Les communautés religieuses deviennent des communautés ethniques

    -D'où, les hindous ou les juifs ne peuvent vivre avec les musulmans (alors qu'ils vivent ensemble depuis des siècles !), ou les chrétiens ne peuvent vivre avec les musulmans, et inversement.

    -Une communauté ethnico-religieuse a droit à un Etat !! (au mépris de l'idée de l'Etat d'une nation du peuple tout entier) : Il convient donc de séparer ces communautés

    -Il faut faire accomplir cette prophétie par l'institution qui prétend agir internationalement pour les droits de l'homme et les droits des peuples, la SDN, puis l'ONU.

    -Il convient en attendant de soutenir que chaque communauté ait son droit propre, pour dénier, à un Etat d'une éventuelle République, toute capacité à agir : c'est l'institutionnalisation du communautarisme.

    -Autrement dit, il faut éviter de construire des Etats de droit, même si on a plein la bouche d'une telle revendication.

    -Il faut par conséquent organiser le "droit international" sur ces bases, à savoir un droit dit non contestable, avec une apparence démocratique (les adeptes de cette théorie seront entre autres, après les grands de ce monde, les communistes et les socialistes) "

    La " théorie des deux Etats " est donc nécessairement liée à la construction du communautarisme par l'Etat colonial ou la puissance mandataire, puis à la séparation " ethnique " !.

    (On peut remarquer tout de suite qu'en raison du seul problème de l'eau, et de sa répartition géographique, deux Etats ne sont pas viables côte à côte en Palestine, à moins que l'un ne soit assujetti à l'autre. Mais ce n'était pas le problème des britanniques, ni de ceux qui demandaient du pouvoir….


    VII) LA QUESTION AGRAIRE VUE PAR L'URSS EST EN SOI UN MOTIF DE DIVISION

    La question du partage de la terre est d'emblée LA question fondamentale entre les arabes et les juifs dans les années 1920 en Palestine.

    Nous défendrons l'idée que seule une stratégie démocratique d'occupation collective des terres par les palestiniens et les juifs pouvait permettre d'échapper à la division entre ces deux populations

    Cette stratégie ne pouvait être accréditée par l'URSS pour les raisons qui suivent. L'URSS se servira de l'inexpérience des juifs communistes pour que l'idée même d'occupation des terres ne soit jamais abordée.

    Cette question de la terre nous semble avoir été un des principaux problèmes en Palestine, entre juifs et arabes. Ce ne fut pas la question religieuse ou une question culturelle.
    Soit il y avait une entente à trouver très vite sur la terre, soit les populations se déchiraient, entre autres sur l'immigration des juifs acheteurs de terres.
    Une entente sur la terre n'aurait pas fait l'affaire de la GB, ni de l'URSS.

    En effet la gestion totalitaire de la question de la terre en URSS même, contre l'avis de SR (socialistes révolutionnaires) de gauche, fut finalement le fondement de la politique agraire soviétique.
    Par voie de conséquence, le PCUS repoussa toute solution de gestion démocratique de la terre en Russie, comme ailleurs.

    Dans les années qui précèdent sa mainmise sur le PC palestinien, l'URSS ne militera jamais en faveur d'une réforme agraire, et se contentera à la place de rejeter en bloc le sionisme.
    Cette attitude trouve sa justification théorique dans les documents ci-dessous.


    1)LA QUESTION AGRAIRE DANS L'INTERNATIONALE COMMUNISTE EN JUILLET 1920,

    .L'Internationale Communiste n'a jamais été pour une réforme agraire gérée par la classe paysanne elle-même. Elle en vient même à nier tout simplement la façon dont la question de la terre a été résolue sans les bolchéviks, dans un premier temps, en Russie en 1917..

    La classe paysanne est une classe historiquement farouchement indépendante. Elle n'a nul besoin de qui que ce soit pour s'emparer des terres des grands propriétaires. Elle brûle les châteaux sans autorisation, elle ne produit pas d'idéologie mais un seul mot d'ordre " La terre à qui la travaille ". Elle demeure conservatrice, attachée à ses coutumes, à sa religion quoi qu'il arrive. Mais elle sait que sa mission est de produire de quoi manger, elle le fait en fonction de savoirs millénaires qu'elle améliore par sa seule expérience. Elle n'est pas, comme disait Marx, attachée de façon indéfectible à l'immobilisme. Elle n'est pas dans " l'immutabilité " (terme de ce dernier), concernant les moyens de produire, car elle s'approprie tout ce qui améliore la production (la question des charrues, des assolements, de la luzerne..), mais elle refuse tout ce qui tendrait à la faire disparaître. Elle se fera acheter au moment où le capitalisme monnayera l'eau sur l'évier, le tracteur, contre les engrais chimiques, le remembrement, ce qui chassera ses enfants vers le salariat.
    A ce moment-là la classe paysanne commencera à mourir en Occident.

    Tout ceci pour dire que l'antagonisme est profond entre la classe paysanne et le bolchévisme, lequel ne lui attribue aucun rôle révolutionnaire et veut transformer les paysans en prolétaires, puisque seuls ceux-ci ont un rôle révolutionnaire….

    Les bolcheviks savent qu'ils ne maîtriseront jamais la classe paysanne. Celle-ci, en France en 1789, au Mexique en 1910, en Russie avant février 1917, a rejeté la grande propriété foncière sans avoir besoin des communistes.
    Une opportunité particulière existe en Russie. La paysannerie est attachée aux formes d'organisation collective depuis très longtemps (le " mir " villageois). Les paysans peuvent opposer un bras d'honneur aux bolcheviks qui viendraient leur parler de travail collectif. Il faudra à ces derniers trouver autre chose : la contrainte, qu'ils appelleront dans leur " novlangue " la collectivisation. Ça ne suffira pas. Pour prolétariser les paysans, il faudra le goulag. Seul Lénine semblait savoir cela et reculait le moment de les contraindre car il savait que la chute de la production en serait la conséquence.

    Les grands défenseurs de la réforme agraire en Russie furent les SR (socialistes révolutionnaires). Dans un premier temps, Les bolchéviks intègreront telle quelle cette réforme et ne s'attaqueront pas aux soviets paysans sauf en 1921 à Kronstadt, puis à Tambov …puis en 1927...
    Et ils rejetteront les SR de gauche de la direction des grands soviets.

    Puis ils écriront l'histoire à l'envers vis-à-vis des paysanneries du monde entier. Cela veut dire qu'ils réécriront l'histoire.

    C'est dans ce contexte que le 2ème Congrès de l'Internationale Communiste de juillet 1920 a lieu, soit un mois avant le congrès des Peuples d'Orient (voir le document intitulé " Thèse sur la question agraire ")
    Ces thèses ne s'inspirent nullement de la réalité russe de février à octobre 1917, c'est-à-dire de ce que les paysans avaient obtenu dans la révolution de février par leurs combats propres, aidés particulièrement par les SR. Ceux-ci avaient eu une compréhension exacte de ce que voulait la paysannerie russe. Une fraction d'entre eux se rallia au pouvoir bolchévique, croyant ainsi pouvoir défendre la paysannerie russe.

    Que disent ces thèses ? ( Résolutions des 4 premiers congrès mondiaux de l'Internationale communiste 1919-1923. Bibliothèque communiste. Libraire du travail , juin 1934. Réimpression par Maspero en 1969)

    Nous extrayons les points importants :
    -les parties les plus opprimées de la paysannerie ne peuvent par elles-mêmes expulser les gros propriétaires fonciers (c'est faux, toute l'histoire contredit cela)
    -Il faut d'abord que le prolétariat conquière le pouvoir, exproprie les gros propriétaires "par un coup d'Etat " p 62 (ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées ; l'expropriation a eu lieu avant le pouvoir bolchévique. De plus ici la notion de " coup d'Etat " est reconnue par les bolchéviks eux-mêmes)
    -Les paysans ne pourront se rallier au prolétariat qu'après la prise du pouvoir (p 62) (ils ne se sont jamais ralliés).
    -A ce moment- là les paysans seront organisés dans des soviets paysans où nul exploiteur ne sera admis (faux, les soviets paysans préexistent au " coup d'Etat " bolchevik, )
    -Que deviendront les terres enlevées aux propriétaires ?? Qu'est-il écrit ? " Elles étaient jusqu'à présent partagées entre les paysans. C'est que le pays est très arriéré au point de vue économique"( p 63). Les propriétés rurales soviétistes seront rares… D'une façon générale, les grands domaines seront préservés et serviront mieux les intérêts des éléments les plus révolutionnaires des paysans qui ne possèdent point de terres et des petits propriétaires qui travailleront dans des domaines nationalisés.
    La production deviendra collectiviste pour sortir les campagnes de leur arriération (p64)

    Mais, précise le document, d'une façon générale on laissera la terre aux propriétaires riches et aisés tant qu'ils ne s'opposeront pas au pouvoir soviétique, afin de les conquérir en douceur à la révolution…


    Ce résumé montre 1)soit une méconnaissance de ce qui s'est passé en Russie où les paysans ont pris les terres, expulsé les grands propriétaires et ont constitué des soviets dans les campagnes qui étaient tout sauf bolchéviques. Ils étaient menchéviques, socialistes révolutionnaires, ou anarchistes comme en Ukraine. Les paysans se sont partagé les terres gérées individuellement ou collectivement comme ils l'entendaient.

    2)Soit les communistes soviétiques entendaient nier cette réalité, réécrire l'histoire et soumettre pour l'avenir la paysannerie au " prolétariat ", c'est-à-dire au parti.

    3)Les bolchéviks faisaient déjà le choix de la grande propriété contre la petite, au motif répétitif de l'arriération paysanne.

    En fait les bolchéviques étaient contre la réforme agraire, telle qu'elle s'était produite en février 1917 ou dans la révolution française en 1789.
    En conséquence de quoi le discours qui va suivre dans le Congrès des Peuples d'orient ne pourra pas être un discours en faveur de la réforme agraire menée par les paysans eux-mêmes. Cela n'apparaît pas de façon franche, car les bolchéviks ne veulent pas heurter leur auditoire, ils veulent le manœuvrer. Ce congrès ne peut être saisi que si l'on a compris les thèses du 2ème congrès de l'IC. En effet la distribution des terres entre paysans ne serait pas communiste (produit de l'arriération) et pas collectiviste. " La conservation des grands domaines sert mieux les intérêts des éléments révolutionnaires de la population, surtout des agriculteurs qui ne possèdent point de terres…etc (sic)". On voit se pointer là l'idée de la disparition de la petite exploitation, et la nécessité que les paysans deviennent des prolétaires agricoles sur des grandes surfaces, pour faire une production moderne (opposé à arriérée). Donc la classe paysanne doit disparaître en tant que classe et laisser la place au prolétariat. Ce mouvement amorcé sous le capitalisme va être accéléré par l'URSS..

    En conclusion, si la classe paysanne est anticapitaliste par destination, elle n'est pas communiste pour autant. Cela dépasse l'entendement d'un bolchévik, qui dénie le droit à exister de l'anticapitalisme qui poserait des perspectives autres que les siennes. .

    Pour la question qui nous intéresse, les bolchéviks sont contre toute expropriation des terres par les paysans avant la prise du pouvoir par les communistes.


    2) Le Congrès des peuples d'Orient à Bakou en septembre 1920.

    Quand le congrès des Peuples d'Orient s'ouvre, à l'initiative de l'IC, un mois après le 2ème congrès de l'IC, les bolchéviks savent ce qu'ils doivent y dire à propos de la question de la terre.. Mais s'ils vont décrire correctement la situation de la paysannerie en Orient, ils n'offriront que des propositions tronquées ou contradictoires, difficiles à saisir à la première lecture.
    (Le premier Congrès des peuples d'Orient Bakou 1920 . Réédition en fac-similé. François Maspero 1971)

    Ce congrès s'ouvre juste après le traité de Sèvres d'août 1920.

    Ce congrès est convoqué par les soviétiques en septembre 1920, en vue de discuter de la façon dont ces peuples peuvent se rattacher au combat de l'URSS. Non pas pour en bénéficier eux-mêmes mais pour assurer à l'URSS un soutien formel à sa politique d'une quantité de régions intégrées à son empire.

    Zinoviev fait l'ouverture du Congrès et sa clôture. Il promet que tous les ans se tiendra un congrès de ce type. Or l'expérience de 1920 ne sera jamais renouvelée.

    La question de la terre est fondamentale pour les paysans arabes, turcs, persans, hindous… qui sont dans une immense misère au 19ème et 20ème siècle, parce qu'ils sont majoritairement dans une situation proche du servage, soumis à un grand propriétaire.
    Curieusement la Mésopotamie (qui deviendra l'IRAK) et la Palestine, tous deux désignés pour être sous mandat anglais, n'ont pas eu de délégués à ce Congrès.
    Il y aura 3 arabes seulement (représentant qui ?). De la même façon, pas de représentant de la Syrie, sous mandat français.

    Le congrès de Bakou comprend quelques juifs, on ne sait ce qu'ils y font et ce qu'ils disent. Il n'est pas question une seule fois de la situation en Palestine ou en Syrie, ni du sionisme à ce congrès. Ce dernier reste totalement en marge de la réalité de la partie sud du Moyen Orient, où se joue le début d'un drame qu'il faudrait saisir à bras le corps de façon non sectaire.
    Il est même stupéfiant que ce Congrès des peuples d'Orient ait ignoré (ou ait voulu ignorer) à ce point la question du partage de la Syrie, de la Mésopotamie et de la Palestine entre la France et la GB.

    En fait il s'agissait surtout de réunir les peuples turcophones de Transcaucasie, russes, persans et d'extrême orient. Ceci explique cela. La situation de la paysannerie en général, donc également arabe fut pourtant bien analysée dans ce qui fut l'Empire Ottoman.

    Cette paysannerie est décrite comme étant sous le joug des propriétaires féodaux qui considèrent les paysans comme des serfs. Le fruit du travail des paysans ne suffit pas pour payer ce qu'ils doivent aux propriétaires, en conséquence de quoi les paysans s'endettent auprès d'usuriers, et ils n'ont pas de quoi avoir l'outillage, les animaux de trait, les semences nécessaires à un travail productif. Ils vivotent misérablement.
    Ce n'est pas la taille de la terre qui pose problème, mais l'endettement paysan. Ceci n'est pas relevé par ce Congrès.
    Par ailleurs, si les féodaux ont acquis la propriété de la terre par étiolement de la "propriété nationale " ce qui la déclarait invendable, les paysans, dont les fellahs, ont la " possession collective " ancestrale de cette même terre (bien distinguer propriété et possession). Le propriétaire peut changer, le paysan reste sur sa terre et la considère comme sienne. Cette réalité est celle de toute l'Asie. Donc le premier problème pour les paysans et les fellahs du Moyen Orient est selon ces derniers la réforme agraire.
    Ce congrès qui accepte l'idée de la réforme agraire, par expropriation des grands propriétaires, ne s'en fait pas le porteur, et pour cause. Il appelle néanmoins à constituer des soviets de paysans partout. Il est très difficile de comprendre de quoi il s'agit, puisque les soviets sont bolchévisés en URSS, sauf….dans les campagnes !

