MARX AU 21ème SIECLE ?

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    Révolution, Communisme et bolchévisme

    (en fin de rubrique, voir la nature du bolchévisme)

    A l'heure où une forme de barbarie saisit le monde (guerres, armes de destruction massive, marchandisation à outrance de tout ce qui est humain...), une partie de l'extrême gauche trouve intéressant de nous proposer de ré-ouvrir la perspective du communisme.
    Une chose est de revenir aux écrits de Marx en examinant ce qui, parmi eux, peut nous aider à comprendre la réalité capitaliste et son fonctionnement, une autre est de nous re-proposer le communisme sans même analyser les raisons de l'affreuse réalité que sa réalisation concrète nous a offert, et qu'elle nous offre encore, en Chine, en Corée du nord par exemple. Il nous est impossible d'accepter cette proposition sous le prétexte que le " vrai " communisme est à venir. Analysons d'abord le " faux ", si tant est qu'il l'était, et pourquoi le " faux " ….qui s'est généralisé !

    Nous observons que beaucoup considèrent que le problème a été traité et que l'affaire est close. Pas du tout. Si les monstruosités quant à la réalité de l'URSS ont été établies... très partiellement, la discussion théorique n'a pas eu lieu.

    Curieusement la Chine ne fait pas partie des interrogations les plus fondamentales sur le communisme. La Chine ne serait-elle pas communiste ? En quoi ne le serait-elle pas ? Parce qu'il s'agit d'une dictature d'un parti unique de notables privilégiés qui sont prêts à s'entretuer ? Parce qu'il s'agit d'un capitalisme d'Etat féroce ? Parce que le proléariat n'a aucun pouvoir ? Parce qu'il n'y a pas l'ombre d'une justice pour le petit peuple ? .... Quelle analyse les marxistes font-ils ?? Quand donc la nature de l'Etat chinois se serait modifiée ?

     

    UNE EXPLOSION SOCIALE PREVISIBLE EN CHINE ?

    (Le Monde du 20-11-13, ainsi que le film "A Touch of Sin)

    Les réformes économiques se font toujours plus en faveur d'une classe et d'une caste de privilégiés, étroitement imbriquées. Une répression politique toujours plus grande y est associée tant la peur est grande dans les plus hautes sphères.

    La corruption est si importante que les plus hautes instances du pouvoir ressemblent à s'y méprendre à la classe aristocratique d'avant la révolution de 1949, qui abusait du peuple, des paysans, des femmes, comme bon lui semblait (cf le film "A Touch of Sin").

    Les pires défauts de la société hautement industrialisée se cumulent, sans aucun contre-pouvoir: exploitation à outrance, productivité du travail destructrice, répression violente, pollution dévastatrice, refus de tout contrôle et de toute critique, prostitution organisée des femmes au profit du parti, fortune insolente des dirigeants face à la misère des petites gens même si une classe moyenne a émergé pour maintenir la paix sociale....Tous les éléments sociaux sont réunis pour qu'il soit envisageable d'imaginer une explosion sociale proche....

     

    NOS QUESTIONS

    Nous proposons ici de tenter de faire la clarté sur un certain nombre de faits, et de concepts, qui ont été totalement obscurcis, en premier lieu par les bolchéviks. Cela a largement contribué à obstruer l'analyse, et donc la conscience politique..

    De très importantes questions, dont les marxistes ne débattent toujours pas, ou peu, se traitent par le non-dit. Ces questions sont souvent les mêmes que celles qui sont posées aux défenseurs du capitalisme. Exemples:

    -La disparition des soviets en URSS dans l'année qui a suivi la prise du pouvoir par les bolchéviks; leur inexistence en Chine. Pourquoi ?

    -Les grandes famines comme mode de contrôle politique (en 1919 et 1920, puis en 1935-36 en URSS; de 1958 à 1962 en Chine)

    -La dite "progressivité de l'histoire", postulat fou de Marx, et sa conséquence, à savoir l'Occident comme civilisation la plus avancée de l'histoire, qui doit être suivie du Communisme. Les libéraux ont la même idée de la progressivité de l'histoire.

    -L'arrogante idée de la domination totale et sans risque de la nature et du droit à l'irrespect le plus total vis à vis d'elle.

    -L'industrialisation de l'agriculture comme terrible conséquence !

    -Le mépris vis à vis des classes sociales fondatrices des sociétés traditionnelles: les paysans et les artisans.

    -La grande industrie comme produit soi-disant le plus élevé de la science et des techniques, ou comme produit aussi le plus barbare ??

    -Le rôle du prolétariat dans l'histoire, par voie de conséquence.

    -La question du travail exploité et aliéné: les salariés doivent-ils accepter, sur le plan théorique, même pour quelques heures par jour, le travail à la chaîne débilitant , et la continuation de la séparation du travail intellectuel et du travail manuel ?

    -Le mépris vis à vis de la démocratie à la base: le bolchévisme n'est pas caractérisé comme ayant liquidé les soviets démocratiques de février 1917, pourtant il a accompli ce rôle. Ce fait est considéré comme secondaire.

    -La présentation du stalinisme comme étant distinct du bolchévisme. Selon nous c'est le bolchévisme qui a été fondateur du stalinisme.

    - Le léninisme formulé par Lénine comme principe de soumission de l'individu au parti, le parti d'avant garde se substituant aux masses, est à la base du parti unique et de la dictature.. Ce point de vue est abandonné par certains mais pas du tout par de nombreux marxistes qui sont prêts à de nouvelles dictatures.

    -L'absurdité de l'idée de l'unité entre théorie et pratique dans le marxisme, tel qu'énoncé par Marx

    -l'idée tout aussi absurde que rien ne peut être modifié sous le capitalisme (alors que des choses considérables ont été modifiées) et qu'il faille attendre la "révolution" pour transformer le monde. Ce qui est une façon de ne rien vouloir changer du tout.

    etc

     

    Il nous faut d'abord revenir à un certain nombre de définitions et de description de faits:


    -Qu'est-ce qu'une révolution sociale ? Quelles sont ses exigences générales ? Obéit-elle à des lois historiques ? Contient-elle en germe ce à quoi elle aboutira ?
    -la confiscation des révolutions sociales. Confiscation théorique de la Commune de Paris par les marxistes; confiscation réelle des soviets russes
    -Rejet commun du pouvoir à la base par la bourgeoisie et les marxistes en général. Théorisation du " parti-avant-garde " par Lénine, théorisation du pouvoir des experts par la bourgeoisie.
    -Qu'est-ce que le communisme par Marx et Lénine. Problème de l'idéologie.
    -Controverses sur la révolution d'octobre 17 : une insurrection organisée par qui ?
    -Conclusion : formatage capitaliste, formatage communiste. La grande aliénation du 20ème siècle. Retour nécessaire aux soviets


    Qu'est-ce qu'une révolution sociale ?