    Le discours d'ouverture de Zinoviev est savamment alambiqué.
    Il se dit pour la " révolution agraire " (p 37). Il dit que le prolétarien européen la soutiendra. Mais avant tout il se dit pour une politique démocratique comme en Turquie (p 42). (la réforme des " jeunes turcs " ?). Il affirme ne pas être panislamiste ou nationaliste, mais il soutiendra tout mouvement national et démocratique en Turquie ou en Perse, parce qu'il sait que l'ouvrier turc a saisi qu'il faut d'abord une révolution populaire dans le pays (c'est-à-dire mettre la bourgeoisie à la place des féodaux ?)… A ce moment-là les paysans opprimés pourront se lancer à l'assaut de la révolution agraire (l'histoire française et russe infirme ceci : les paysans n'ont rien demandé à la bourgeoisie pour prendre les terres.. !)

    Avant toutes choses, dit le Congrès, les peuples d'Orient doivent se débarrasser de l'impérialisme anglais, qui, selon Radek, soulage les arabes de leur pétrole en Mésopotamie (sauf que les arabes ne sont pas réellement présents. Cette nécessité de chasser les anglais ne sera pas reprise en Palestine). Or les mouvements nationalistes mènent une guerre sainte contre cet impérialisme, dit-il.

    Faisons une parenthèse : A cette époque, les arabes ont confiance dans les anglais pour obtenir leur indépendance contre les turcs. Or les communistes russes donnent leur confiance aux turcs et à leur lutte démocratique, et même " aux jeunes turcs " honnis par les arméniens. Il y a donc une partie du discours de Zinoviev qui n'est pas audible.

    En clair, Zinoviev soutient le nationalisme turc pour des raisons, non pas communistes, mais des raisons d'Etat. Et il établit une hiérarchie dans les nécessités : d'abord une révolution à la " jeunes turcs ", et ensuite une lutte pour la réforme agraire. Il recommande pour finir la création de partis communistes sous l'égide de l'IC, pour défendre cette politique.

    Zinoviev ne sera pas critiqué directement mais des interventions s'élèvent contre le nationalisme dont celui de la Turquie. Le prétexte en sera la lecture de la déclaration du " jeune turc " Enver Pacha (p 107-108). Il prétend se placer du côté de la révolution soviétiste.
    Bela Kun qui s'est réfugié dans l'IC (Il avait tenté une révolution communiste en Hongrie de mars à août 1919, et sera chassé..), lance une résolution de défiance " contre le mouvement révolutionnaire national turc ", qui n'est tourné que contre les oppresseurs étrangers et non pas contre les exploiteurs nationaux des ouvriers et paysans. Il fait voter cette résolution à l'unanimité. Zinoviev ne dira rien.

    Un autre délégué (p 143) s'en prend également aux nationalistes turcs. Il prédit en quelque sorte que les nationalistes (en général) fonderont des Etats dominés par des bourgeoisies qui réprimeront tout mouvement d'émancipation et approfondiront la désunion qui existe déjà entre les masses et les félonies des riches propriétaires alliés aux capitalistes étrangers.
    Ce délégué décrit exactement la situation palestinienne sans le dire.
    Mais ce même délégué appelle les peuples d'Orient à s'allier à la Russie soviétiste et à fonder des soviets.. (la révolution russe a une si grande aura qu'il est impossible qu'il en soit autrement)

    Un autre délégué (p 152) fait des réserves sur Mustapha Kémal, l'homme fort de la Turquie. Il se prononce pour la libération avant tout du paysan turc.

    Un autre (161) se prononce pour la révolution agraire au plus vite, et pour la prise du pouvoir. Mais il faut d'abord mettre les puissances colonisatrices dehors.

    L'intervention la plus intéressante qui fixe bien les objectifs des soviétiques dans ce congrès est celle de Statchko, un illustre inconnu qui parle au nom de l'IC (p 180 et s)

    Il décrit à nouveau de façon très concise l'effroyable misère des paysans dans l'Empire ottoman, la plupart n'étant que journaliers. " L'affranchissement des peuples passera par l'émancipation des paysans " dit-il. (Très juste mais les bolchéviks n'en font pas une règle..°)
    Mais pour confisquer les terres, il faut établir un régime soviétiste , où la terre doit appartenir à l'Etat. Les masses paysannes qui prendront les terres les remettront à l'Etat, (ce qui suppose que l'Etat soit soviétiste avant que les paysans ne se saisissent des terres…)

    Puis il effectue un premier tournant (p 188) : le combat des masses paysannes doit d'abord être un combat pour l'indépendance de leur bourgeoisie, pour expulser l'impérialisme. Seul, ensuite, le communisme libèrera les paysans, dit-il.

    Et enfin il effectue un 2ème tournant dans son exposé (p 195). Même avec une révolution communiste, les pays de l'Orient débarrassés des propriétaires fonciers, resteront soumis à l'industrie capitaliste européenne, qui leur est supérieure en matière de produits manufacturés et d'outillage… Donc seule l'institution de l'économie communiste dans le monde entier (c'est-à-dire fondée sur la grande industrie) affranchira la classe paysanne.

    Et le tour est joué !
    Les bolchéviks ont le sens de la mise en scène pour sembler défendre les masses populaires ( paysannes ici), en leur faisant miroiter la révolution agraire, puis en la leur confisquant au profit des bourgeoisies nationalistes qui ne devront leur salut final qu'en se propulsant dans la grande industrie. Aucune autre possibilité ! On a là un condensé de la stratégie bolchevique d'alignement de tous les mouvements d'émancipation sur le communisme russe, c'est-à-dire au final sur le capital industriel international. Les dirigeants nationalistes, qui l'ont le mieux compris, sont incontestablement les nationalistes chinois déguisés en communistes.

    Ce congrès des peuples d'orient donne donc la priorité à la lutte nationaliste, qu'ils confondent avec la lutte pour la démocratie, mais celle des " jeunes turcs ". Or les grands propriétaires terriens étaient nationalistes…. Donc la question de la réforme agraire (la terre aux paysans) qui était au cœur de la question paysanne au Moyen Orient et en Extrême Orient, n'est pas portée par l'Internationale communiste. Les différents PC n'en feront pas leur revendication première.

    Ce congrès est unique, il n'y aura aucune suite, si ce n'est à travers le Komintern.

    Etait présent à ce Congrès des peuples d'Orient Enver Pacha, l'un des génocidaires des arméniens, il était " panturquiste ", donc nationaliste turc. Il a collaboré, on l'a vu, avec les bolchéviks. Il les aidera à constituer le Turkestan contre le panislamisme. Or ce dernier constituait l'une des idéologies du grand rêve des nationalistes arabes musulmans. Avoir un grand Etat arabe libre et indépendant. Le panislamisme est une variété de nationalisme, mais inacceptable pour l'URSS. Il est donc aussi dangereux pour l'URSS que pour les anglais. Il faudra en tirer les conclusions pour la Palestine.


    Pour ce qui nous intéresse, l'alliance des communistes avec les nationalistes contre les puissances occupantes est présentée comme prioritaire, mais propulsée de manière inefficace. La réforme agraire n'est pas portée par les communistes.

    Pour en finir avec cette question gravissime, nous sommes obligés de constater que le " marxisme " n'a jamais répondu de façon adéquate à la question agraire. Pas seulement en raison de ce que furent les bolchéviks, mais en raison de Marx lui-même. En effet, celui-ci considérait que la meilleure chose qui pouvait arriver aux paysans, c'était de devenir prolétaires. En outre, il est évident que pour Marx les méthodes de culture paysanne n'allaient pas dans le sens de la croissance des " forces productives " ! Mais c'est un autre débat.
    Cette impossibilité sera la cause essentielle de la désaffection des sociétés paysannes vis-à-vis du marxisme. Seuls les partis uniques de ces sociétés diront se rallier au marxisme.

    Un parti communiste émergera en Palestine. Il n'interviendra pas sur la question de la terre.

    Mais revenons à la physionomie de la Palestine sous le mandat anglais à l'époque où vont émerger des mouvements communistes.


    VIII) LA PALESTINE SOUS LE MANDAT ANGLAIS

    La Palestine est donc mise sous mandat anglais par le traité de Lausanne sous l'égide de la SDN, mandat dont l'objet était la mise en place du Foyer Juif.
    Ce mandat ne commence officiellement qu'en 1922. En réalité la GB intervient comme puissance occupante pendant toute la guerre et l'après- guerre.

    1)les populations de la Palestine et la naissance de leur antagonisme.

    Les divers auteurs divergent un peu sur le chiffrage de la population totale et la part des juifs et des arabes.
    Il y aurait eu 460 000 habitants dans la région de Palestine en 1880 (Walter Laqueur, Histoire du sionisme).
    Ils seraient environ 700000 en 1920 (Picaudou). Bensoussan (histoire du sionisme) nous dit que 55000 à 70 000 juifs arrivent de 1885 à la grande guerre. Il n'y a pas d 'accord sur les chiffres. Selon cette source les juifs représenteraient 10% de la population totale vers 1920. En effet les Musulmans représenteraient, dans les années 1920, 87% de la population, les Chrétiens 9% et les Juifs 4% soit 28000 (Nadine Picaudou).
    Une autre source dit qu'en 1918, environ 55 000 Juifs vivaient en Palestine parmi 560 000 Arabes, musulmans et chrétiens, soit 8,9% de la population totale.

    On s'en tiendra à Bensoussan (p 173)

    Il y a des juifs autochtones indigènes depuis fort longtemps (arabes juifs), puis des juifs venus du Portugal et de l'Espagne suite aux expulsions au 15ème siècle. Ils sont en grande majorité dans les villes.

    Beaucoup repartent car la vie est très difficile (la malaria, les moustiques, un travail épuisant).

    (En 1948, on comptera à peu près 600 000 Juifs pour 1 200 000 Arabes, soit un tiers de la population totale, c'est dire l'importance de l'immigration juive)

    La situation devient explosive dès le début du mandat anglais en 1922 à cause de la déclaration de Balfour, de l'utilisation qui en est faite, et des promesses contradictoires des anglais aux juifs et aux arabes.

    Les nationalistes arabes, qui espéraient une nation arabe, émancipée de la Turquie " des jeunes turcs " de la révolution de juillet 1908, ont été trompés et méprisés. Ils se retrouvent sous le mandat colonialiste anglais avec la perspective d'un foyer juif dont ils comprennent l'utilisation que les anglais peuvent en faire. Ils nourrissent donc une puissante haine contre les anglais qui va devenir une haine contre les sionistes puis les juifs. Cette haine ne semblait pas exister sous l'empire ottoman, sur les questions de la terre ou de l'immigration. La tradition séculaire de vie en commun sur les terres du Moyen Orient, n'établissait aucun antagonisme de fond " entre arabes et juifs ". On aurait dû écrire " arabes musulmans, juifs et chrétiens . Les arabes n'étaient pas que musulmans, mais chrétiens et juifs. Notons que le mot " juif " commence à être utilisé à cette époque comme un qualificatif ethnique et non plus culturel et religieux, ce qui est typique du traité de Lausanne. Pour les sionistes intégristes, la confusion entre une qualification religieuse et une qualification ethnique les arrange. Ils fonderont l'idée du " peuple juif " là-dessus. En réalité les juifs étaient soit arabes, soit occidentaux.

    Les " fabricants de traités " et les nations colonisatrices ont ouvert cette brèche. Ils la maintiendront contre vents et marées jusqu'à nos jours. Il est bon aujourd'hui de parler des arabes auxquels on oppose les juifs, ce qui est une absurdité. Les médias et divers écrivains ont encore simplifié un peu plus la " novlangue " de Lausanne, on ne parle plus d'arabes mais de " musulmans ". Ces derniers sont devenus une spécificité ethnique !

    La GB va tout faire pour verrouiller la situation, même si elle veut ménager les deux parties. Tout sera fait pour rendre impossible une quelconque entente entre arabes et " juifs ", ces étrangers venus généralement d'occident de culture judaïque.

    Cet antagonisme créé de toutes pièces va se retrouver au niveau des forces sociales en présence

    2) les forces sociales et politiques en présence.

    Les sionistes constituaient-ils une force sociale d'envergure en Palestine au moment de la première guerre mondiale ? Ou vont-ils se construire peu à peu comme une force décisive du fait de la politique des grandes puissances au Moyen Orient? Et surtout étaient-ils homogènes ? Leur idéologie est incontestablement d'obédience colonisatrice dès l'origine, en s'appuyant à la fois sur Herzl qui préconise un Etat juif sur une terre vide ( !) en Palestine, et sur la légende de la bible (l'Etat hébreu). Mais cette idéologie n'est pas elle-même homogène : des capitalistes d'origine juive s'en emparent, mais également des juifs épris de vie et de production collective.
    Nous pensons que si les grandes puissances n'avaient pas fait du Moyen-Orient un champ de bataille, le sionisme ne serait demeuré qu'un courant de pensée hétérogène plus ou moins vif dans une Palestine composée d'une multiplicité d'ethnies et de religions.

    Les soviétiques vont faire de l'antisionisme un cheval de bataille pour n'avoir pas à aborder des problèmes bien plus graves concernant les peuples d'Orient. Ce que nous allons voir.

    A la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, il y a ainsi en Palestine, d'une part les paysans arabes qui voulaient théoriquement une réforme agraire contre les propriétaires fonciers absentéistes, lesquels vendaient souvent les terres à des juifs. Ces paysans n'avaient pas d'organisation politique pour exprimer leurs revendications. D'autant que traditionnellement les paysans étaient encore liés aux grandes familles arabes, et n'étaient pas détachées de la forme tribale de la gestion de la terre.
    D'autre part on trouve des populations d'origine juive établies depuis longtemps (15ème siècle et même avant) pour fuir les persécutions, et un certain nombre d'européens juifs déjà engagés dans un processus de fermes collectives dès la fin du 19ème comme on va le voir ci-dessous.

    Par exemple le sioniste Edmond de Rothschild finance les premières entreprises agricoles pour les arrivants juifs. Il fonde plusieurs implantations dans l'esprit sioniste. Il ne veut pas d'éléments "révolutionnaires ", mais des entreprises modèles où il fait embaucher arabes et juifs comme ouvriers agricoles, en payant un tiers mieux les juifs. Les patrons préfèrent souvent les arabes et les juifs orientaux que les nouveaux arrivants, car les premiers travaillent plus dur.

    Au niveau de la production, on a donc une situation très contrastée, d'une part une agriculture traditionnelle avec des fellahs qui n'ont que la possession de la terre mais pas la propriété, et des bédouins éleveurs dans les terres désertiques, et d'autre part une agriculture de type capitaliste avec des salariés, gérée par des entrepreneurs juifs ; et entre les deux des fermes gérées par des juifs dans une idéologie déjà collective..
    Ce contraste se retrouve dans les villes où des entrepreneurs juifs sont venus pour investir, mais où d'autres juifs qui ont fui les pogromes sont artisans et boutiquiers comme les arabes.

    En face, se trouvaient les nationalistes arabes (chrétiens et musulmans), notables, qui ont combattu pour l'indépendance, dupés par la Grande Bretagne. Ils rêvaient toujours de la " Grande Syrie ", mythe de l'unité arabe. Ce sont surtout des citadins et des grands propriétaires non absentéistes.
    Ils étaient divisés entre eux, en raison de leurs appartenances de classe diverses, et surtout du jeu des grandes familles (Picaudou Le mouvement national palestinien. L'Harmattan 1989 p 42). Les grandes familles supplantaient nettement les classes sociales.
    Il existait ainsi un Haut Conseil Musulman (dit Comité exécutif arabe) élu par des congrès périodiques issus de la Fédération des associations islamo-chrétiennes, un organe ancien, existant déjà dans l'Empire ottoman. ( Nadine Picaudou opus cité p 41). Son congrès de 1920 qui a rejeté la déclaration de Balfour, veut " un gouvernement national responsable devant un parlement élu " parmi ceux qui résident en Palestine depuis avant la guerre, musulmans, chrétiens et juifs. Il n'y a pas d'ostracisme vis-à-vis des juifs, mais vis-à-vis d'une immigration qui voudrait transformer la Palestine en foyer juif. Cette question est donc fondamentale.

    S'ajoute à cela une division politique propre à l'Europe mais qui va jouer un rôle très néfaste dans la gauche de la Palestine.

    Le Congrès de Tours le 25-12-1920 consacre la division entre socialistes et communistes, ou plus précisément entre socialistes et bolchéviks. Tous les partis communistes sont appelés à rallier, non plus une association internationale unitaire des travailleurs, mais l'Internationale communiste proclamée par Lénine en 1915. Il est spécifié que ceux qui ne sont pas pour rallier le bolchévisme, incarné dans la "révolution d'octobre ", sont inéluctablement pour la bourgeoisie. Toute 3ème voie est exclue. Ceci va marquer le socialisme européen, et mondial, à jamais, étant donné la notoriété du parti bolchévique à l'époque, et sa violente force de conviction.

    L'Internationale de Lénine va alors devenir un puissant appareil de contrôle des communistes de par le monde, par l'intermédiaire du PCUS de l'URSS. Cet appareil sera appelé le Komintern.
    Ce n'est donc pas ce dernier qui va proposer le rapprochement des communistes juifs avec la gauche juive, qui est sous l'influence majoritaire des socialistes de l'époque et des sionistes. Surtout après le Congrès de Tours ! Et cela va être une catastrophe.
    Par contre le Komintern, mettant la main sur les premiers groupes communistes juifs en Palestine, va préconiser le recrutement des arabes sur la base du nationalisme !
    Celui défini par les Congrès des peuples d'Orient. Le recrutement ne se fera pas sur la question de la propriété de la terre, de la réforme agraire et des fermes collectives.

    Au total une division sociale et politique largement fabriquée par la première guerre mondiale et une conception léniniste du communisme.


    3)La question de la terre : facteur de division ou de rapprochement ?

    Les derniers sultans ont tenté de transformer les bédouins en agriculteurs. Quand ceux-ci comprennent qu'il s'agit de prendre les terres sur lesquelles ils vivent pour les vendre à des juifs, ils s'opposent à tout changement de statut.

    Les paysans arabes, en situation de quasi servage, cultivent les céréales, les oranges, les olives, le coton. Mais d'importantes terres ne sont pas cultivées en raison de la présence de grands propriétaires absentéistes ou parce qu'elles appartiennent à l'Etat qui en a laissé la possession aux paysans, et sur lesquelles les bédouins font paître leurs troupeaux.

    Les paysans arabes possèdent les terres de pères en fils, et doivent une contribution en nature, ou sous forme d'impôts, aux grands propriétaires qui sont en ville ou dans d'autres territoires de l'Empire. On ne peut pas vendre les terres, en raison de cette situation. Mais au moment de dépeçage de l'Empire, des grands propriétaires vont vouloir vendre. Il semble y avoir également de petits propriétaires arabes en marge de la grande propriété.

    Les juifs présents à la fin du 19ème siècle fondent déjà des fermes collectives.
    En 1878 un rabbin de Jaffa fonde un verger hors des murs de Jérusalem à la façon des arabes, comme gagne-pain, pour y installer des paysans juifs misérables : ce sera la colonie " Petah Tikva ". Quelques vergers de ce type vont essaimer.
    Les premiers arrivants juifs sont originaires de Russie, de Roumanie, du Yémen. Ils fuient les pogromes ou la misère comme les juifs yéménites.
    Ils créent le " Rishon Tsion ". On les appelera les Bilouim. Eux sont influencés par le fouriérisme. Certains veulent créer une terre juive, un foyer national juif. Mais c'est l'idéologie du " socialisme " juif qui émerge principalement de cela. Les sociétés qui se constituent s'appellent les " Amants de Sion " . Le mouvement se répand en Palestine, en Europe orientale, en Roumanie, en Russie….Puis les motifs politiques commencent à apparaître. Nathan Birnbaum met en avant le sionisme et Herzl écrit son livre en 1890. Des écoles pour apprendre l'hébreu sont créés sous l'impulsion de Ben Yehouda. Aucun heurt n'existe avec les arabes.

    S'il y avait eu un mouvement pour promouvoir la réforme agraire pour le compte des fellahs arabes, contre leurs propriétaires fonciers (occupations d'une partie des terres abandonnées, et transformation juridique de la possession en propriété), et un appel au soutien des quelques rares fermes collectives juives, un mouvement général contre la grande propriété absentéiste, aurait pu s'organiser.
    On aurait pu concevoir alors des propositions d'occupations communes des terres revendiquées par les fellahs, permettant en même temps la transformation du statut du fellah et évitant aux juifs d'acheter des terres. C'est une question sur laquelle nous reviendrons souvent. Les deux parties auraient pu y trouver leur compte.
    Les fellahs considéraient que les terres des grands propriétaires sur lesquelles ils travaillent, étaient à eux. Mais par tradition, et parce que la tribu n'est pas loin dans leur vécu ou le souvenir, les fellahs ne parviendront pas à franchir le pas de l'expropriation et de l'occupation des terres délaissées. Les juifs, eux, n'ayant pas ces attaches, auraient pu aider les fellahs à s'affranchir de leurs réserves " On occupe avec vous, et ensuite on crée une ferme collective où chacun devra trouver son avantage ", y compris en préservant des lots individuels. Les uns s'appuyant sur les autres, toutes sortes de solutions auraient pu être trouvées en souplesse qui satisfassent les deux parties, avec des formes intermédiaires de propriétés.
    C'eût été typiquement le programme des socialistes révolutionnaires ou de communistes non assujettis au bolchévisme.
    C'était d'autant plus possible que les mœurs culturelles des arabes et des juifs n'étaient pas si éloignées. Ces propositions auraient dû être portées par un mouvement pour l'occupation des terres et pour la propriété commune paysanne.

    Comment les choses se sont-elles passées réellement ?
    Les juifs émigrés ont pris contact avec les juifs installés en Palestine et se sont inspirés de ce qu'ils font.
    Un certain nombre voulaient acheter des terres pour y réaliser le rêve des fermes collectives (cf Bensoussan). Ils commencèrent par camper dans les villages arabes. Le Fond National Juif créé en 1901 les aida. Les grands propriétaires, issus des grandes familles, possèdent 80% des terres ; ils les vendent aux juifs mais les vendent cher.
    Peu de documents traduits en français existent sur la question de l'achat des terres.
    Nous faisons valoir ci-dessous un article du docteur Khaled Al Khalidi, de l'Université Islamique à Gaza, publié en janvier 2005 sur cette question qui recoupe pour partie le travail de Bensousssan. Il distingue 4 apports de terres aux juifs dans l'Empire ottoman puis dans la Palestine mandataire avant 1948.

    1)-D'abord des juifs vivants dans l'Empire depuis fort longtemps ont des terres et peuvent en acheter. Ils auraient monnayé, pour eux et d'autres juifs, avec le sultan et les gouverneurs turcs, la possibilité d'acheter de nouvelles terres, ce qui était théoriquement interdit.

    2)-Les féodaux syriens et libanais qui possédaient des terres en Palestine les ont vendues volontiers aux juifs qui, pour certains, payaient bien, ce qui fait monter le prix de la terre.

    Ainsi le baron français Edmond de Rothschild, l'un des premiers, achète de la terre en Palestine ottomane . Il y fonde des établissements fermiers comme vu précédemment.

    3)-Des palestiniens, petits propriétaires en nombre restreint, ont également vendu leurs terres, mais ils ont été plus tard souvent pourchassés comme des criminels par les arabes en Palestine. Les juifs leur avaient acheté les terres à prix d'or.
    (nous ne savons rien sur ces petits propriétaires)
    4)-La GB en tant que puissance mandataire serait intervenue pour rendre ces achats possibles.

    Les juifs ont alors constaté que les terres qu'ils ont achetées sont occupées par des fellahs.. L'incompréhension est au départ presque totale entre les paysans arabes et les juifs. C'est ce qu'explique bien Bensoussan ( Histoire du sionisme, Fayard 2002. p 183-184). Les fellahs sont priés de quitter les lieux et refusent. Selon le droit coutumier, la terre est à eux, ils en ont la possession, même si la propriété revient au propriétaire terrien. Les juifs finissent par comprendre et indemnisent les fellahs. Ceux-ci même indemnisés largement par les juifs, ne comprendront pas leur éviction.
    Dans bien des cas les juifs feront travailler les paysans pour leur propre compte et les payeront comme salariés. Les juifs qui arrivent les premiers ont souvent de l'argent, ils s'engagent eux-mêmes dans la production et constituent rapidement des fermes qui vont créer l'admiration. De ce point de vue les fellahs ne perdent rien au change quand ils continuent à travailler sur les terres des juifs, ils sont mieux payés qu'auparavant. Les sentiments des arabes sont donc partagés.

    Les sionistes socialistes sont choqués par cette situation. Ils recommandent d'acheter des terres non cultivées, ce qui sera généralement le cas sous le mandat anglais.
    C'est ainsi que les nouveaux venus vont acheter des terres souvent marécageuses, qu'ils vont assainir en tant que pionniers, puis planter des forêts, ou faire de la viticulture, et construire des fermes. Ce travail est très dur. Certains juifs emploieront des arabes, d'autres non.

    On est bien ici dans le cas d'une mise en valeur commune du pays, mais mal partagée….

    Les juifs sont dans la nécessité absolue d'acheter des terres pour avoir enfin un statut, un ancrage incontestable, et avoir des assises pour être des palestiniens et constituer un " Foyer juif ".. Dans toute l' histoire des juifs, pesait sur eux l'interdiction d'acheter des terres. La question de la terre est donc aussi décisive pour les fellahs arabes que pour les juifs.

    Malgré ces achats, la propriété juive sur la terre reste faible.
    Al Khalidi parle de 8,8% des terres palestiniennes vendues aux juifs avant 1948, Bensoussan de 11%, Greilsammer (histoire du PC palestinien) parle de 12,5%. La vérité doit être au milieu.
    Il apparaît dores et déjà que la partition ne pourra se constituer que sur un vol pur et simple des terres arabes, les juifs étant très minoritaires dans l'occupation des terres, à la veille de la partition.


    4) Le communautarisme mis en place sous le mandat anglais

    Qu'est-ce au sens propre que le communautarisme ? Cela signifie au préalable qu'ont été définies des communautés ethniques ou religieuses, à qui on veut donner des institutions séparées au plan juridique, économique, politique, au motif qu'elles sont tellement divergentes qu'elles ne peuvent avoir aucune institution commune, donc pas d'Etat commun, ou un Etat qui ne joue aucun rôle (ce qui est encore largement le cas de l'Etat libanais). Cela constitue une régression par rapport à ce qu'avait commencé de faire l'empire Ottoman, qui avait créé, par exemple, des écoles secondaires communes à tous dans le pays.

    La GB qui est la puissance mandataire a construit une administration communautariste, décrite par Nadine Picaudou ( " Peuplejuif/populations autochtones : fondements de la domination britannique en Palestine " dans " Le Choc colonial et l'islam " La découverte. 2006), qui prétendit à la fois aplanir la rancœur arabe et satisfaire le désir d'un foyer juif pour les juifs. Cela n'a abouti qu'à attiser les tensions, et diviser ces populations entre elles.
    L'idée d'un foyer juif, propulsé du haut de l'administration anglaise, n'indiquait a priori ni l'idée d'une expropriation des arabes, ni forcément la construction d'un Etat juif, ni d'une nation juive. La panoplie des courants sionistes dans les années 1920/1930, a eu des compréhensions parfois opposées du " Foyer juif " et a fait des choix variés.
    Mais ne soyons pas naïf, " L'Etat des juifs " de Theodor Herzl est un Etat autonome juif. Cependant, les sionistes de tous bords, confrontés d'une part à la révolution soviétique, liberticide vis-à-vis d'eux, bien qu'ils y furent attachés, et d'autre part à la réalité de la Palestine, envisageront toutes sortes de possibilités d'alliances avec les populations arabes dont ne se saisiront pas les communistes juifs, et surtout pas les nationalistes arabes qui ont été trompés et mettent en avant le " panislamisme ".

    La puissance mandataire devait, suite au Traité de Lausanne, construire des institutions publiques d'Etat. Mais elle a en tête " le Foyer juif " dont elle a produit l'idée.
    Elle va donc se laisser guider, par des forces sociales opposées, vers un cadre politique communautariste où le vote au suffrage universel ne décide pas des fonctions législatives, exécutives et judiciaires. La France fait la même chose au Liban et en Syrie. Elle cède au communautarisme, et même le suggère, le construit.

    Les notables arabes vont dans le même sens et ne veulent pas d'un conseil législatif élu, et l'opposition sioniste veut la parité dans toutes les institutions " en attendant de devenir majoritaire " !! La division semble totale.

    Le Comité exécutif arabe (voir plus haut) qui refuse le mandat anglais, rejette un conseil législatif où les différentes communautés auraient été représentées avec les anglais, ces derniers voulant que les voix juives et anglaises constituent une minorité de blocage. Ce après quoi le Comité exécutif préconise le boycott du conseil législatif. Position correcte, sauf que ce Comité n'exprime pas ce que désire la population arabe. Celle-ci n'est pas consultée.

    A l'époque il y avait une majorité arabe et une minorité juive.
    Il convenait de reconnaître ce fait dans une institution démocratique qui aurait pu être un parlement.
    Mais à l'évidence, la puissance coloniale anglaise pense que la démocratie bourgeoise (selon les termes de Marx) n'est pas faite pour la Palestine, pas plus que pour n'importe quelle colonie.
    La GB avait déjà assisté à la révolte arabe de 1921 et avait laissé faire. Elle va jouer à fond la carte des notables arabes.
    Elle laisse également se créer des organes communautaires juifs, alors que Herbert Samuel, sioniste nommé par la GB, était réticent. La communauté juive a dès 1920 son assemblée, son quasi gouvernement, son syndicat la Histadrout, sa milice la Haganah, son système bancaire, ses écoles, ses services de santé…. Les intentions de la GB sont donc très claires.

    C'est également la GB qui crée de toutes pièces le communautarisme musulman. En 1922 c'est le Conseil musulman suprême, religieux, élu pour 4 ans, financé par les britanniques, qui reçoit la tutelle sur les tribunaux religieux et la nomination du personnel judiciaire arabe, avec à sa tête Hajj Amin Al-Huseyni, amnistié par la grâce de la GB après sa condamnation pour la participation aux émeutes de 1921. C'est le candidat de la GB. Il faut retenir ce fait d'importance. Car cet individu disqualifiera la Palestine arabe pendant la deuxième guerre mondiale en s'alliant avec les nazis.