    Totalement imprévisible, aucune révolution sociale n'a jamais été organisée à l'avance ni prévue. Parce que grâce à l'irrationalité des humains, cela est impossible. Il n'y a aucune confusion à faire entre une révolution sociale et une " insurrection " organisée par un parti et un petit groupe minoritaire. Les révolutions sociales sont de grands mouvements sociaux, qui mettent en branle les foules, qui se produisent inopinément, sans un parti " d'avant- garde " et sans théoricien, qui en organiserait le déclenchement et le déroulement.

    On peut relever à travers le temps quelle furent les exigences fondamentales des révolutions, sans pour autant que toutes les révolutions mettent en avant ce qui suit (la révolution de 1789, la Commune de Paris, la révolution mexicaine de 1910, la révolution russe de 1905, la révolution russe de février 1917....)
    -La démocratie, la parole et l'écrit libres, la République, l'égalité des citoyens, assez rarement l'égalité des hommes et des femmes, les libertés individuelles, la fin de l'absolutisme ou de la dictature, la fin de l'occupation par des forces étrangères, l'ouverture des prisons, l'ouverture des archives de la police politique, la destitution de la police politique, une constitution, la séparation des pouvoirs, une justice au service du peuple, l'élection d'une constituante démocratique, la mise en jugement des prédateurs,

    -Le droit à la terre, la restitution des terres confisquées par les grands propriétaires fonciers ou des féodaux, la restitution des territoires confisqués, la terre à celui qui la travaille, la liberté pour la production individuelle, suppression des impôts féodaux

    -la fin de l'accaparement des biens de première nécessité, le contrôle des prix,

     

    -pour une révolution future, on peut imaginer : l'abrogation du libre échange, le contrôle des capitaux et des banques, la fin des bourses, l'abrogation de tous les brevets sur les semences, sur les médicaments, sur les découvertes concernant les besoins prioritaires, la mise hors la loi de tous les lobbys accapareurs , la dissolution des grands monopoles, la gestion collective (collective et non pas étatique) des services publics, le contrôle collectif des impôts (mise sous tutelle du service des impôts), une justice totalement indépendante des pouvoirs politiques, sans robe et sans apparat, L'EGALITE ABSOLUE ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES, l'ouverture de tous les dossiers " secrets " de la police et de l'Etat….. etc

    (La question essentielle qui se posera sera le choix entre la gestion collective, et la gestion étatique)

    Les révolutions sociales mettent donc généralement en mouvement plusieurs classes sociales, ayant un intérêt commun pour un temps, qui transcende des intérêts opposés. Les classes sociales qui partent à l'assaut d'un système sont toujours les classes populaires, et elles prennent évidemment les premiers coups ou tous les coups. Aucune loi historique ne dit comment ces révolutions doivent se dérouler. Elles sont donc contradictoires et présentent des aspects doubles ou triples. La révolution n'a pas de caractère de classe unique, même si elle met en jeu en premier lieu les intérêts du peuple. Elle met en lumière des conflits de classes vifs. C'est pourquoi les termes de " révolution prolétarienne " n'a pas de sens, ou alors il s'agit d'une " révolution " dans la révolution, par construction intellectuelle. Mais les " révolutionnaires " rêvent de les contrôler et font croire à leur contrôle possible. Ce contrôle a lieu le plus souvent après coup.
    Ce n'est que rarement le prolétariat tout seul qui se soulève, sauf dans les pays communistes : les ouvriers des usines ont donné le signal de la révolte sociale contre le pouvoir des communistes, à Berlin est en 53, en Hongrie en 56, en Tchékoslovaquie en 68, en Pologne à Gdansk en 81..

    Les révolutions sociales provoquent donc souvent des guerres civiles ouvertes.

    Les grandes confusions qu'elles présentent, résident apparemment dans le fait que ceux qui les déclenchent et sont le plus agissants de façon spontanée, dans un coup de colère sociale, ne sont pas ceux qui,à terme, exploitent le peuple et en bénéficient. En France en 1789, les paysans ont occupé les terres, contesté la propriété des féodaux, les impôts. Pour tenter d'endiguer la colère populaire, les féodaux ont renoncé d'eux-mêmes à leurs privilèges (la nuit du 4 août). En ville, le petit peuple a mis en question le chômage, la pénurie des biens alimentaires, les prix, la séquestration du blé par les spéculateurs, l'arbitraire féodal; il s'est souvent saisi des denrées alimentaires, et a ouvert les prisons. Mais c'est la bourgeoisie au total qui en a récupéré les fruits, même si une partie de la paysannerie a pu bénéficier des terres.
    La révolution de 1789 fut autant paysanne et anticapitaliste (les communes paysannes), ouvrière et anticapitaliste, que bourgeoise créatrice du capitalisme avec la loi Le Chapelier. Le conflit de classes qui s'y déroula évolua violemment en faveur de la bourgeoisie qui voulait s'approprier le parlement pour y faire voter le budget et contrôler les impôts.
    La proclamation de la Commune de Paris en 1871 est une réminiscence des créations des Communes dans plusieurs régions de France en 1789 : affirmation du pouvoir communal qui entérinait l'appropriation des terres par les paysans et l'abolition des impôts royaux et féodaux. La Commune de Paris a réuni toutes les couches sociales de Paris, sauf la grande bourgeoisie, et n'a jamais touché à la banque de France, mais lui a demandé de l'argent. Ce ne fut nullement une révolution prolétarienne, mais une révolution profondément populaire.

    En Russie, les paysans se sont appropriés les terres, ont mis le feu aux châteaux, les ouvriers ont occupé les usines des villes, les ont proclamées comme étant les leurs; le peuple s'est alors organisé pour son autodéfense, son ravitaillement dans les soviets. Les partis existants ont accompagné l'activité des masses mais n'ont pas joué un rôle déclencheur. Les propriétaires terriens et le tsarisme (ce dernier portant à bout de bras les débuts du capitalisme) ont été défaits. Une bourgeoisie peu importante tenta de se rassembler autour de Kerenski pour garder ses biens, continuer la guerre contre l'Allemagne au profit de la triple alliance.
    Les soviets n'ont pas eu le temps de se saisir correctement de cette question tant elle était compliquée. On ne connait même pas l'état de la discussion en leur sein. La désertion massive des soldats du front indiquait bien que la guerre n'était que celle des grands de ce monde. Mais l'Allemagne voulait une paix séparée, pour s'approprier une partie de la Russie et attendait d'envahir l'Ukraine. Il était donc impossible de conclure une paix séparée (ce que les bolchéviks feront cependant dans la paix de Brest Litovsk qui livra l'Ukraine aux allemands et déclencha le début de la guerre civile). Il eût fallu que l'Allemagne se couvrît elle-même de soviets. …. Kerenski travaillait bien pour la bourgeoisie, mais pouvait-il résoudre cette question ??