    Rappelons ici encore, pour mémoire, qu'il y avait une organisation communiste dès 1919 en Palestine, dirigée par des juifs, qui n'a pratiquement rien eu à dire devant cela.


    5)La question de l'immigration juive.

    L'Empire ottoman n'autorisait pas officiellement les étrangers à acheter des terres mais les autorités locales le permettaient

    Par ailleurs, on le sait, l'émigration juive ne cesse pas pendant toute la période qui va de la fin du 19ème jusqu'à la 2ème guerre mondiale.
    Cette immigration est ancienne. Depuis le 15ème et dès avant, des juifs immigraient en Palestine. Les populations cohabitaient fort bien.
    Des raisons importantes précipitent l'immigration juive en direction de la Palestine au début du 20ème siècle

    -les pogroms que subissent les juifs sans arrêt, attisés par l'industrialisation et les conflits qu'elle entraîne en Europe. En effet dans chaque conflit social les juifs sont pris comme boucs émissaires, surtout en Pologne et en Europe de l'est.

    -Les juifs, subissant l'interdiction depuis longtemps de posséder des terres, s'investissent dans l'artisanat, le commerce et la finance pour les plus chanceux d'entre eux. D'où la légende de leur rapacité financière. Certains émigrent en Palestine pour réaliser leur rêve de posséder une terre.

    -La prise du pouvoir par les bolchéviks chasse d'abord les hommes d'affaires juifs de Russie lesquels vont prioritairement aux USA, mais également en Palestine dans les villes. Ensuite arrivent des juifs de toutes catégories sociales. De nombreux juifs, pourtant enthousiastes vis-à-vis de la révolution, ne supportent plus la chasse aux sorcières contre les sionistes.
    En 1919 le PCUS interdit les journaux sionistes (p 25 Greilsammer). Le 2ème congrès de l'IC condamne le sionisme comme idéologie réactionnaire. Cette condamnation en bloc a rigidifié les positions et homogénéisé peu à peu l'idéologie sioniste dans son versant nationaliste réactionnaire.
    Les bolcheviks voyaient dans les juifs sionistes, qui réclamaient la démocratie en URSS, des opposants dangereux en puissance. En 1924 le PCUS fait arrêter des militants sionistes par centaines. C'est la fuite vers la Palestine et le durcissement des positions sionistes.

    - En 1925…ce sont des boutiquiers et artisans qui arrivent d' Europe orientale et d'URSS en Palestine. Ceux d'URSS sont condamnés socialement par le régime, lequel veut prolétariser toute la population.

    -Enfin le danger nazi et l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933 précipitent de nombreux juifs hors de l'Allemagne. Puis les camps de concentration, pour ceux qui peuvent encore s'échapper, jettent les juifs hors de l'Europe
    Enfin l'ouverture des camps en 1945 a les mêmes conséquences.

    Dans ces circonstances, la question de l'émigration aurait dû faire l'objet d'une rencontre entre arabes et juifs, pour une discussion sereine de toutes les parties. La Palestine est sous-peuplée au début du 20ème siècle.

    Bensoussan établit une carte de l'émigration juive. Entre auteurs, c'est une bataille de chiffres contradictoires. A la veille de la partition, il semble y avoir eu 600 000 juifs en Palestine, soit le tiers de la population totale. En 1918, les juifs n'étaient que 8,9% de cette population. L'enjeu de la question de l'immigration est donc important. Tout dépend de quel point de vue on se place : refuge pour devenir palestiniens, ou colonisation en vue d'une partition ?

    La Palestine apparaît majoritairement aux juifs comme un lieu où ils pourraient vivre en paix, pays imaginaire des origines, même si d'autres solutions avaient été envisagées comme refuge. Les sionistes qui l'ont utilisé comme argument pour un Etat juif étaient minoritaires au début. Ce sont les anglais qui lui ont donné corps.

    Les arabes sous la pression de l'URSS, de celle du grand Mufti de Jérusalem, donc de façon sous-jacente de la GB, vont faire du refus de l'immigration juive un cheval de bataille, dans le même temps où l'URSS expulse ses opposants juifs…. Ces combats contre l'immigration juive, qui vont tourner à l'émeute (en 1929, 1936 … et 1939), vont faire le jeu des anglais dans leur politique de division, des sionistes les plus sectaires qui vont s'armer, et renforcer la thèse de l'impossible entente entre les populations.

    De cette situation naîtra, comme une extravagance, un parti communiste juif qui aurait pu tout mettre en question, casser les espoirs de la GB, ouvrir des perspectives pour toutes les populations du Moyen Orient. C'était son objet de départ… Mais cela n'arrivera hélas pas... D'abord en raison de l'inexpérience des juifs immigrés et de leur méconnaissance des problèmes de la Palestine. Ensuite à cause de l'URSS. Celle-ci va contrôler tous les PC par l'intermédiaire de l'Internationale Communiste et orientera leur action vers le soutien exclusif des nationalistes arabes.

    L'URSS n'a aucune envie de voir se développer à ses portes une expérience démocratique de peuples unis contre le mandat anglais, dans des circonstances où elle combat l'autonomie des soviets, et les transforme en rouages de l'Etat.


    IX)LE ROLE DU COMMUNISME PALESTINIEN DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE AUX EMEUTES DES ANNEES 30.


    Les groupes communistes viennent des juifs et non des arabes palestiniens.
    Ce rôle est extrêmement paradoxal, contradictoire. Il tient de la spécificité des juifs communistes en Palestine, c'est-à-dire de leur rapport au sionisme et au judaïsme, les deux étant confondus pour les bolchéviks. Il tient également, puis surtout, du rapport de ces juifs communistes avec ces derniers, lesquels leur interdiront en définitive de jouer un rôle de communistes authentiques vis-à-vis des populations en présence.

    1)Création de groupes communistes juifs et du MOPS palestinien
    (cf Greilsammer)
    Les premiers groupes communistes de Palestine en 1906 sont juifs et se disent antisionistes. Ils viennent de Russie et sont venus en Palestine lors de la grande immigration de 1904.Ils sont issus du BUND (mouvement socialiste juif), très implanté en Russie, qui professe des idées socialistes et pense que le sionisme est une impasse. Mais ces groupes viennent en Palestine…. Parce qu'ils sont très attachés au judaïsme.
    Mais les juifs qui immigrent en Palestine sont cependant avant tout des immigrés en perdition. Ceux qui arrivent d'Europe centrale sont généralement politisés au départ mais pas toujours. Souvent sionistes, ils sont aussi sous l'influence puissante du marxisme quand ils sont russes. Ils constituent des groupes politiques de toutes sortes et s'opposent entre eux aussi férocement que les mêmes groupes en Europe, mais ils ont l'illusion qu'ils pourront en Palestine, grâce à leurs fermes collectives, modifier les rapports humains et construire une sorte de socialisme. Ils ne connaissent pas la situation générale du Moyen Orient et les habitants de la Palestine.
    Ils s'embauchent comme ouvriers agricoles dans les vergers tenus par des juifs immigrés depuis longtemps le long de la méditerranée et en Galilée. On trouve le groupe Poalei Tsion (les ouvriers de Sion) qui se définit comme marxiste, il encourage la lutte des classes et lutte contre les patrons juifs propriétaires de vergers. Mais face aux difficultés, les références au marxisme s'estompent.
    Se constituent des organisations antagonistes réformistes juives d'ouvriers agricoles. Les discussions sont intenses entre ceux qui rejettent le sionisme et ceux qui se disent sionistes prolétariens.
    Finalement autour de la pensée du marxiste russe Borokhov se crée le MOPS (parti des ouvriers socialistes) qui élabore sa charte en 1920 à partir de la perspective du socialisme et envisage la dictature du prolétariat par les soviets. Mais couper les ponts avec le sionisme n'est pas évident. Les divergences sont grandes entre les militants. Le théoricien Meyerson semble avoir été le théoricien du communisme palestinien. Il déplore l'absence de contacts entre la population juive présente et celle qui débarque d'Europe, et avec les arabes. Il déplore aussi l'abandon du yiddish comme langue commune.
    L'origine du MOPS montre bien ses origines socialistes mais également sionistes, même si le rejet du sionisme est déclaré, et d'autre part ses attaches fortes avec la culture juive. De ce point de vue, les marxistes juifs sont loin de la culture marxiste russe.
    Opposé au sionisme mondial, rongé par des rivalités et des divergences, le MOPS va fonder le syndicat juif, la Histadrouth, qu'il veut ouvert aux arabes à ses débuts. Ce parti éphémère va disparaître après le 1° mai 1921. Les échauffourées avec les réformistes sionistes, et les arabes conviés par le MOPS sont violentes. Des groupes d'arabes s'en seraient pris à des commerçants. Rappelons que la population arabe de base n'a pas d'autonomie, elle est sous la coupe des propriétaires fonciers et des grandes familles liés à des cercles cléricaux (comme le grand Mufti de Jérusalem… proche des anglais). Toutes les provocations sont donc permises. La police britannique intervient violemment. Le MOPS est dissous, des militants sont expulsés vers l'URSS.
    Cette dernière condamna fermement le sionisme lequel est pratiquement interdit d'expression en 1919 en URSS. Le 2ème congrès du Komintern réitère cette condamnation.
    Concernant la Palestine, l'URSS s'en tient à son orientation définie à Bakou : appel à lutter contre l'impérialisme, défini grossièrement, et soutien à la bourgeoisie nationaliste…
    De ce point de vue, les marxistes palestiniens ne bénéficient d'aucune aide théorique et pratique pour faire la jonction avec la population arabe paysanne, jonction qui constitue LE PROBLEME.
    Aucun mouvement pour la réforme agraire ne va être suscité en Palestine. Les communistes du MOPS sont extérieurs à cette question. Ils ne pousseront pas les paysans arabes à se proclamer propriétaires de la terre et à refuser toute redevance aux féodaux. Les paysans occupent de fait la terre, mais celle-ci n'est pas à eux. Ils s'en aperçoivent lorsque celle-ci est vendue à des immigrés juifs.
    Toutes ces questions se trouvèrent mélangées pour le plus grand avantage du mandataire, des grands propriétaires et des sionistes les plus sectaires.
    Des communistes conséquents, et aidés par une pensée révolutionnaire de solidarité, auraient pu démêler quels étaient les vrais problèmes et proposer des solutions, comme surent le faire les socialistes révolutionnaires en Russie, qui portaient réellement les revendications paysannes. Mais les communistes palestiniens en étaient fondamentalement empêchés et par leur méconnaissance du problème agraire en Russie avant la révolution de février 1917, donc par leur impossibilité de critiquer la politique bolchévique. Ils sont en conséquence dans une situation de dépendance politique vis-à-vis de l'URSS..
    Avant l'épisode dramatique de 1921, les marxistes juifs palestiniens, comme les sionistes, voulaient essentiellement se consacrer à des communautés socialistes, les fermes collectives, les kibboutz.
    Dès avant le mandat britannique, s'étaient constitués à faible échelle des mouvements de coopération juifs qui s'organisaient de façon autonome. Par ex Trumpeldor, militaire juif russe, qui connut Kropotkine, anarchiste russe, est socialiste anarchisant. Il a connu les débuts de la révolution russe, il convie de jeunes juifs à s'installer en Palestine comme pionniers. Mais il va même aussi organiser des groupes d'auto-défense contre les arabes qui voudraient les déloger dès lors qu'ils ont acheté des terres !
    Nous n'avons pas pu disposer d'écrits sur la pensée de ces juifs qui associent le socialisme pour les seuls juifs, et l'autodéfense contre les arabes, mais il doit y en avoir, en yiddish ou en hébreu. Nous n'avons pu également disposer d'écrits arabes sur cette situation de colonies juives vécues comme des étrangetés dans l'empire ottoman, mais acceptées.
    Trumpeldor est un concentré des contradictions qui agitent les juifs marxistes et sionistes de gauche.
    Mais il y aura d'autres orientations. Par exemple le mouvement autour des juifs Margaliot -Kalvarsky a acquis des terres en Galilée et prônait la cohabitation directe avec les voisins arabes. Même remarque. Ces gens-là ont-ils laissé des écrits ?
    Il semble y avoir eu plusieurs groupes juifs visant à l'entente avec le voisin arabe. Mais la vision du socialisme juif a-t-elle eu un aspect excluant ou non ? On ne connaît pas assez les textes des premiers colons juifs.
    L'antisémitisme européen aurait-t-il créé, en contrepartie de la souffrance collective emmagasinée par les juifs, une sorte d'enfermement qui a refoulé l'existence de l'autre, et qui aurait abouti à ce que Hannah Arendt appelle "l'aveuglement " des juifs face à la présence arabe ou la " question cachée " dont on ne peut débattre et qu'on découvre tardivement ? (p 423 Bensoussan). Est-ce exact ? En tous cas, Bensoussan lui-même semble victime de cela. Il évoque la question sioniste en Palestine sur près de 300 p. avec peu de mots sur l'existence des arabes.
    La méfiance fondamentale des juifs vis-à-vis de l'extérieur, quel qu'il soit, s'explique principalement par le fait des pogroms européens, dont l'origine venait également des masses révolutionnaires russes en lutte contre le tsarisme en 1905-1906, puis en 1915-16 (Bensoussan). Les juifs russes en font état dans leurs écrits.
    Cette situation aurait-elle aidé à construire cette idéologie particulière d'un sionisme de gauche, à savoir une idée nationaliste forte au cœur d'une pensée universaliste ? Cela ne dit pas tout, puisque, dans le même temps, quantité de juifs furent de grands internationalistes dans le mouvement communiste.
    A l'inverse des auteurs précédents, Nadine Picaudou, qui se place du point de vue des arabes pour écrire son " Mouvement national palestinien " parle d'une Palestine quasiment sans juifs pour la période qui nous intéresse et semble méconnaître l'existence d'un parti communiste juif.
    Voilà la situation très difficile et paradoxale les marxistes en Palestine jusqu'à ce qu'ils se trouvent brutalement confrontés à la police britannique et à l'URSS en 1921.

    Après cet épisode le MOPS, dont l'orientation est également contestée par les bolchéviks, devient le PKP, parti communiste de la Palestine, mais sous le contrôle direct de l'URSS.


    2) ) Le PKP bolchévisé, aux ordres de l'Internationale communiste (IC) : les bases de la guerre civile.

    Le bolchévisme va fortement influencer non seulement ce Parti Communiste mais les mouvements sionistes eux-mêmes, en privilégiant le tranchant idéologique dans le combat, l'analyse sectaire, aux propositions de " faire ensemble ", malgré les divergences. Par exemple le combat démocratique unitaire opposé à la puissance mandataire aurait pu réunir des militants d'origine diverse, arabes et juifs. Cela n'a pas eu lieu car les bolchéviks considèrent qu'il faut d'abord en finir avec des divergences de fond pour pouvoir agir ensemble, ce qui est le contraire de l'expérience réelle des soviets de février 1917, avant leur extinction progressive à partir d'octobre 17.
    Ils pensent que l'ennemi principal est le sionisme et non pas la puissance mandataire.

    Cette façon de penser, qui a caractérisé tous les mouvements communistes, aboutit à l'inaction, pire, théorise la condamnation de l'action commune, et justifie la guerre civile, au bénéfice d'un parti unique ou … du capitalisme

    Nous avons vu que l'Internationale Communiste condamne le sionisme à son 2ème congrès en 1920. L'orientation du PKP sera fondée sur cette condamnation.

    S'il était important, d'un point de vue communiste, d'expliquer que le sionisme était une forme de nationalisme juif, doublé d'un esprit de conquête, il était éminemment nécessaire de tenir compte des contradictions du sionisme de gauche, d'où avaient émergé des organisations marxistes et des propositions de solidarité avec les arabes. Il eût donc fallu chercher un point d'accord fort entre paysans arabes, communistes et sionistes de gauche sur la question paysanne, et contre le mandat anglais.

    La lecture partielle et passionnante de l'Histoire du sionisme par Bensoussan, et de l'histoire du PC palestinien par Greilsammer, permet d'identifier des divergences entre eux quant à la manière de raconter, et quant aux faits et à leur interprétation, mais ils ont un point commun fort et étonnant : l'oubli presque total de parler de la Palestine arabe au moment où s'installent les mouvements sionistes et se crée le mouvement communiste. A ceci près, qu'à propos de la terre, Bensoussan donne des pistes de compréhension intéressantes (p 183 et s), mais pas Greilsammer.

    La création d'un parti communiste, à partir de mouvements sionistes de gauche, et de l'immigration de juifs d'Europe de l'est, à l'initiative des juifs, contrarie puissamment les projets de la GB. Celle-ci va infiltrer tous les mouvements marxistes et sionistes de gauche pour tenter de les détruire.
    Cette situation extraordinaire aurait dû être propice à une rencontre immédiate entre les juifs communistes et les arabes de Palestine en vue de débattre du mandat de la GB et de la terre. Il y a eu des rencontres mais pas sous une forme systématique sur les questions de fond.
    Cette histoire- là, des rencontres et tentatives de rencontre, reste à écrire.

    Tardivement les marxistes juifs rencontreront les nationalistes arabes, sur la base de la politique nauséabonde de l'IC, c'est-à-dire à la fois antisioniste-antisémite, et non pas sur celle de la défense des droits des citoyens arabes sur la terre, en liaison avec les droits des juifs émigrés fuyant les pogroms en Europe.

    Dans l'immédiat, le PCUS recommande de faire l'unité avec les nationalistes arabes. De ce fait le PKP se contente de condamner l'immigration comme le désirent ces derniers qui vont finir par se saisir complètement du Comité Exécutif arabe en se déchirant entre grandes familles, loin des désirs de la population arabe.
    Le PKP est opportuniste, il dénonce mais n'est pas une force de proposition. Même très minoritaire, s'il avait fait des propositions bien ciblées, pour l'ensemble de la population, dans les deux langues, propositions discutées si possible à la base, il aurait pu devenir une force de médiation positive. Surtout sur la question de l'immigration.

    En 1924, le Komintern a fait venir en URSS la direction du PKP lors de sa fondation et l'estime encore trop proche du sionisme. Il l'épure, et la renouvelle complètement. L'attachement de cette direction, à la culture juive, est jugée comparable à du sionisme. Il lui demande en outre de construire les bases de PC en Syrie, Egypte, Liban, sur l'orientation définie au Congrès des Peuples d'Orient, c'est-à-dire une base nationaliste.

    Le mot d'ordre " La terre aux paysans fellahs " ne sera donc jamais posé. Dans cet esprit, Il n'était pas question d'envisager des fermes collectives entre juifs et arabes. Les juifs avaient la propriété des terres qu'ils achetaient, et les paysans arabes n'avaient pas la propriété de leurs terres. Ce paradoxe était porteur de toutes les violences à venir. Les communistes n'ont pas de propositions sur ce point.
    Les grands propriétaires avaient encore la propriété des terres. S'ils séjournaient en Palestine, ils faisaient partie des notables, ils étaient nationalistes. Or l'IC demandera au PKP de prêcher aux paysans de se rallier aux mots d'ordre nationalistes. C'est une situation de fou !

    La question de l'indépendance vis-à-vis de la puissance mandataire n'est posée qu'en termes de combat anti-impérialiste abstrait, et non de façon concrète contre la GB et sur des revendications précises.
    Les nationalistes islamistes comme Amin Al-Hussayni (sur lequel s'appuie la GB) vont trouver dans cette situation leur fond de commerce et prennent le pouvoir au Comité exécutif arabe.

    L'orientation que le Komintern impose en 1924 est donné par Greilsammer ( p 35). Ce qui suit est capital et explique toute la suite de l'histoire de la partition de la Palestine. Nous commentons entre parenthèses.
    1)Le PKP doit s'arabiser.
    (Vœu abstrait, les communistes du PKP ne parlent pas l'arabe. Comment aller vers les masses arabes sans porter leurs revendications ? )

    2)Le PKP doit aider les paysans arabes à s'opposer à la colonisation des terres par les juifs.
    ( Comment ? Les terres n'appartiennent pas aux paysans en règle générale ! !)

    3)Le PKP doit pourfendre les partis sionistes
    (c'est-à-dire jeter les arabes à l'assaut des colonies juives ?)

    4)Le PKP doit défendre les droits des ouvriers arabes contre les patrons juifs et anglais (assimilés les uns aux autres ?) et développer l'idée du communisme dans les pays arabes (voilà un objectif extraordinaire qui ne veut absolument rien dire concrètement dans la situation de l'époque où les masses arabes et juives n'ont constitué aucune organisation de pouvoir à la base, et où la question de la terre n'est pas posée …).
    Il n'est dit nulle part que le PKP doit militer contre la puissance mandataire en unissant les masses arabes et juives….

    L'IC n'a rien à dire sur les Kibboutz et les fermes collectives ; évidemment, le PCUS est pour les fermes d'Etat, et contre les fermes autogérées. L'IC laisse le PKP désarmé sur la majeure partie des questions, et l'oriente vers une impasse.

    Ces propositions constituent ni plus ni moins qu'un vœu pieu si ce n'est un programme de guerre civile en puissance en Palestine par son absence de contenu.

    Cette orientation pseudo-communiste du Komintern de l'IC de 1924 va se renouveler sans arrêt pour toute la période qui va suivre et bien au-delà, et va ruiner l'idée du communisme dans l'esprit du peuple palestinien, et des peuples arabes.

    Le PKP, essentiellement juif, appelle donc à la révolte des arabes contre les juifs… C'est la seule chose qui soit claire, et c'est absurde.

    L'affaire d'Afoula en1924 (Opus cité Greilsammer p 37) nous donne quelques idées sur la situation et l'embarras du PKP.
    Le fond national juif achète beaucoup de terres dans cette région dans les années 1924 pour y installer de nouveaux arrivants juifs.. A qui achète-t-il ? Soit à des grands propriétaires arabes soit à la GB qui se permet de vendre des terres inoccupées en apparence.
    Les bédouins font paître leurs troupeaux sur les terres d'Afoula. C'est une région désertique, envahie de marécages. Les colons juifs qui y achètent des terres voudraient que les bédouins trouvent d'autres pâturages. Le PKP distribue des tracts et appelle les bédouins à la résistance. Les bédouins attaquent les colons juifs.
    Leo Lev, immigré des jeunesses communistes polonaises, témoigne. Il était parti en Palestine rejoindre son frère en 1920 dans une ferme collective, une " kvoutsa " (ancêtre du kibboutz), près d'Afoula.
    Des affrontements sanglants se produisent sous ses yeux entre les colons juifs et les bédouins arabes en 1924. Bensoussan explique, on l'a vu, qu'en général les juifs, pour éviter les affrontements, payent les terres plus chères que prévu, ou réemploient les fellahs comme salariés.
    Tout se passe au plus mal à Afoula. Greilsammer (p 37) donne le contenu d'un tract du PKP dans le plus pur style bolchevique : " La bourgeoisie juive, la Histradouth sioniste auraient utilisé les ouvriers juifs contre les ouvriers arabes dans leurs objectifs de brigands. Les sionistes socialistes auraient appelé les ouvriers juifs à conquérir les terres des fellahs… ". Texte de dénonciation qui n'explique rien, on n'apprend pas ce qui s'est passé réellement.
    Greilsammer dit que probablement le PKP spécule sur ces évènements pour trouver des arabes qui adhèreraient au parti…

    Dans la mesure où les communistes ne jouent aucun rôle positif en Palestine à cette époque, il est difficile de se faire une idée sur les prémices de cette affaire, et de son déroulement. Si des terres étaient à vendre, pourquoi les juifs ne les auraient-elles pas achetées ? Qui les mettait en vente ? Ce n'est pas dit. L'expulsion, si elle a eu lieu ne s'est pas faite sans vente préalable. Donc le problème est en amont.
    Cette histoire d'Afoula a sûrement été écrite en hébreu, en arabe, ou en polonais ….mais elle n'est pas traduite, pas connue dans le détail. Greilsammer n'en dit pas assez. Les juifs des fermes collectives ont-ils tenté de jouer la médiation ?? Toujours est-il que la police britannique intervient brutalement, en soutien aux juifs, et un Arabe est tué. Pour Léo Lev et son frère, cette situation est insupportable : " Je ne resterai pas ici si l'on verse le sang arabe ! ".
    Ceci signifie que des juifs ne sont pas forcément d'accord avec la répression contre les fellahs arabes ou les bédouins.
    Leo Lev s'installe alors à Tel Aviv en 1924, et milite au Parti communiste palestinien (PKP). Il va critiquer la façon dont l'arabisation de ce dernier se fera dans les années 30. On ne sait rien de plus. Il sera exclu en 1936. Déçu il s'engage dans les Brigades internationales…

    Ailleurs des colons juifs veulent embaucher des arabes dans les vergers et non des juifs syndiqués. Ceux-ci ripostent. Le PKP défend " le droit des arabes à pouvoir manger… " contre les juifs. L'épisode est une nouvelle fois mal raconté..
    Nulle part n'apparaissent des propositions unitaires pour unir les parties en présence et résoudre ces problèmes.
    Ceci prouve seulement que le PKP n'a aucun projet. C'est une marionnette entre les mains de l'IC.

    3) Ce qu'une " vraie organisation communiste " aurait pu proposer.

    Nous entendons par " vraie organisation communiste ", une organisation qui se serait présentée comme étant au service de l'émancipation des populations, arabes et juives conjointement, au service de l'intérêt commun, d'une part contre le féodalisme (les grands propriétaires arabes, les grandes familles cléricales, les groupes sionistes ouvertement colonisateurs), et d'autre part contre le capitalisme (en premier lieu contre la puissance mandataire et en second lieu contre la bourgeoisie arabe et juive des villes liée à la finance occidentale) . De ce point de vue, elle aurait soutenu et proposé toutes les revendications unissant les paysans, les travailleurs agricoles juifs et arabes, les salariés des villes, les immigrés sans emploi… contre l'ennemi commun.
    Nous nous référons pour ce faire à un passage du Manifeste communiste de Marx "Prolétaires et communistes ", où le rôle des communistes est clairement spécifié et ne ressemble en rien aux directives reçues de l'URSS et de l'Internationale dite communiste (2)

    Au lieu de proposer l'affrontement idéologique constant contre le sionisme en tant que tel, et comme l'URSS le faisait, elle aurait pu s'opposer à ce qui se mettait en place de façon concrète. Elle aurait pu appeler à des institutions communes en s'appuyant sur la majorité paysanne arabe et les sionistes de gauche : un parlement unique, une école publique commune, une justice commune, des institutions de la santé communes, une police commune, une Université uniques
    Et elle aurait pu militer pour des organes culturels et cultuels distincts, mais ouverts à tous les publics.

    Etant donné que les arabes refusaient tout du mandat, il eût été du devoir d'un parti communiste de créer lui-même des embryons d'institutions communes ouvertes et non sectaires, et de s'appuyer sur ce qui était le meilleur du sionisme de gauche.

    Le problème des langues constituait un problème majeur qui aurait pu devenir une richesse. Les juifs venaient de pays européens différents, mais surtout d'Europe centrale, ils devaient donc déjà se comprendre entre eux. Rappelons qu'en 1881 un érudit Ben Yehuda avait commencé à enseigner "l'hébreu parlé " en Palestine. De plus les juifs parlaient l'araméen pas très différent de l'hébreu, et compréhensible par les arabes. Par contre les juifs ne parlaient pas l'arabe, sauf les arabes juifs, et les arabes ne parlaient pas l'hébreu mais comprenaient l'araméen.
    Cette organisation communiste aurait pu appeler à la reconnaissance de deux langues communes l'hébreu et l'arabe, dans des écoles publiques, et soutenir l'apprentissage d' une panoplie d'autres langues, l'anglais, le yiddish…

    Les communistes devaient par principe être pour la liberté de l'immigration, entre autre juive. La libre circulation des personnes est une règle intangible pour un internationaliste.
    La contrepartie pour les arabes devait être l'aide financière des juifs et la négociation pour un travail collectif à tous les niveaux. Cela aurait dû faire l'objet de discussions à grande échelle.

    Si la question de la terre avait reçu un début de résolution, cela aurait automatiquement régulé l'immigration, ou du moins aurait permis de poser la question autrement..

    Une organisation réellement communiste aurait dû pouvoir se faire entendre si elle avait défendu de tels points de vue publiquement dans les campagnes et les villes. On ne dit pas qu'elle aurait emporté une victoire, mais elle aurait pu très certainement éviter les heurts et faire avancer la Palestine dans une voie solidaire, avec de nombreux adhérents.

    C'est ainsi qu'une charte d'action collective portée par une organisation communiste indépendante aurait pu voir le jour, avec le contenu suivant :

    a)-Combat pour l'indépendance de la Palestine contre la puissance mandataire, toutes populations mêlées.
    Un seul mot d'ordre :" Les anglais hors de la Palestine, Palestine libre ".

    b)- Un parlement commun avec des " sous-parlements " différenciés (à négocier), et en même temps des Assemblées villageoises et de quartier, communes ou différenciées selon la situation, puis fédération de ces assemblées

    c)Un exécutif unique issu de cet ensemble, indépendant des cultes, révocable sur demande des assemblées.

    d)Une justice unique avec des juges élus, mais indépendants, moitié par le parlement, moitié par les assemblées.

    e)-Une constitution unique écartant le communautarisme. Mais une reconnaissance forte des cultures et des religions particulières. Lieux de culture et de culte reconnus et financés. Manifestations communes théâtrales, musicales, picturales ….

    f)-immigration libre dont l'immigration juive.
    (la question de l'immigration aurait pu constituer le ciment d'une entente, et la neutralisation des ennemis d'un projet colonisateur )

    g)-Ecoles publiques communes, apprentissage commun de l'arabe et de l'hébreu. Ecoles des cultes autorisées indépendantes.

    h)-La terre aux fellahs et aux travailleurs juifs : actions communes contre les grands propriétaires. Occupations communes des terres. Proposition de " soviets " paysans démocratiques.
    Fin des ventes privées. Publicité sur l'attitude des grands propriétaires.

    i)-Principe des fermes collectives arabes et juives, autogérées, indépendantes de l'Etat; mais reconnaissance de l'existant en vue de proposer des fédérations (transitions souples : fermes collectives juives, fermes collectives arabes, transformations progressives des fermes de propriétaires juifs avec salariés…en fermes collectives… etc)

    j)-Rappel de l'accord de 1919 (mémorandum des arabes et des chrétiens), devenu caduc en raison de l'opposition de la France et de la GB, entre Fayçal, fils de Sherif Hussein, et Haïm Weizmann. Il s'agissait de la mise en valeur commune de la Palestine dans le respect des revendications de chacun pour le compte de toute sa population dans un cadre indépendant, contre les puissances européennes.

    k)- Mur des lamentations ouvert à toutes les parties. Prières particulières et communes. Gestion commune.