    La révolution cubaine pourrait sembler faire exception, puisqu'un petit groupe de guérilleros organisés à l'extérieur donne à penser qu'il aurait joué un rôle déclencheur dans la révolution en 1959 . En réalité, il y avait à Cuba une situation révolutionnaire que les masses ont mis à profit lors de l'arrivée de Fidel Castro et Che Guevarra. Cela est si vrai que Guevarra, faisant une erreur d'analyse, ne parviendra pas à soulever les masses au Congo, puis en Bolivie, en appliquant la même méthode que pour Cuba. Il en mourra.


    Tout ceci veut bien dire que la révolution sociale d'une part ne commence pas comme les révolutionnaires l'imaginent, et d'autre part qu'elle n'a jamais eu un caractère de classe unique et homogène. On retrouve ceci récemment dans les révolutions sociales qui se sont produites au Maghreb depuis 2011, contre des dictatures insupportables , un pouvoir corrompu et sanguinaire. Elles ont bien été des révolutions sociales à n'en pas douter, mais des révolutions du peuple tout entier, souvent toutes classes sociales comprises, dont une partie de la bourgeoisie qui a financé la guerre civile. Ce sont les petites gens qui l'ont déclenchée, ainsi que les ouvriers de quelques secteurs en pointe, les jeunes chômeurs, les femmes. Ces révolutions sont actuellement confisquées par une bourgeoisie, dite islamiste, qui est restée à l'écart pendant les émeutes, et est en réalité liée au capitalisme international. Elle est déjà très à l'aise avec le gouvernement US, peut-être en vue d'une autre forme de dictature, ou d'un parlementarisme bourgeois de type occidental. La forme religieuse a l'aval du peuple comme garantie d'une pseudo honnêteté. La bourgeoisie devra compter sur le peuple pour la soutenir ou non…
    Ceux qui distinguent les révolutions sociales bourgeoises (parce qu'ayant ouvert la voie au pouvoir de la bourgeoisie) et les révolutions dites " prolétariennes ", réécrivent l'histoire.



    La fiction selon laquelle les révolutions auraient donc été dans l'histoire d'abord bourgeoises, puis prolétariennes, n'a jamais existé, sauf dans l'esprit des bolchéviks qui ont appliqué aux révolutions sociales le schéma idéologique de Marx sur la succession obligée des modes de production dans l'histoire, où le communisme devait apparaître en fin de parcours comme étant inéluctable et très proche. Cette fiction s'appuie aussi sur l'idée de Marx selon laquelle la paysannerie ne peut être révolutionnaire. Par conséquent, elle disparait de son schéma, comme classe agissante. La bourgeoisie par contre aurait été, selon Marx, une classe agissante et révolutionnaire. Moins agissante que la paysannerie pourtant ! Puis, toujours selon Marx, le prolétariat devait inéluctablement éjecter la bourgeoisie pour accomplir enfin toutes les tâches démocratiques dont l'humanité a besoin. Le " Manifeste communiste " fait l'apologie du caractère révolutionnaire de la bourgeoisie pendant une certaine période ; et les " thèses d'avril ", ou " lettres de loin ", de Lénine, en 1917 déclarent que seul le prolétariat peut maintenant accomplir ces tâches, d'où le terme de " révolution prolétarienne " pour justifier en fait la prise du pouvoir par les bolchéviks. En réalité Lénine confond sciemment le déclenchement de la révolution avec sa confiscation, non par le prolétariat mais par un parti, dans le cas de la Russie.

     


    Confiscation de toutes les révolutions sociales

     

    La question de la confiscation est déjà ébauchée dans ce qui précède. Dans le déroulement même de la révolution sociale, il y a bataille de classes pour le nouveau pouvoir. La question du pouvoir a toujours été réglée jusqu'ici en faveur d'une classe qui se pose comme dominante au détriment d'une autre, ou d'une fraction d'entre elle, ou de l'armée si celle-ci n'a pas été défaite, ou d'un parti organisé qui se pare du qualificatif de " révolutionnaire ", ou d'un parti religieux.
    Dans la Russie d'octobre 1917, c'est le parti de Lénine, le parti bolchévik qui s'empare du pouvoir en octobre en se parant de la qualité d'être le représentant du prolétariat, ce que Bakounine avait prédit au 19ème siècle. Il y a bp à écrire sur cela, car Lénine a utilisé le mot d'ordre " tout le pouvoir aux soviets ", pour les masses, en expliquant en même temps dans son parti, qu'il fallait préparer l'insurrection pour réaliser " la dictature du prolétariat ". En outre les critiques contre les soviets et leur gestion dite déplorable étaient de mise au sein du parti. Souvarine, encore largement léniniste, lorsqu'il écrit son " Staline ", donne des détails importants sur la façon dont les bolcheviks jugent les soviets, et ne supportent pas les contradictions, les difficultés de la confrontation des points de vue, la lenteur à résoudre des problèmes, et surtout l'absence de centralisation. Ils décident " l'insurrection " comme par hasard avant le congrès des soviets….et s'approprient immédiatement la direction des soviets !


    Au Mexique en 1910, les paysans se laissent confisquer le pouvoir par la bourgeoisie. L'intervention des USA n'y est pas pour rien. L'assassinat de Zapata a lieu en 1919 et met fin à un éventuel pouvoir populaire.


    En 1936 la révolution espagnole du peuple des villes et de la paysannerie fut balayée par le PC armé par l'URSS.

    La révolution paysanne chinoise de 1949 a été confisquée par le PC.

    La révolution cubaine nationale et paysanne de 1959 fut confisquée dès 1960 par le PC, et condamnée à la monoculture de sucre au profit de l'URSS, ce qui entraîna des pénuries endémiques de nourriture. Et combien d'autres furent confisquées par des PC alliés à des partis nationalistes ou des Etats : Corée, Vietnam, Mozambique, Mali, Somalie, Algérie…où les révolutions nationales pour l'indépendance se sont combinées avec des révolutions sociales, rapidement mises au pas.


    La révolution sociale iranienne de 1979 a, elle, été rapidement confisquée par le parti religieux de Khomeiny pour devenir une dictature. Cet exemple est particulièrement intéressant. Les commentaires sur les évènements d'Iran mettent en lumière les confusions idéologiques entretenues par certains marxistes. Les trotskystes de l'OCI ont annoncé à l'époque, avant tout le monde : " La révolution prolétarienne a commencé en Iran ". Pourquoi ? Parce que le pays s'était couvert de sortes de comités populaires qui se sont proclamés souverains et qui ressemblaient étrangement à des soviets, lesquels regroupaient le petit peuple et les jeunes comme en février 17 en Russie. Or rien ne dit que les soviets, s'ils avaient perduré en Russie, auraient donné naissance au pouvoir du seul prolétariat. Khomeiny en Iran a orienté ses fidèles (les pasdarans) à entrer dans les comités populaires. Ceux-ci les ont laissés entrer en groupe et non de façon individuelle, ce qui fut une terrible erreur. Les pasdarans ont rapidement mis au pas tout le monde et ce fut une terrible répression contre le peuple et la petite bourgeoisie qui dura plus de trois ans. Ce fut bien une révolution sociale du peuple et en aucune façon prolétarienne. L'OCI n'a jamais reconnu son erreur théorique.