    Il fallait donc rompre avec la désignation globale des sionistes comme étant des impérialistes (point de vue de l'URSS). Les seuls impérialistes étaient la GB, la France, les USA. On ne peut désigner une population particulière comme étant l'expression de l'impérialisme ! Ou alors c'est du racisme.
    Les seuls ennemis de classe internes à la Palestine étaient les grands propriétaires terriens, les entrepreneurs exploiteurs, aidés des banques et les grands féodaux. Il était possible de prévoir un système de banques autogérées.

    On criera à l'utopie. On dira que c'est trop tard, que ça ne sert à rien d'imaginer les choses ainsi.
    Nous pensons l'inverse : Faire un bilan et dire haut et fort " Voilà comment on aurait pu faire ", c'est utile pour l'avenir, c'est même fondamental. C'est rompre avec le déterminisme historique fabriqué sur la mésentente obligée des populations entre elles.
    Et à partir de là, on peut encore dire " C'est possible "

    4)Vers les années de violences entre arabes et juifs

    Les moyens de la guerre civile étant posés par les anglais, et l'URSS, celle-ci se déclenche jusqu'à la partition.

    a)Les émeutes de 1929

    Les émeutes de Jaffa en 1921 témoignaient déjà de la réussite des provocations entre juifs et arabes (Nadine Picaudou dans Le choc Colonial et l'islam, La Découverte 2006. P 166 et s).
    Les britanniques vont s'efforcer de réinterpréter la déclaration de Balfour, dans le sens le plus négatif.
    Or les plus pacifistes des sionistes voulaient aider le pays à se développer dans l'intérêt de l'ensemble des populations présentes. Ils pensaient en même temps trouver en Palestine un foyer capable d'apaiser leur hantise des progromes européens. Il y avait place, pensaient-ils, pour un projet commun dont les populations auraient pu se saisir.

    En 1925, les nouveaux arrivants juifs s'installent en ville, ils contribuent à augmenter le chômage dans une période de manque de travail…. La GB va organiser des travaux publics sous la pression de la Histadrouth pour créer de l'emploi.
    Le PKP obtient, dans une situation de désarroi, 10% des voix dans " l'assemblée des élus " de la communauté juive qui existe depuis 1920. Le PKP y appelait à la constitution d'un front judéo-arabe dans une situation de chômage principalement pour les juifs, ce qui prouve qu'un parti communiste avait toute sa place, pouvait être écouté, et pouvait capitaliser en faveur d'organes communs arabes et juifs. . Mais le PKP ne capitalise pas, il n'a rien à proposer.

    On s'achemine ainsi vers les évènements tragiques de 1929 qui sont la suite logique de
    ce qui précède.
    Après de nouvelles acquisitions de terres par les juifs, le Grand mufti de Jérusalem, toujours Amin Al Husseini, mis à ce poste par la GB, appelle les paysans, au sortir de la mosquée (opus cité Greilsammer p 57) le 23-8-29 à attaquer les juifs au mur des lamentations. Le résultat est 133 morts. Les nationalistes appellent à s'en prendre aux juifs et non à la puissance mandataire et aux grands propriétaires terriens. Les cercles religieux musulmans, manipulés par Husseini, appellent à se battre contre le " complot juif mondial ". Ce n'est qu'une répétition.
    Le PKP qui n'a aucune base arabe valable est dépassé. Dans une telle situation, ce parti est inexistant. Il appelle à la réconciliation mais n'a rien à dire de sérieux.

    Les sionistes ripostent en mettant en avant les bases racistes des massacres. Les paysans suivent les mots d'ordre des nationalistes puisqu'il n'y en a pas d'autres. Les soldats anglais laissent faire, les paysans ne se retournent pas contre ces derniers.

    Reconnaissant la provocation des cercles religieux musulmans fanatiques, le PKP se joint aux groupes d'auto- défense juifs. La bourgeoisie juive et la réaction arabe sont désignées par lui comme étant conjointement responsables. C'est une analyse juste, mais quelles propositions sont faites ? Le PKP dit en même temps qu'il y a eu pogrome…ce qui a été vécu comme tel par une majorité de juifs. Il convenait d'établir la responsabilité du Grand Mufti et de revenir sur la question de la terre avec précision. Cela n'a pas été fait.

    C'est alors que l'IC s'exprime (opus cité Greilsammer p 62, et p 64)

    " L'insurrection populaire aurait été dirigée contre l'impérialisme… dans un élan pour une révolution agraire…. (comme si l'IC militait pour une révolution agraire !!!)
    " Les fellahs se seraient soulevés contre l'impérialisme… il ne s'agirait pas du fanatisme religieux du Grand Mufti
    " -les sionistes de gauche ont fusionné avec les fascistes juifs……. "

    Au total le PKP est condamné. " Dire que la révolte était un pogrome relève de l'influence sioniste et impérialiste… ".Pour l'IC il n'y a pas eu de pogrome. Mais elle ne se donne pas la peine de le réfuter en détail et correctement.
    Elle fait non seulement une analyse fausse, qui fait le jeu du Grand Mufti de Jérusalem, mais oriente les masses arabes dans une impasse, ne leur ouvre aucune perspective, détruit toute possibilité d'union entre les populations arabes et juives. C'est une position criminelle.

    Les militants quittent nombreux le parti, les cadres s'opposent fermement à Moscou, mais le PKP finalement cède à l'IC, publie un tract qui veut prouver que c'est le sionisme qui divise les ouvriers arabes et juifs (opus cité p 63).
    Ce texte est tragique.
    L'IC nomme un nouveau Comité central du PKP à majorité arabe. Les anciens cadres sont rappelés à Moscou, condamnés à des peines de prison, et périssent dans les purges.
    Les conséquences de cette position de l'IC sont dramatiques, entre autres sur le PC juif américain qui prend fait et cause contre le PKP à juste titre, mais ne comprend rien à la question arabe.

    La situation est d'autant plus grave qu'il ne semble pas y avoir de riposte arabe, autre que nationaliste. Seule la position des notables est connue. Les palestiniens arabes du peuple n'ont pas droit à la parole. Les paysans excédés suivent par tradition les mots d'ordre des grandes familles, ou celle des chefs religieux. Ils ne sont pas organisés en tant que tels. C'était pourtant le travail du PKP. Ce fait est bien signalé par Nadine Picaudou (Chapitre 1 . Le Mouvement national palestinien). Jamais le PKP ne s'est préoccupé de créer un rassemblement autonome de paysans. L'appel à des " soviets " de paysans, libres de tout parti, eût sans doute été la base d'un travail communiste au sens de Marx.

    Mais les revendications des nationalistes arabes vont devenir celles du PKP : (p 75 Greilsammer)
    -cessation de l'immigration juive et arrêt de toute vente de terres à des juifs, (il n'est pas dit comment les grands propriétaires nationalistes s'en arrangent)

    -Tout nouvel arrivant juif doit être considéré comme un ennemi.

    Sur ces entrefaites , Hitler arrive au pouvoir en 1933.

    b)Les émeutes de 1936 à 1939.

    La lutte du PKP contre l'immigration juive atteint un sommet en 35-36 : les immigrés seraient avant tout des capitalistes juifs qui visent à cacher leurs biens en Palestine en vue d'exproprier les masses arabes
    L'IC et le PKP collaborent objectivement avec Hitler dans ce cas précis.

    Toutes sortes de partis arabes se constituent, mais leur base reste les grandes familles. Un parti se fonde sur d'autres bases (p 44 Nadine Picaudou) c'est le parti de l'indépendance en 1935, où pour la première fois l'adhésion est individuelle. N. Picaudou tient à appuyer sur ce fait et précise que ce parti n'a néanmoins aucune base populaire.

    Le PKP, entre les mains de l'IC, ne s'est jamais donné les moyens de créer un parti indépendant chez les paysans arabes.

    A la suite de bagarres entre les deux populations qui font des morts, le Haut Comité Arabe (HCA), émanation en principe de tous les partis, présidé par le Mufti de Jérusalem appelle à la grève générale sur 3 mots d'ordre (Greilsammer p 89) :
    -arrêt total de l'immigration juive
    -l'interdiction de toute vente de terres aux juifs
    -un gouvernement national représentatif palestinien (sans les juifs ?)
    La grève dure 6 mois. Le HCA est un organe parfaitement réactionnaire, a écrit N Picaudou (p 44), mais c'est la seule émanation politique des arabes dans une situation où rien n'a été fait pour qu'une représentation démocratique apparaisse. C'est une véritable trahison de la part de l'IC. Les salariés arabes dans les chemins de fer, et les travaux publics sont en porte-à-faux. La grève échoue mais se continue par des émeutes paysannes armées jusqu'en 1939.
    Il y a dans ces émeutes des éléments d'authentiques colères, mais aussi de l'antisionisme et de l'antisémitisme. Tout cela dans un cocktail explosif. Ce n'est pas le PKP qui va faire la clarté puisqu'il est sur la position des nationalistes menés par le grand Mufti et le HCA.
    La GB demande alors une enquête à Lord Peel en 1937 pour statuer sur le sort de la Palestine. Lord Peel se prononce pour la partition. Refus du HCA , un commissaire britannique est assassiné. La GB dissout le HCA et arrête ses membres, sauf Al Husseini qui parvint à s'enfuir en Syrie.
    Une vraie guerre civile s'ensuit.

    Les récits de ces terribles moments ont été racontés par les auteurs que nous avons cités.

    X) VERS LA PARTITION ET LA CREATION D'ISRAEL

    Le rapport Peel est vivement discuté au sein même du mouvement sioniste qui est très divisé à ce sujet, même après les évènements sanglants dont on vient de parler.
    Le parti sioniste Hachomer Hatsaïr (Le MAPAM) vote en bloc contre le partage, de même le Poaleitsion, le Brit Chalom de Martin Buber. Ils proposent un Etat binational judéo-arabe (p 99 Greilsammer) que le HCA (Haut comité arabe) refuse.

    Cette position pour un Etat bi-national n'est pas nouvelle. Bensoussan développe longuement les idées des sionistes de gauche à ce sujet dans de très belles pages sans concession (p470.sq) . Nous invitons à lire ces pages.
    Des droits égaux sont reconnus aux deux partis. Un foyer national juif, tant désiré, ne doit pas empiéter sur les droits des arabes et ne pas être une victoire contre eux. Ce foyer ne doit pas se traduire par un Etat juif. L'argumentaire sur un Etat binational est plus qu'intéressant. Il eût fallu limiter le foyer juif à une autonomie culturelle forte dans un Etat commun. Il eût fallu s'appuyer absolument sur cette proposition pour éviter la partition. Mais la GB était à l'œuvre avec l'URSS, et les Etats compradores arabes créés par la 1ère guerre mondiale. Si le PKP, contrairement à la doctrine de l'IC, s'était implanté chez les paysans arabes et juifs, un grand mouvement populaire aurait pu agir pour un Etat binational
    La puissance mandataire aurait dû lancer une consultation : un individu= une voix.

    Dans cette situation désespérée, se crée une section juive (SJ) communiste à l'intérieur du parti PKP qui acquiert une grande autonomie. Ces juifs sont révoltés par les options du PKP. Elle décide de faire de l'entrisme dans les organisations sionistes contre le rapport Peel. Ceci indique bien que, dans les marges encore importantes du sionisme, on ne se résout pas à la partition du territoire, malgré le danger que représente le nationalisme religieux arabe, manipulé par le Mufti, c'est-à-dire la GB… et soutenu par le PKP ! Le Komintern finit par condamner le grand Mufti lorsqu'il s'avère qu'il a rejoint les forces de l'axe par la Syrie.
    Pour la première fois la SJ dit " pourquoi pas un front populaire anti-partage ? ".

    Le PKP envisage alors la dissolution de la SJ mais il est ravagé par les divergences, surtout entre arabes et juifs. C'est la SJ qui coupe les ponts et sort du PKP.
    Jusqu'à la guerre la situation est très confuse, les différentes parties s'affrontent violemment toujours sur les mêmes bases. La GB limite l'immigration pour calmer le jeu mais procède à des arrestations de part et d'autre.
    Les négociations entre la GB et les arabes reprennent en 1939, proposition d'une minorité juive reconnue dans le cadre d'une fédération arabe, mais l'indépendance serait repoussée de 10 ans (p 49 Picaudou). L'Agence juive n'en veut pas. Elle s'est puissamment armée.

    Nous passons sur tous ces évènements.
    Disons seulement que c'est la guerre qui va rapprocher les points de vue de la GB et d'une partie des juifs, car ceux-ci s'engagent dans la guerre aux côtés des anglais, étant donné son enjeu antifasciste.
    Les fractions communistes ne cesseront de militer pour la coopération judéo-arabe, plus que tardivement, et à un moment où Al Heysseini est connu pour ses positions fascistes.
    Le rôle de ce Mufti propulsé dans l'histoire arabe par la GB, et dénoncé très tardivement par l'URSS, est dramatique. Cela va permettre à la droite israélienne d'expliquer, sans cesse, que le mouvement arabe est entaché par ses liens avec le nazisme.

    Le PKP scissionne en 1942 au moment où le Komintern est dissous, jusqu'à la disparition de l'IC en 1943..

    Une solution fédéraliste est proposée pour la Palestine par " l'association éducative communiste " en 1943, c'est trop tard.

    Se reconstitue un PC juif en 1944 qui milite pour une Palestine démocratique et indépendante (126 Greilsammer), mais explique que la solution de la question juive réside dans " la fin du capitalisme et l'établissement d'un régime socialiste " !
    Devant chaque question difficile, les PC s'en tiendront désormais à cette ritournelle pour exprimer leur incapacité à militer pour des solutions concrètes immédiates, en brandissant la perspective du socialisme comme une impuissance à agir.

    Le PKP se ralliera finalement au " foyer juif ". Se constituera également un parti communiste arabe opposé au premier.

    En 1947 ce sont la GB et l'URSS qui vont trancher avec l'aide de l'ONU. L'URSS se ralliera au Foyer juif par le discours de Gromyko à l'ONU le 15 mai 1947. C'est la fin du mandat anglais. L'Agence juive refuse la solution fédérale.

    Au moment du partage la population juive représente un tiers.de la population totale. Et elle possède au grand maximum 11% des terres (voir plus haut).
    Elle se verra donner 55% de la Palestine dans le plan de partage. C'est un vol de territoire en bonne et due forme. C'est une des plus grandes appropriations du territoire d'un peuple au 20ème siècle, suivie d'une expulsion manu militari de la population.
    Le vingtième siècle fut bien " minuit dans le siècle ", à tous égards, sous la responsabilité de l'Europe criminelle toute entière.