    Dans le même temps, comme la réflexion sur la démocratie, et sur la question du peuple, n'a jamais été à l'ordre du jour nulle part lors de l'expérience de l'URSS, l'usurpation s'est trouvée validée. Et le " parti unique ", comme parti du prolétariat ou parti des révolutionnaires ( !), s'est généralisé dans tous les pays communistes, et bien au-delà, dans tous les pays de dictature.

     

    La question du pouvoir à la base : gage de la réussite à venir d'une révolution sociale ; question vilipendée par la bourgeoisie comme par les " révolutionnaires ". Le parti d'avant-garde lui est antinomique.

     

    Le peuple n'a, en règle générale, jamais pu, sauf de façon temporaire, se donner de façon viable ses propres organes de pouvoir,. Il y eut ainsi une première brève tentative, la Commune de Paris, qui fonctionna comme un grand soviet populaire, mais trois mois seulement. Cette exception inspira peut-être le soviet de Pétrograd en 1905, et les soviets de février 1917 jusqu'en octobre. Ce pouvoir, à peine organisé, fut confisqué.
    De nouvelles tentatives eurent lieu : le soviet de Budapest en 1956, des ébauches en Pologne, puis les Assemblées populaires en Argentine en 2001, ainsi que tous les comités populaires de village en Palestine, mais rapidement contrôlés par le Fatah.
    Ceci signifie que le peuple cherche la voie du contrôle d'une révolution sociale où il est toujours très fortement partie prenante, par la forme des " conseils ", mais n'a pas encore trouvé le moyen de préserver ceux-ci. L'une des raisons est l'obligation pour le peuple d'aller travailler dur. Or travailler, diriger un conseil ou le contrôler, est extrêmement difficile.
    La question d'un pouvoir populaire (paysans, ouvriers, petits salariés des services de l'Etat , artisans, petits commerçants, colporteurs, artistes de rue…) et de son organisation démocratique et durable, dont dépendent toutes les révolutions sociales, constitue en effet le problème le plus difficile à résoudre.

    La question du pouvoir populaire a toujours suscité la détestation de la classe dominante, la bourgeoisie entre autres, et une égale détestation des partis communistes ou dits d'avant-garde. Egalement de la part des intellectuels qui opposent souvent le pouvoir du savoir des techniciens et savants (débats mémorables au sein du PSU à ce sujet) à l'ignorance du peuple. Les intellectuels devraient seulement être appelés à faire part de leurs connaissances, dans une égalité absolue avec les autres couches sociales. Ces connaissances, complétées des savoirs ouvriers et paysans, pourraient donner lieu à une richesse créatrice considérable. Il serait alors possible de régler toutes les questions difficiles, si le temps était donné pour ce faire.


    Or précisément, ceux qui produisent ce qui est nécessaire pour la vie de la société, sont ceux qui ont le moins de temps, sont le moins disponibles, sont le plus harassés. Et si on leur donnait un statut spécial, ils deviendraient vite des bureaucrates.
    Il faut donc que cette question se double de celle de la démocratie à la base, de celle de l'instruction, du temps disponible pour tous, du turn-over obligatoire dans l'exercice des responsabilités. Toutes choses qui ont déjà été discutées largement, mais non résolues.
    Historiquement, pour Marx, le peuple, c'est-à-dire les classes anticapitalistes par essence, définis par lui comme étant les paysans, artisans, petits commerçants (on se demande bien pourquoi pas les ouvriers ?), fait " tourner la roue de l'histoire à l'envers " (cf notre site), en raison du schéma précité ci-dessus. Marx protestera avec véhémence contre l'idée de donner le pouvoir au peuple dans le programme de Gotha, écrit par Lassale écrit en 1875, en expliquant que l'expression ne voulait rien dire. Evidemment, le peuple n'a pas sa place dans la succession des modes de production telle qu'il la voyait ; il ne serait pas susceptible d'être révolutionnaire " jusqu'au bout " comme les ouvriers, selon lui. Et surtout, peut-être, il n'était pas susceptible obligatoirement d'aimer la grande industrie et le machinisme. Cette appréciation de Marx sur le peuple relève de l'idéologie.
    De ce fait, Marx est contre la démocratie à la base avancée par Bakounine dans l'AIT (l'association internationale des travailleurs ). Cependant c'est Marx qui a écrit que " ce sont les masses qui feront l'histoire ". Ceci est tout à fait capital par rapport ce que vont en faire les bolchéviks. Entre autres Lénine.


    C'est ici que l'idéologie achève de se substituer totalement à l'analyse de la réalité. L'idéologie est une théorie a priori collée sur la réalité, qui sert à tordre celle-ci pour l'adapter à une philosophie progressive de l'histoire (d'origine purement occidentale), à des désirs imaginaires, à un pouvoir déjà constitué, ou à un désir fou de pouvoir, ou tout cela en même temps.
    Marx, comme Lénine plus tard, auraient tous deux été horrifiés qu'il puisse être dit qu'ils faisaient de l'idéologie. L'un comme l'autre avaient la certitude que leurs théories s'appuyaient sur l'analyse scientifique des faits, et que le marxisme était précisément une théorie scientifique dans son entier. Les marxistes ont dit et répété qu'il y avait unité de toute la théorie de Marx, ce qui est non seulement inexact, mais impossible. Il n'y a pas un seul écrivain ou théoricien, qui ne se laisse pas aller, à côté de ses travaux scientifiques ou même à l'intérieur de ceux-ci, à des hypothèses aventureuses, imaginaires, produit de ses fantasmes et illusions. Les marxistes ont fait des écrits de Marx une théorie scientifique homogène, exactement comme l'église a déclaré la bible sainte, produit de la parole de Dieu, donc Vérité.