    L'Etat contrôlé par les juifs c'est-à-dire par l'Agence juive s'arme. L'URRS envoie même des armes (voir " Agence juive " dans Wikipedia)
    .
    Dans tout cela, les masses arabes n'ont jamais eu leur mot à dire. C'est aussi de la responsabilité du PKP. Ce sont les notables arabes, les états-majors, la bourgeoisie et les commerçants arabes, puis les Etats arabes eux-mêmes, issus de la partition de 1923 qui ont mené la Palestine à sa perte avec la GB et l'URSS…

    Les forces armées arabes autour de la Ligue arabe entrent naturellement en Palestine et harcèlent les villages juifs….Dès lors c'est l'armée israélienne qui chasse les arabes…
    C'est la Nakba. Seul l'Etat d'Israël se crée, mais avec une forte minorité arabe. Il y a impossibilité de créer un Etat arabe palestinien, les arabes veulent la restitution de la Palestine, menés par des chefs irresponsables.
    La guerre civile qui s'ensuit, le chaos, la création d'Israël comme un Etat théocratique et colonisateur sous la protection des USA… tout cela a été écrit des quantités de fois.

    Israël a ouvert la voie à l'intégrisme juif. Plus tard la révolution iranienne de 1979 a ouvert la voie à l'intégrisme islamique, nourri par ailleurs par l'Arabie Saoudite dans d'autres directions. On en voit les effets conjugués terrifiants aujourd'hui.

    Conclusion : POURQUOI l'URSS IMPULSA-T-ELLE CETTE POLITIQUE ?

    L'URSS avait théoriquement comme objectif l'émancipation de l'humanité.
    Mais les intérêts supérieurs de l'URSS en tant qu'Etat, supplantèrent toute velléité de poursuivre des buts révolutionnaires et internationalistes. Et ceci, à l'aide d'une argumentation pseudo-marxiste
    C'est la première chose qu'il convient de comprendre.

    Après la révolution de février 1917 en Russie, il y avait deux solutions.
    Ou constituer une puissante et vraie internationale de travailleurs capable de mobiliser dans le monde les populations exploitées afin de faire reculer les nations dominantes dans leur désir de détruire la révolution russe.
    Ou constituer un Etat fort, sur les bases de cette révolution, en confisquant cette dernière, entouré de nations très nationalistes capables d'en découdre avec les ennemis extérieurs, et de nations " compradores " sans velléité révolutionnaire. C'est ce 2ème choix qui a prévalu en raison de la forme bolchévique prise par la prise du pouvoir armée en octobre. Le parti unique a permis la création de cet Etat en tuant les soviets (1).

    Cette option fut-elle inévitable ? Nous pensons qu'une toute autre histoire pouvait avoir eu lieu.
    La première option fut anéantie ce qui ferma toute extension de la révolution.
    La seconde option bénéficia de l'attrait exercé par la révolution de février, transformée en " révolution d'octobre ", pour l'immense majorité des populations. Cet attrait joua le rôle de la plus puissante aliénation sur l'esprit des gens et tua pour des décennies toute capacité à l'esprit critique.
    De ce point de vue, ce ne sont pas toujours, loin de là, les conditions objectives qui font l'histoire, ce sont l'amour du pouvoir caché derrière le discours révolutionnaire, l'aliénation des grandes masses par la manipulation, par la puissance des croyances, le tout transformé en idéologie. Marx s'est trompé sur ce point.
    L'espoir mis dans la révolution russe, confisquée par les Bolchéviks, a façonné une confiance intangible dans les discours, et la rhétorique des " chefs " parlant au nom de la révolution. Encore aujourd'hui, l'idée d'une mise en question de ce qui a constitué les fondements de tant d'espérances, est mal reçue.

    Les intérêts supérieurs de l' Etat bolchévique, dont Lénine disait qu'il n'était qu'un capitalisme d'Etat sous- direction " ouvrière ", exigeaient qu'aucun mouvement de masse autonome, démocratique, de composantes variées, ne se constitue dans la proximité de l'URSS. Celui-ci aurait pu en effet suggérer les plus mauvaises idées aux paysans et ouvriers russes qui avaient combattu pour des soviets libres, et qui se les voyaient peu à peu confisqués et anéantis. Les grandes masses devaient être assujetties, surtout après la guerre civile, après Tambov, après Cronstadt, après la défaite des Ukrainiens (dirigés par Makno), après l'échec programmé de toutes les insurrections armées en Allemagne.

    De plus, et par voie de conséquence, les masses paysannes devaient rester soumises dans tout le Moyen-Orient aux grands propriétaires et aux nationalistes.

    Les sionistes apparemment, haïs par l'URSS, présentaient pourtant l'avantage, à ses yeux, de ne pas savoir soulever les masses populaires malgré l'humanisme d'une grande partie d'entre eux.
    L'Etat théocratique d'Israël n'a jamais nui à l'URSS !...

    Et enfin tous les Etats, autour de l'URSS, se devaient, d'avoir des partis communistes aux ordres de l'IC. L'URSS préférait des Etats sous mandat étranger, ou nationalistes alliés à l'URSS, plutôt que des Etats dans des situations démocratiques inédites et potentiellement révolutionnaires.
    Au total l'URSS s'est constituée en tant qu'Etat nationaliste despotique sous couvert de l'idéeologie communiste. Tel est notre jugement final.
    Et cela donnera de puissantes idées, autant à l'Etat d'Israël qu'aux Etats islamiques à venir, d'asseoir le despotisme sur l'instrumentalisation, soit de la Shoah, soit de l'Islam, pour dominer les masses et tromper des générations entières.

    Enfin , un Etat réellement internationaliste n'aurait pas constitué une Internationale pour les seuls communistes, n'aurait pas imaginé des soulèvements armés voués à l'échec en Allemagne pour instaurer un régime du type soviétique , n'aurait pas pratiqué une politique de soutien systématique aux nationalistes allemands, n'aurait pas soutenu la Turquie nationaliste naissante et les nationalistes génocidaires, aurait gardé du traité de Sèvres tout ce qui concernait les kurdes, les arméniens.

    L'IC fut l'instrument de la constitution de cet Etat, sous couvert de la proclamation de la marche vers la révolution mondiale. Trotsky fut le principal agent naïf propagateur de cette légende. En cela il servit les visées du parti bolchévique jusqu'au moment où il devint gênant. Il permit alors une autre légende, celle de la rupture dans l'orientation du parti bolchévique, ce dernier devenant un parti stalinien à la mort de Lénine. La mort de ce dernier a puissamment contribué à lui donner du crédit.

    De là est né un autre mythe qui a la vie dure, et qui a pourri les mouvements nationalistes arabes. Il y aurait eu des Etats impérialistes à l'ouest de l'Europe, et des Etats non impérialistes à l'est, les Etats arabes autour de l'URSS. Leur caractère, dit non impérialiste, du fait de l'allégeance à l'URSS, permettait de faire accepter qu'ils soient des régimes despotiques. Au total la lutte des classes se réduisait à la lutte entre ces Etats, sur le dos des peuples.
    L'aboutissement de cette politique de dévastation de ce que pouvait être un parti communiste pour l'émancipation humaine, est la révolution khomeyniste de 1979 qui entraîna toutes les organisations de résistance palestiniennes et arabes dans le sillage de l'islamisme, puisque le communisme était un échec sur toute la ligne. La révolution khomeyniste a agi comme un substitut à la révolution sociale pour des populations désespérées.
    La vision soviétique du Moyen Orient impulsée au Congrès de Bakou, a imprégné à jamais la façon dont les arabes " révolutionnaires " nationalistes ont envisagé leurs combats depuis les années 20 jusqu'à nos jours. Un désastre que les arabes les plus honnêtes constateront eux-mêmes (cf l'histoire du djihad islamique palestinien) et qui va donc les orienter vers Khomeiny qui a eu " l'avantage " de combiner une révolution sociale confisquée en 1979 avec l'idéologie islamique des grands prélats religieux qui s'approprièrent l'Iran mieux que le shâh ne l'avait fait.

    Une question nous a particulièrement interpellé, c'est la question du statut de la terre et du rôle de la classe paysanne (3). L'union des arabes et des juifs passait par le partage et la gestion en commun de la terre. On est très loin aujourd'hui de cette perspective qui semble morte.
    Pourtant, si on y réfléchissait encore ?

    AMC novembre 2016 revu et corrigé en avril 2017


    Notes :

    (1)La question des soviets et l'IC


    Les soviets sont une émanation du peuple travailleur. Ils ne sont pas par essence communistes. Toutes les tendances du monde ouvrier et paysan s'y sont retrouvées.
    Les soviets ont géré les premiers mois de la révolution sociale dans une démocratie à la base.
    Lénine pensait, en créant le parti bolchevik, dont il a voulu la scission d'avec le parti social- démocrate russe, que ce parti serait à lui seul le fer de lance de la révolution. Il n'avait que faire des soviets.

    D'abord militant russe anti-guerre avant 1914, avec Jaurès qui se fera assassiner, il élaborera une conception particulière de la révolution, comme insurrection armée construite par un parti déterminé à prendre le pouvoir. Lénine veut le pouvoir. Cette conception est opposée, dans son essence même, aux insurrections populaires non programmées par un parti, par ex en 1905 à Pétrograd en Russie, et en février 1917, concrétisées par la formation de soviets populaires dans tout le pays. Le parti bolchévique y est minoritaire, mais saura les utiliser en passant à l'insurrection armée au profit d'une conception d'un Etat tout puissant.

    Les prémices de l'IC sont posées en 1915, au seul service, quant au fond, du nationalisme soviétique. Comment une telle chose est-elle possible, alors que l'internationalisme est proclamé à tout va et que la " révolution allemande " (par une insurrection armée) est attendue ? Tout simplement par le fait que l'internationale doit et ne peut être que communiste, selon Lénine. Et que la " défense de l'URSS " est posée comme préalable à toute activité communiste. La réflexion ne semble pas encore avoir porté sur ce fait pourtant extraordinaire, à savoir la définition de l'internationalisme comme ne pouvant être que communiste et qui plus est prolétaire, donc appartenant de fait à l'URSS, puisqu'elle est le seul pays communiste, alors que les deux premières internationales étaient des internationales des travailleurs.
    Ceci a une importance capitale dans notre propos.

    Il faut noter que Lénine s'alliera aux nationalistes allemands contre la GB et la France dès 1917 (traité de Brest Litovsk entre autres…puis traité de Rapallo de 1922) dans le but de consolider l'URSS grâce à l'industrie allemande. Ces alliances iront jusqu'au traité germano-soviétique de 1939.

    2) Quel est le rôle des communistes, selon Marx ?


    Il faut lire Le Manifeste communiste : " Prolétaires et communistes " (p 174 Œuvres La Pléiade)
    " ….. Les communistes ne forment pas un parti distinct en face des autres partis ouvriers.
    Ils n'ont pas d'intérêts distincts de ceux du prolétariat dans son ensemble.
    Ils ne posent pas de principes particuliers d'après lesquels ils prétendent modeler le mouvement prolétarien…..
    …..ils mettent en avant et font valoir les intérêts communs du prolétariat tout entier, sans considération de nationalité………
    ….ils représentent toujours l'intérêt du mouvement dans son ensemble…. "

    (D'après ce texte, il est évident que ceux qui ont intitulé l'ensemble de l'écrit " Manifeste du Parti communiste " au lieu de " Manifeste communiste " sont des mystificateurs)

    3)Le statut de la terre et la paysannerie


    Le refus fondamental de reconnaître le droit de la paysannerie à garder la terre qui lui était due, est fixé dans le 2ème congrès de l'IC et le congrès de Bakou.
    Le refus de reconnaître que la paysannerie russe n'avait pas attendu les bolchéviks pour saisir les terres et mettre les grands propriétaires dehors, revient à lui refuser la capacité à l'action et à la révolte autonome. Dans la théorie, il n'y aurait eu que la classe ouvrière à avoir cette capacité. C'est évidemment faux.
    Les bolchéviks se sont empressés de faire passer dans l'IC des propositions politiques anéantissant le droit à la terre (" la terre à qui la travaille "), et de soumettre la paysannerie aux décisions de l'Etat, dit prolétarien. Quelle en est la raison ? La première raison en revient à Marx qui sanctifiait le prolétariat et rejetait la paysannerie et le peuple à l'arrière de l'histoire. La deuxième est que pour soumettre le prolétariat à la dépendance, il faut casser la paysannerie qui peut être largement indépendante quand elle peut échapper aux grands propriétaires fonciers. Marx ne l'a pas écrit.

    On peut casser la paysannerie de deux façons : la laisser explicitement sous la férule des grands propriétaires (qui peuvent être une partie des nationalistes, mais pas forcément), ou des grandes familles dans le cas qui nous occupe, ou la prolétariser. Pourquoi la casser ? Parce que c'est une classe sociale fondamentalement indépendante et rebelle à l'industrie.
    Le prolétariat né avec l'industrialisation capitaliste, lui, est soumis par définition à la discipline de l'usine, qui s'apparente à l'armée explique Marx dans le Capital. La paysannerie, elle, travaille comme elle l'entend, en pleine nature, soumise certes aux caprices de cette dernière. Mais elle demeure son propre maître. Le prolétariat jamais. Marx l'a soumis à un rôle messianique dont on sait ce qu'il en est advenu.
    Les nationalistes arabes ont imité les bolchéviks dans leur volonté d'agir par-dessus la tête des paysans et des ouvriers.
    En effet, la caractéristique générale des chefs nationalistes arabes est qu'ils ne font jamais appel aux masses, sauf pour se faire acclamer. Ils agissent sans concertation avec les citoyens, ne cherchent pas à résoudre le problème de la terre, de l'égalité des droits, ne luttent pas contre le communautarisme, pour un Etat démocratique….. mais se comportent comme des privilégiés, puis comme des dictateurs, en n'oubliant pas d'asservir les femmes.
    Le grand roman libanais d'Elias Khoury, situant sa narration à l'époque de la Nakba, s'en fait l'écho de façon discrète.

    Le Parti communiste de Palestine, né au tout début des années 1920, a été assujetti à cette façon de faire, et à l'URSS. Il a couvert un processus d'incompréhension de la situation en Palestine, une négation des problèmes de la réforme agraire, et la coupure entre juifs et arabes, bien plus que n'aurait pu le faire le sionisme à lui tout seul..

    C'est ainsi que la Grande Bretagne, à travers son mandat sur la Palestine, a pu construire son soutien à l'idée d'un Etat juif, par des alliances flatteuses, trompeuses et traîtres avec des nationalistes arabes et des sionistes intégristes juifs.

    C'est ainsi que l'URSS, à travers son refus de traiter du problème de la terre, et son soutien indéfectible aux nationalistes turcs, puis arabes par l'intermédiaire du parti communiste palestinien dans ce qu'ils avaient réciproquement de plus rétrograde, a laissé se construire la haine entre les populations. Jusqu'à son soutien à la théorie anglaise des deux Etats, donc de l'Etat d'Israël. Ceci en acceptant que des légions de réfugiés palestiniens remplissent des camps misérables dans les pays voisins.

    Le résultat en a été un chaos indescriptible, une impossibilité de construire un avenir commun entre les populations.
    xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

    Bibliographie

    --Un ouvrage récent " De la Théologie à la libération ? Histoire du Jihad islamique palestinien " par trois auteurs à la Découverte en 2014, W Alhaj, N Dot-Pouillard, E Rébillard. Ce livre indique comment des révolutionnaires marxistes se détournent du marxisme pour faire allégeance à Khomeiny.