    Revenons à Lénine qui, s'appuyant sur les difficultés de militer en Russie sous le tsarisme, a construit une théorie du révolutionnaire professionnel obligatoire en tous lieux et en toutes circonstances, et de fil en aiguille, a construit l'idée du " parti en avant des masses " dans son " Que Faire " de 1902, qui ne s'appuie que sur une expérience particulière et limitée, mais qui est surtout le produit d'un désir de pouvoir excessif.
    C'est là que l'on trouve l'impossible pouvoir à la base, théorisé par lui, et la nécessité pour le prolétariat de s'appuyer sur les intellectuels de la bourgeoisie devenus révolutionnaires. Les masses, écrit-il contrairement à Marx, sont spontanément trade-unionistes, elles ne sont pas révolutionnaires. Seul le parti d'avant-garde, " exprimant consciemment le processus inconscient vers la révolution ", fera la révolution jusqu'au bout en appliquant la théorie scientifique de Marx. Il n'y a que le parti qui puisse empêcher la confiscation de la révolution par la bourgeoisie, définir les mots d'ordre pour l'avenir. C'est le parti qui peut et doit décider de l'insurrection finale et mener celle-ci. Cela ne s'est jamais produit, sauf en octobre 1917 dans un coup d'Etat du parti bolchévik, mais Lénine reconstruit la réalité et balaye ainsi toute possibilité de pouvoir à la base, les soviets.
    Lénine s'est trouvé à son retour en Russie face à des milliers de soviets. Il conçoit donc le projet de les bolchéviser donc de les scléroser, tout en se réclamant d'eux.
    Il faut quand même indiquer ici ce que Souvarine relate de la position des bolchéviks face aux grandes grèves d'octobre de 1905 à Pétrograd : tandis que les social-démocrates fondent des " municipalités révolutionnaires " parce que c'est ce que veulent les grévistes, les bolchéviks à l'intérieur du parti social-démocrate, y opposent le mot d'ordre de " gouvernement révolutionnaire " contre celui énoncé ci-dessus, mot d'ordre abstrait qui oriente déjà la question du pouvoir vers la centralisation.

    Puis dans le mouvement, les grévistes fondent le soviet des députés ouvriers qui comprendra des sans parti…. Les bolchéviks exigent du soviet une adhésion explicite du soviet au parti social-démocrate, ce qui évidemment n'a pas lieu, car ce serait la négation du soviet (p 76-77 dans " Staline " de Boris Souvarine. 1935). Cette attitude est celle de tous les communistes ou trotskystes depuis lors..
    Lénine en 1917 préconisera la centralisation des décisions qui ne peuvent venir que du parti, sans contestation possible. Il faudrait revenir longuement sur les débats entre Lénine et Plékhanov, avec lequel il fut presque toujours d'accord jusqu'à la prise du pouvoir en octobre 1917, et avec Martov avec lequel il était ami. Sa vision mécaniste et autoritaire des écrits de Marx a été fortement dénoncée par eux. Mais le charisme de Lénine l'emporta, et surtout, probablement le ralliement de Trotsky à ses vues, qui avait été Président du soviet de Pétrograd ! Les ouvriers furent délogés des usines au nom du pouvoir central du prolétariat dans le parti !
    Toute la tradition marxiste reprendra ce thème qui justifie que tous les pouvoirs soient donnés au parti dit d'avant-garde, lequel instaure donc le parti unique et la dictature " du prolétariat " par le parti.


    Cette théorie sur le parti d'avant-garde s'appuie en plus sur une vision du communisme qui n'est ni la justice, ni la démocratie, ni la satisfaction des besoins humains, ni l'égalité, mais tout à fait autre chose de bien plus abstrait. La vision humaniste du communisme fut un habillage destiné précisément …. au peuple.

     

    Qu'est-ce que le communisme ?

    Quand on cherche une définition du communisme, il faut revenir à Marx et aux ajouts de Lénine. Il est important de revenir à la définition théorique dont personne ne parle et pour cause. Certains "humanistes" marxistes définissent le communisme comme étant, dans les textes et pour l'avenir, l'appropriation collective des moyens de production par les masses, en vue de définir ensemble une société juste, égalitaire, où les besoins humains seraient satisfaits prioritairement. Nous disons: c'est faux; il n'a jamais été défini ainsi, sauf à reconstruire, avec des petits bouts de phrases piochées un peu partout, ce qui n'a pas vraiment été pensé de façon synthétique, en premier lieu par Marx.

     

    Le communisme comporte plusieurs volets :
    C'est essentiellement un mode de production "supérieur" au capitalisme, qui reprendra "les aquis positifs du capitalisme" (lettre de Marx à Vera Zassoulitch), c'est à dire la grande industrie, l'automatisation, la rationalisation du travail, la productivité; le tout mesuré par le niveau des forces productives (dont on ne sait ce que c'est de façon claire), sous la direction du prolétariat en vue d'une appropriation sociale des moyens de production (par l'Etat); une domination totale de la nature par la science, et une absence de réflexion sur la grave question des besoins. Marx a bien expliqué qu'il n'étudiait pas "l'économie politique des valeurs d'usage" mais le capitalisme, et il ne revient pas fondamentalement sur cette question en évoquant le communisme. Ses écrits sont émaillés de propos intéressants sur les besoins humains, mais il n'a jamais défini le communisme comme ouvrant la voie à "L'economie politique des valeurs d'usage, définie et gérée par le peuple, au moyen de la science contrôlée par le peuple".


    a)-Un mode de production supérieur.

    Marx rêvait, sur la base des "acquis positifs" du capitalisme (son niveau technique, scientifique, son industrie gigantesque..) construire une société supérieure, le communisme, en transférant les moyens de production de la sphère privée, à la sphère sociale où le prolétariat aurait le pouvoir (relire "le Manifeste communiste" très intéressant à cet égard).

    Marx indiquait que le capitalisme était, de son point de vue, la civilisation la plus avancée dans l'histoire, mais devait être dépassé par le communisme, sous peine de sombrer dans la barbarie. Il avait classé les sociétés en sociétés inférieures ou archaïques, et en sociétés supérieures, selon le niveau atteint de leurs forces productives. Son schéma était purement occidental et fondé incontestablement sur un déterminisme historique (les passages obligés). Néanmoins, l'utilisation du concept du "mode de production asiatique", dans ses textes sur l'Inde, lui avait permis d'imaginer des entorses à la description de sa succession historique des modes de production. Il n'en a été fait aucun usage par ses successeurs, sauf très tardivement par un historien anthropologue du PCF dans les années soixante.

    Le communisme consistait en effet à dépasser le capitalisme, à promouvoir l'industrie à la vitesse V, à l'aide de la science et des techniques capitalistes mal utilisées, ou barbares. Le mot d'ordre de base était l'accroissement de la productivité du travail à un niveau inégalé ( Cf les écrits de Lénine, puis deTrotsky, dans " la révolution trahie " par ex).

    La démocratie et la justice furent le cadet des soucis des bolchéviks, car de leur point de vue, une industrie de très haut niveau allait tout résoudre, c'est à dire l'ensemble des problèmes humains. " Le communisme se fondera sur l'électricité et les soviets" (soviets bolchévisés naturellement) écrivait Lénine.