    -docteur Khaled Al Khalidi,. " La vente par les Palestiniens de leurs terrains est-elle une réalité ou une fiction ? " publié le jeudi 27 janvier 2005 sur internet. Université Islamique à Gaza

    -Georges Bensoussan…Une histoire du sionisme 1860-1940 ; Fayard 2002.
    Un livre monumental avec des références très importantes. On en voudrait encore plus sur les pionniers des kiboutz.

    - Olivier Carre, " Le mouvement national palestinien ", Gallimard/Julliard, 1977

    -Jean-Marie Delmaire, Les premiers pionniers juifs de 1882 à 1904. De Jaffa jusqu'en Galilée, Septentrion PUF 1999

    -Alban Dignat . " Sur le traité de Lausanne ". Hérodote, le 20-8-2015

    -Vladimir L.Genis, " les Bolchéviks au Guilan " (province du nord de la Perse sous domination du Shah). Cahiers du Monde russe, vol 40 n° 3. 1999. P 459 à 495).
    -Alain Greilsammer Un des ouvrages clefs sur le PC palestinien : " les communistes israéliens ", 1978 aux Presses de la Fondation nationale des sciences politiques (413p).
    (Greilsammer est israélien, universitaire à Jérusalem. Il a eu accès à des archives inconnues en Europe.
    Son livre est extrêmement documenté ; il puise dans les archives lointaines de l'IC, les archives israéliennes, la presse de l'époque, des livres britanniques… Ses citations sont importantes. C'est une somme, dont on n'a jamais fait usage
    Mais il ne dit pas un mot de ce qui nous paraît essentiel sur la Palestine. Il est à l'image du PKP, il ignore les problèmes de fond. Il met néanmoins en lumière une stratégie dévastatrice de la part du PC palestinien une fois constitué, et surtout sous la coupe de l'IC. Ce livre met en question de fait toute la politique de l'IC. Il n'a pas fait de bruit, ou du moins ce ne sont pas les marxistes qui ont cru devoir en tirer des leçons.
    Ce livre ne dit rien sur la politique anglaise, sur la question de la terre et sur le communautarisme, et ça n'est pas un hasard..
    Greilsammer ne met pas ce qu'il découvre en rapport avec la politique générale de l'IC, il évite les jugements de valeur. Il n'évoque que certains faits.
    Lu et relu aujourd'hui, il permet néanmoins de comprendre quelle fut la stratégie de l'IC au sein du principal PC palestinien, le PKP, au profit d'un nationalisme arabe anti-juif sans donner des éléments sur les revendications des arabes.
    Mais il donne des éléments irréfutables de l'implication soviétique dans la mise en place d'Israël. L'URSS ne s'est pas contenté de reconnaître ce pays, mais l'a porté, au nom, de l'anti-impérialisme, contre soi-disant la GB. L'apparent délire anti-impérialiste soviétique relève de la pire perversité politique, de la seule incantation au nom de l'intérêt d'Etat..
    Des juifs attachés à l'URSS ont conduit servilement cette politique sans comprendre.
    Ceci indique qu'il est possible de formater des individus, de les casser, en les obligeant à répéter des inepties, au nom du grand frère soviétique qui ne peut qu'avoir toujours raison, avec un discours qui interdit la réflexion critique.

    L'histoire des divers PC en Palestine est tellement embrouillée, sans arrêt contradictoire, absurde, mais toujours " juste " selon le parti, que l'on se demande comment ses dirigeants ne sont pas devenus fous. Mais beaucoup ont péri dans les purges.)

    -Jean-Varoujean Gureghian Préface d'Yves Ternon
    " LE GOLGOTHA DE L'ARMENIE MINEURE, Le destin de mon père ", L'Harmattan

    - Georges Habache dirigeant du FPLP " Les révolutionnaires ne meurent jamais "
    Il illustre comment un révolutionnaire, pourtant honnête, ne fait jamais appel aux citoyens de base, mais aux politiques d'Etat. Fayard 2008.

    - Henry Laurens. La question de Palestine. Fayard. 2002. tome 1
    Egalement : (Monde diplomatique d' avril 2003):

    -Walter Laqueur. Histoire du sionisme. Gallimard 1994

    -André Mandelstam , La Société des Nations et les Puissances devant LE PROBLÈME ARMÉNIEN
    Paris Pédone 1926, réédité en 1970

    -Picaudou Nadine, Le mouvement national palestinien. L'Harmattan 1989

    -Picaudou Nadine, " Peuple juifs-populations autochtones : les fondements de la domination britannique en Palestine, dans " Le choc colonial et l'islam " La Découverte. 2006.

    -Résolutions des 4 premiers congrès mondiaux de l'Internationale communiste 1919-1923. Bibliothèque communiste. Libraire du travail, juin 1934. Réimpression par Maspero en 1969-

    -Le premier Congrès des peuples d'Orient Bakou 1920 . Réédition en fac-similé. François Maspero 1971

    -Anthony Sampson " Les sept sœurs, Les grandes compagnies pétrolières et le monde qu'elles ont créé ". Moreau 1976)

    -Yves Ternon. Empire Ottoman : déclin et chute. Edit du Félin 2002, ch 3 et suivants..

    Annexe :

    Le génocide arménien
    (d'après l'exposé historique de Jean-Varoujean Gureghian Préface d'Yves Ternon
    LE GOLGOTHA DE L'ARMENIE MINEURE, Le destin de mon père, L'Harmattan)
    Grâce à la GB, à la guerre et à l'alliance de la Turquie avec l'Allemagne, le dernier acte du génocide, commencé en 1894, put avoir lieu sous sa forme la plus brutale de 1915 à 1918.
    Dans l'Empire ottoman, les Arméniens subissaient une discrimination officielle. Ils étaient considérés comme des citoyens de seconde catégorie qui devaient payer plus d'impôts. Ils n'avaient pas le droit de porter des armes (contrairement aux musulmans), ne pouvaient pas témoigner devant les tribunaux. Dans leur grande majorité, les Arméniens de l'Empire Ottoman étaient des paysans pauvres qui devaient en plus subir les violences des nomades kurdes armés venant régulièrement les rançonner
    Le traité de San Stephano de 1878 dans son art 16 assurait pourtant la protection des arméniens. La GB y vit les prémices de l'indépendance de l'Arménie ( à la suite de la Grèce). L'art 16 fut transformé en art 61 qui rendit très aléatoire cette protection
    Fort de cela le grand Vizir déclare en 1879 qu'il fera disparaître à jamais le peuple arménien
    Le même plan d'extermination se réalisa en trois fois entre 1894 à 1922 avec son point culminant des années 1915-1917.
    La révolution des jeunes turcs en 1908 constitua le 2ème temps et se transforma en dictature en 1913 avec Talaat, Enver et Djemal.
    Le 29 octobre 1914, la Turquie s'allia à l'Allemagne et entra en guerre contre les Alliés. Le champ était désormais libre. Dès janvier 1915, on désarma les 250 000 soldats arméniens de l'armée ottomane pour les affecter dans des " bataillons de travail ". La déportation et la " solution finales " font 1500 000 morts sur 2250 000 habitants..
    La retraite de l'armée russe consécutive à la révolution de 1917, permit à la Turquie de lancer une offensive sur l'Arménie orientale russe. Elle fut arrêtée au dernier moment par les arméniens le 24 mai 1918 à Sardarapat, près d'Erevan.
    Entre temps l'URSS signait le traité de Brest-Litovsk en mars 1918 avec l'Allemagne. En annexe de ce traité, dans leTraité de Kars, l'URSS cédait à la Turquie génocidaire la région de KARS du nord-est de l'Arménie. Lors de la capitulation de l'Empire Ottoman le 30-10-18, l'Arménie devenait indépendante et ne récupérait pas KARS alors qu'elle en aurait eu grandement besoin…….

     

     

    XXXXXXXXX


    Plan de l'article ci-dessus sur le Moyen Orient
    Introduction

    I)La question du pétrole au cœur des évènements du Moyen Orient lors de la première guerre mondiale. P 3
    II) La situation de l'Empire ottoman à la veille de la guerre et dans la guerre. Les peuples de l'Empire face aux volontés des grandes puissances. P 5
    1)Les " jeunes turcs " dans l'Empire ottoman à la veille de la guerre. P5
    2)La grande révolte arabe et la trahison des espoirs arabes (p6)
    3)Les accords secrets de Sykes- Picot en mai 1916. (P6°
    4)La révolution russe de 1917. (p7)
    5)L'éphémère République socialiste soviétique de la Perse, 4 juin 1020. (p9)
    6)La déclaration de Balfour le 2-11-1917 (10)
    7) Mémorandum des arabes et des chrétiens en janvier 1919 (p10)

    III)Le traité de Sèvres 10 août 1920 et la SDN (p12
    a)La SDN est créé lors de la conférence de Paris le 28 avril 1919
    b)la Conférence préparatoire de San Remo au lieu du 19 au 26 avril 1920
    c)Le traité de Sèvres est conclu le 10 août 1920,

    IV)La guerre nationaliste de la Turquie de mai 1919 à octobre 1922
    (p14)
    V)Le traité de Lausanne 1923 (p15)

    VI)LE TRAVAIL DE DIVISION ENTRE JUIFS ET ARABES PAR LA GB,. LA THEORIE DES DEUX ETATS (p17)
    VII) LA QUESTION AGRAIRE VUE PAR L'URSS EST EN SOI UN MOTIF DE DIVISION (p18)
    1)La question agraire dans l'Internationale communiste en juillet 1920 (19)
    2) Le Congrès des peuples d'Orient à Bakou en septembre 1920. (p21)
    VIII) LA PALESTINE SOUS LE MANDAT ANGLAIS (25)
    1)Les populations de la Palestine et la naissance de leur antagonisme
    2) les forces sociales et politiques en présence. (26)
    3)La question de la terre : facteur de division ou de rapprochement ? (28)
    4) Le communautarisme mis en place sous le mandat anglais (p30)
    5)La question de l'émigration juive. (p31)

    IX) LE ROLE DU COMMUNISME PALESTINIEN DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE AUX EMEUTES DES ANNEES 30 (p33)

    1) Création de groupes communistes juifs et du MOPS palestinien (p33)
    2) ) Le PKP bolchévisé, aux ordres de l'Internationale communiste (IC) : les bases de la guerre civile. (p36)
    3) Ce qu'une " vraie organisation communiste " aurait pu proposer. (p39)
    4)Vers les années de violences entre arabes et juifs. (p42)
    a)Les émeutes de 1929 (42)
    b)Les émeutes de 1936 à 1939 (43)
    X) VERS LA PARTITION ET LA CREATION D'ISRAEL (p44)

    Conclusion : POURQUOI l'URSS IMPULSA CETTE POLITIQUE. (p46)
    Note 1)La question des soviets et l'IC (48)
    Note 2)Rôle des communistes selon Marx (49)
    Note 3)Le statut de la terre et de la paysannerie (p49)
    Bibliographie (50)
    Annexe : le Génocide arménien (52)

     



    Lire la rubrique "Daech, le Frankenstein de l'OCCIDENT"

     

    POUTINE au Moyen Orient
    Hypothèse diabolique sur Poutine

    Poutine est en train d'empêcher les rebelles anti-Assad de combattre Assad et Daech, pire il les tue; même si les USA livrent des armes pour la forme...
    Quelle pourrait être sa stratégie ? Fort de celle de feu Lénine du parti bolchévique, lorsqu'il négociait avec les nationalistes de l'Allemagne et ceux de la Turquie, pour avoir à ses portes des Etats alliés, il pourrait Imposer une "paix" entre Daech, Assad, l'Irak du sud, l'Iran à travers le Hezbollah et l'Arabie, qui pourrait être:

    -un morceau de Syrie pour ASSAD, avec mandat de la Russie sur cette portion (pétrole et accès à la mer)

    - un morceau de Syrie + tout le nord de l'Irak pour Daech (ou tout l'Irak..?), qui deviendra pays allié de la Russie, laquelle exploitera et profitera du pétrole

    -protectorat iranien sur le Liban par le Hezbollah

    -éventuellement, pour avoir la paix, des concessions aux kurdes: un minuscule Etat kurde

    -Ordre à l'Arabie de se retirer du Yémen et stopper son cirque. Ce dernier sera partagé entre l'Iran et l'Arabie.

    Quid de la Palestine et d'Israël ?
    -pas question de toucher Israël, trop bel acquis, mais "Attention à nos missiles, tenez-vous tranquilles"..

    -si ça se trouve, création d' un Etat palestinien croupion aux ordres de la Russie, et refoulement quand même des colons juifs dans le Sinaï par ex, pour avoir la paix.

    Et sur tout ce bazar, une religion d'Etat l'islam aux ordres, comme l'église orthodoxe en Russie.


    Les USA ? Ils savent déjà tout; c'est impensable qu'ils ne sachent pas. Ils ont déjà accepté le redécoupage du Moyen Orient et l'abandon des 2 millions de réfugiés syriens dans les camps du Liban (comme par hasard les Nations Unies n'ont plus un centime pour nourrir les réfugiés...). Peut-être qu'ils ont compris trop tard, trop arrogants dans leur certitude. Ils attendent de négocier une part du pétrole d'Irak, et la bouclent pour le reste.

    Poutine a les moyens d'imposer cela avec ses missiles et l'incompétence des USA

    Après ? Attention à nous.

    Le 16-10-15

     

    La question de l'Iran à la lumière du NON grec.

    S'est-on demandé ce qu'il y avait derrière les sanctions américaines contre l'Iran, en plus de la question de savoir ce que produisent les centrales iraniennes, du plutonium pour faire des bombes nucléaires ? Les "négociations" n'en finissent plus. Le gouvernement iranien donne des signes de rébellion et trouve insupportable cette ingérence dans un dit contrôle de leurs centrales.

    Cette question du contrôle des centrales est déjà parfaitement scandaleuse puisque les USA et l'Europe ont laissé Israël avoir la bombe nucléaire. Il fallait tout interdire ou ne rien interdire. Le choix d'interdire uniquement en Iran a une autre signification, outre le fait qu'Israël est la pointe avancée de l'impérialisme américain au Moyen Orient, et qu'à ce titre ce pays a tous les droits.

    Il s'agit de casser l'économie iranienne et d'appauvrir tout un peuple. La description de la situation sociale iranienne après 5 ans de sanctions économiques, qui est donnée par le Monde des 5 et 6 juillet 2015, ressemble à s'y méprendre à celle de la Grèce après plusieurs années de politique d'austérité dévastatrice.

    Les iraniens opposés au régime des mollahs, se sont soudés autour de leur gouvernement tel qu'il est, contre l'ignoble politique de l'Occident appliquée à leur pays. Il y aurait des manifestations aux cris de "A bas les USA", que cela n'étonnerait pas...

    Le NON grec pourrait leur donner des idées. Ce sont les mêmes qui se sont acharnés contre la Grèce et contre l'Iran sous des prétextes différents, dans un seul but: soumettre les pays européens ou du Moyen Orient aux multinationales occidentales.

    La vérité semble être là. Sortons des préjugés. La situation est la même pour les peuples grecs ou iraniens. Et l'ennemi est le même.

    6-7-15