    En conséquence, nécessairement les bolchéviks devaient confisquer la révolution de février avec ses soviets, qu'ils regardaient de travers, surtout Lénine, car ces soviets se posaient de mauvaises questions, conformes à la pensée du petit peuple, et allaient à pas de tortue. Tandis qu'eux, les bolchéviks savaient quelles directions prendre. C'est bien pourquoi les paysans et les artisans, anticapitalistes par essence, ne les intéressaient pas. Le but des bolchéviks n'était pas d'abord de satisfaire les besoins humains en demandant l'avis des humains, mais de s'appuyer sur les conquêtes industrielles du capitalisme pour, grâce à la " science", promouvoir une industrie qui fonctionnerait toute seule et irait vers la maîtrise totale de la nature (la terre, l'environnement, les animaux, les hommes).

     

    b) L'appropriation n'a jamais été définie comme devant être collective.

    Marx voyait dans les nationalisations le pont vers le communisme. Les bolcheviks ont été obligés de surfer sur le mot "collectif" pour se faire entendre des masses : "Propriété collective" , "collectivisation". En réalité ils n'avaient en tête que l'étatisation, par un Etat dirigé par eux.

    Marx a employé une fois, dans le cadre de l'AIT, l'expression "travailleur collectif" en raison de la présence de Bakounine. Il se méfiait en réalité de la propriété réellement collective, qui était très souvent la propriété paysanne. Pour la simple raison que la paysannerie lui semblait devoir être dépassée en tant que classe sociale, par un prolétariat agricole agissant sur de très grendes surfaces avec les techniques les plus modernes.

    De fait, les seules propriétés agricoles furent en URSS la propriété directement étatique, le sovkhose, et la propriété gérée par le parti et son bureau politique, le kolkhoze. La propriété des moyens de production industrielle était étatique, aux mains d'une nomenclatura dont les membres s'assassinaient entre eux.


    En fin de compte les rapports de production dits collectifs par l'intermédiaire de l'Etat ouvrier et paysan et du parti, ne furent que des rapports de production étatiques.

    Lénine ne mettra pas longtemps cependant à écrire, dès 1921, qu'en réalité l'URSS était à la tête d'un capitalisme d'Etat dirigé par un gouvernement "ouvrier et paysan", et que le communisme était encore lointain .

     

    c)-Le caractère supérieur du communisme devait se concrétiser dans le très haut niveau des forces productives , dans des rapports de production nouveaux .


    Les forces productives relèvent d'une inconnue chez Marx, bien qu'elles furent un enjeu idéologique considérable par la suite (cf la rubrique sur les forces productives dans notre site) entre autres pour Trotsky.


    Tout d'abord, on cherche vainement une définition des forces productives dans les œuvres de Marx. On peut comprendre, d'après les textes, qu'il reprend la définition qu'en donne l'allemand List en 1848. Le capital (les moyens de production capitalistes) y tient la place essentielle, à côté des ressources naturelles utilisées et les forces productives humaines, non pas en général mais salariées.
    Marx explique lui-même que les sociétés traditionnelles ont vécu des millénaires sans capital (différent du patrimoine). C'est à partir de là qu'il parle de l'immobilisme des sociétés paysannes dans l'histoire, particulièrement dans les sociétés asiatiques, en raison de l'absence de croissance des forces productives.

    Pourtant Marx voit l'histoire comme celle du développement des forces productives. C' est une vue purement occidentale, qui ne concernait absolument pas l'Asie par exemple, ni l'Amérique latine, ni l'Afrique ; c'est aussi une vue purement capitaliste. Cela laissait supposer que le communisme ferait encore croître les forces productives ! C'est à notre avis réduiret le communisme à n'être qu'une simple continuation du capitalisme. Rien ne dit dans ce schéma que cette progression doive s'arrêter. Marx n'a pratiquement rien écrit sur le fonctionnement du communisme, sauf qu'à moment donné ce dernier n'aurait plus besoin d'Etat.
    Selon ce schéma, encore une fois, la classe paysanne ne pouvait avoir un rôle révolutionnaire, puisque sa fonction traditionnelle et historique n'est pas de faire croître le capital, mais de fournir une production utile aux besoins.


    d)-La progression des forces productives ne peut se faire, selon Marx, que sous l'égide d'une classe dominante révolutionnaire, le prolétariat, qui prend la place de celle qui ne peut plus la réaliser dans des rapports de production devenus trop étroits.


    En réalité le prolétariat sera représenté par le parti d'avant-garde (Lénine), c'est-à-dire son bureau politique, c'est-à-dire son chef. Dans le cadre évidemment d'un parti unique impossible à contrôler puisqu'il constituait la négation de la démocratie.
    Cette vision globale des choses ne pouvait qu'aiguiser au centuple les appétits de pouvoir d'une petite caste, qui passerait par-dessus bord la morale la plus élémentaire. Elle ne pouvait donc que produire, dans la bataille pour le pouvoir, une société de terreur. Et ceci à l'insu probable des bolchéviks au départ.


    Mais la machine, une fois lancée (parti unique, guépéou, soviets maîtrisés, étatisation massive…), a broyé les hommes, produit des monstres, dont le NKVD, produit des famines gigantesques, jusqu'à l'effondrement. Tout ceci n'étant qu'un produit de l'idéologie, et pas obligatoirement au départ un produit d'une malhonnêteté constatée . L'affirmation de Trotsky sur la trahison de la révolution est probablement une vue de l'esprit, une continuation d'un raisonnement idéologique. Un parti unique lancé sur une idée folle agit bien au-delà de la trahison. Il agit pour le pouvoir.


    e) L'homme "nouveau".

    Les bolcheviks disaient vouloir faire émerger l'homme nouveau de la révolution. Un homme débarrassé de ses aliénations, un homme qui ne serait plus exploité, un homme qui pourrait se livrer à ses facultés créatrices. C'est ce qu'ils annonçaient. C'est sur ces bases que des milliers de citoyens russes, les ouvriers, les intellectuels, les savants, les artistes, les poètes, ont embrassé la cause du communisme; puis finirent par millions dans les prisons, les goulags, ou moururent d'une balle dans la tête.

    L'un des premiers à avoir formulé cette idée de l'homme nouveau fut Babeuf au tout début du 19ème siècle. Son idée fondamentale était qu'il fallait forcer le changement, en obligeant l'homme à de nouvelles attitudes, quitte à instaurer pour un certain temps un régime non démocratique.

    A quoi pouvait-on obliger le citoyen dans l'esprit des bolchéviks ? A en finir avec la propriété individuelle et son idée même, à en finir avec la tradition, avec la religion, avec la culture paysanne, avec la pérénité des classes paysannes, artisanales et commerçantes...Il lui fallait rompre avec le passé. Il convenait d'obtenir de lui qu'il sache que la voie communiste était celle de la science, de la productivité, que la collectivité devait se fondre dans la "propriété sociale", que le prolétariat était la seule classe d'avant garde, et que la voie de l'avenir passait par l'obéissance au parti bolchévique.

    Dans ce cadre, l'instruction était vue comme un apprentissage à ces nouvelles idées, et non comme un apprentissage à la critique. Le doute était exclu. Celui qui doutait était une ennemi potentiel et faisait perdre du temps. Or il fallait aller vite puisque l'objectif était de dépasser le capitalisme en un temps record.

    Le poète Essenine qui se suicide en 1925 est vu comme le poète du passé, qui, comme l'indique un autre poète, Maïakovski, préfère mourir plutôt que reconstruire l'avenir. L'ironie voudra que Maïakovski se suicide lui-même en 1930. Ce rappel nous semble significatif.

    En réalité que signifie "l'homme nouveau" ? Dans une société de parti unique, où la voix de l'opposition est étouffée très rapidement, où les humains sont soumis à des normes de comportement et d'acceptation, l'homme nouveau doit être discipliné et assujetti à une nouvelle aliénation. Il doit rompre avec ses racines, avec sa culture propre et ses convictions religieuses, avec l'art traditionnel; il doit "s'homogénéiser" sinon il est dangereux.

    Ceux qui ont cru, comme le poète juif Peretz Markish, que la nouvelle société serait plurielle, ouverte et tolérante, riche de ses différentes cultures, dans le but d'une créativité nouvelle qui ferait le lien avec le meilleur du passé, périrent. Après bien d'autres comme Mandelstam mort dans un goulag en 1938, Markish fut condamné à mort pour nationalisme alors qu'il était pour la renaissance du yiddish. Il fut assassiné d'une balle dans la tête en 1952.

    Cette évocation de la situation des poètes, qui ne purent entre autres tolérer les famines organisées contre la paysannerie, en dit long sur l'homme "nouveau".

    Dans une telle société où la délation devint vite une exigence du système, l'homme nouveau émergea de la promotion des minables, des corrompus, des incultes et sans morale, des bourreaux, dont le prototype fut le salarié de la guépéou, de la tchéka, du NKVD, ou les juges.... Celui qui voulait penser librement, devait se taire, ou vivre dans la misère. Il suffit de lire "J'ai choisi la liberté" de Kravchenko sorti en 1947, puis le récit de son procès, "J'ai choisi la justice" en 1949.

     

    f) la suppression du travail humain.

    Dans le cadre du communisme théorique, où la machine doit remplacer l'homme, il va de soi que le travail humain devient inutile et que la société doit aller vers les loisirs..... Selon Marx, si le capitalisme ne peut intégralement automatiser la production, c'est parce que la plus-value disparaîtrait, faute de prolétaires. Il faut donc conserver des prolétaires dans le capitalisme. Mais dans ce mouvement, la valeur des marchandises (produits et services) tend normalement vers 0. Etant entendu que la valeur de la monnaie peut à l'inverse faire croître les prix. La suppression de la monnaie restituera un prix à la valeur même du produit, selon Marx.

    Description purement théorique. Dans la réalité, le communisme réintégra l'esclavage humain par le travail gratuit dans les goulags. La demande de main d'oeuvre gratuite réglementait le nombre de condamnés au goulag (cf Kravchenko). De même le communsime institua la pire des exploitations, rarement atteinte dans le capitalisme, mais à laquelle aspirent aujourd'hui les néolibéraux dans la "stratégie du choc".

    Mais lzes écrits de Marx sur la journée de travail de quelques heures par jour en fit rêver plus d'un. En effet, Marx voyait très clairement se volatiliser le travail pour produire ce qui est nécessaire à la vie. La diminution continue de la durée hebdomadaire du travail, produit type de la lutte des classes ( ne parlons pas des 35h trivialisées ou édulcorées par Martine Aubry en 1998 et 2000, par la flexibilité des horaires), a été prise comme exemple de cette tendance, et a été à notre avis sciemment confondue avec le temps de travail nécessaire pour produire.

    Dans cette discussion, le travail salarié propre au capitalisme est volontairement confondu avec le travail humain tout court.

    Selon nous, et dans la perspective de retravailler ce point de façon très sérieuse, la suppresssion du travail humain est la chose la plus folle, la plus barbare qui ait jamais été pensé, mais dont nous n'avons pas conscience, car nous confondons également le travail humain dans son éthymologie (la recherche, la création, le travail critique, le développement conjoint du travail intellectuel et du travail manuel dans la recherche du mieux être collectif, l'art, l'utilisation maximum de notre cerveau pour plus d'humanité et de développement de soi-même...) avec le travail esclavagiste, avec le travail salarié capitaliste, avec le travail aliéné de production de marchandises dangereuses et débilitantes....

    Sans compter que pour restaurer tout ce qui a été détruit par les sociétés capitaliste et communiste, pour réparer ce qui a été désertifier, pour remettre en état les cerveaux et le psychisme des jeunes générations, il faudra déployer des quantités de travail dont nous n'avons pas idée.

     

    En conclusion :

    Nous devons constater que ce n'est pas le capitalisme qui s'est effondré, mais le communisme.

    Nous constatons également que la question de ce que la science, au service des besoins humains, pourrait produire, n'est jamais abordée ou très rarement par les marxistes, comme si la science ne pouvait se distinguer de la grande industrie et du productivisme.

     

     

    LE GRAND VIDE POLITIQUE A L' EXTREME GAUCHE SUR CES QUESTIONS.

    Quels que soient les efforts faits pour faire un bilan, concernant les questions ci-dessus, les différents groupes politiques existants tendent toujours, soit vers l'illusoire gestion du capitalisme, soit vers l'idée que le salut reste dans le communisme. Entre ces deux tendances, un travail de réflexion pourtant intense se développe mais ne donne pas encore lieu à des mouvements importants susceptibles de mettre en cause la "démocratie parlementaire" telle qu'elle fonctionne et d'impulser des "réformes" dès maintenant.

    L'effondrement du communisme en URSS en 1989, et par suite de la partie du marxisme ayant donné lieu à cette perspective, aboutit à un vide durable dans ce qu'on peut appeler l'extrême gauche. Mais bien avant cet effondrement, l'attitude cynique d'alliance des bolchéviks avec les nationalistes allemands dans les années 20, avait donné du crédit à l'idée des socialistes allemands vers un infléchissement possible du capitalisme dans un sens favorable aux salariés. En effet, pour résister à la violence bolchévique, ces derniers ont construit un réformisme qui excluait toute action révolutionnaire.

    Cette idée du réformisme a été acquise dès avant même l'expérience des dites "trente glorieuses" d'après la seconde guerre mondiale. Et les communistes eux-mêmes ont accrédité, dans cette dernière période, la possibilité de gérer le capital, au travers des nationalisations et d'un Etat tout puissant dont la nature de classe devait s'estomper .....

    L'extrême gauche a voulu se construire contre cete dérive, mais sans mettre en cause la politique bolchévique. Cet empêchement à douter de ceux qui étaient censés avoir fait la révolution, alors qu'ils n'avaient fait que l'étouffer, a abouti à un corpus de dogmes propres à conserver le monde en l'état, sans en toucher les fondements. En effet il a fallu cacher le fait que le pouvoir bolchévik a eu une politique de "défense de l'Etat", de son propre Etat, mais jamais une politique d'extension du pouvoir des soviets ouverts à tous, en vue d'une économie de satisfaction des besoins. Jamais.

    L'effondrement lui-même a provoqué:

    -le rejet de la perspective de la révolution sociale comme solution à la barbarie capitaliste, et il est vrai que cette perspective, répétée comme un leitmotiv par certains, est largement sans contenu.

    -la faiblesse de l'analyse de l'évolution du capitalisme: refus de voir la mondialisation comme étant "la stratégie du choc". Ce qui se passe en Europe actuellement est vu comme "une crise" du capitalisme, et non comme une politique délibérée de la direction européenne, pour briser et émietter le salariat ( la situation en Grèce et en Espagne est cependant parlante)

    -le rejet implicite de la perspective des "conseils" (soviets en russe), et de la démocratie à la base. Ignorance des soviets en février 1917, en Ukraine, et dans le monde paysan jusqu'en 1929. Méfiance vis à vis de toute démocratie à la base.

    -le rejet ou l'inattention portée aux questions d'une internationale: incapacité à imaginer une internationale des travailleurs et des peuples opprimés, toutes tendances confondues. On en reste à l'idée que l'internationale ne peut être que communiste.

    -A l'inverse, le "pouvoir des experts" résulte pour partie de l'expérience bolchévique, puisque le pouvoir des bolchéviks a bien été celui des intellectuels marxistes "qui savaient" contre le pouvoir des masses. L'idée de l'incapacité de celles-ci à gérer leurs propres affaires est fortement encrée dans l'esprit de chacun, d'autant que les masses elles-mêmes ont intériorisé l'idée de leur incapacité: confiance absolue dans les responsables, qu'ils soient mandatés ou non.

    Ces conséquences seront durables, bien que des pans entiers de la population et de la jeunesse s'orientent vers des solutions inédites de résistance, de démocratie.... dans des combats régionaux et locaux.

     

    Controverses sur la " révolution " d'octobre

    Du point de vue de ce qui précède, les mots " la révolution d'octobre " relèvent d' une falsification ou un travestissement de langage ( propre au langage du novlangue à la façon d'Orwell). La révolution sociale s'est produite en février 17 et a donné les soviets plus une situation de double pouvoir : soviets et pouvoir parlementaire pro-bourgeois de Kérenski. Double pouvoir dont le processus a été stoppé par la prise militaire du Palais d'hiver par les bolchéviks, la bolchévisation des soviets, sauf ceux des paysans, tâche qui sera dévolue à Staline à partir de 1929. Le traité de Brest Litovsk entre dans le cadre de la bolchévisation par la remise de l'Ukraine à l'Allemagne qui constitue un crime et le début de la guerre civile.


    La consolidation du pouvoir des soviets en Ukraine, l'appel aux soldats allemands pour constituer leurs propres soviets (ce qu'ils ont fait dès le début de 1918), c'est-à-dire la recherche de la désorganisation de l'armée allemande, à l'aide des spartakistes, aurait sans doute été le meilleur moyen de stopper la guerre. C'est un côté inexploré de la recherche historique...


    La dite révolution d'octobre signifie, selon nous, une confiscation de la révolution sociale de février par un coup d'Etat des bolchéviks.
    Mais l'ensemble des problèmes relatifs à la révolution de février 1917 ayant été posés dans le cadre des dogmes des bolchéviks, et ceux-ci s'étant donné l'auréole de la réalisation de la révolution, il n'a jamais été permis d'en discuter sérieusement.

    Une question essentielle est celle du traité de Brest Litovsk voté à une très courte majorité. Les éléments relatifs à ce problème pourront être donnés dans une autre rubrique.

    Conclusion : formatage capitaliste, formatage communiste. La grande aliénation du 20ème siècle : la science du discours


    L'engouement des masses pour le communisme a été extraordinaire. Il convient de comprendre pourquoi. Les bolchéviks s'en sont pris aux religions, opium du peuple, en oubliant que Marx disait également d'elles qu'elles exprimaient la grande souffrance du peuple.

    Le formatage des esprits, sur un imaginaire de la révolution russe, a surtout bien marché en Occident, loin de la réalité de la délation, de la terreur, de la famine et du goulag. Il a été peu contesté par la droite, celle-ci y trouvant son compte.
    Les illusions, orchestrées par les PC, ont constitué une force immense capable pendant des années de gommer les effets par exemple du procès Kravchenko en 1949 en France. Bien qu'ayant produit une grande émotion sur le moment, la main- mise du PC sur la conscience ouvrière et populaire, le fera vite oublier, avec le soutien d'ailleurs d'intellectuels renommés.
    Soumission, abandon de tout esprit critique et de la recherche libre, c'est la grande aliénation produite par les communistes pendant plus de 70 ans.

    A cette aliénation, s'ajoute celle propre au capitalisme qui a su mettre à la portée des gens d'autres moyens extraordinaires de soumission, et de liquidation de la pensée critique : l'achat de la paix sociale par les " grands acquis sociaux ", le crédit, la consommation de masse, la télévision, les grandes surfaces , le téléphone portable et de tous les gadgets qui traînent autour, dans une réalité où pourtant l'exploitation est prégnante, terriblement efficace….où les emplois disparaissent, où des guerres dévastatrices ont lieu. Une idée du bonheur marchand sur terre.

    Le discours indiquant qu'il y a eu erreur dans l'application du communisme et que l'on pourrait restituer enfin le vrai visage du communisme, est un discours de paresse intellectuelle. C'est un discours de confort pour qu'en définitive rien ne change.
    C'est le même discours que ceux qui disent " Tentons de réformer le capitalisme puisque le communisme fut une illusion….".

    Dans les deux cas, c'est une façon de différer la discussion libre sur les fondements du communisme, et d'éloigner la question de la résolution des vrais problèmes entre autres de la démocratie à la base, et la définition des besoins humains aujourd'hui.


    Mais le pire est de sous-entendre que si le " vrai " communisme n'était plus possible, alors plus rien ne serait possible. C'est une vraie science du discours et une autre forme d'idéologie, celle du verrouillage obligé des perspectives.

     

    De façon urgente, il faut restituer une " association internationale des travailleurs et des peuples " contre les méfaits de la société marchande, pour une société dont le but sera de satisfaire les besoins humains à l'aide d'assemblées ou conseils populaires, dont les membres seront révocables à tous moments, dans la plus grande diversité. Seules ces assemblées ou conseils décideront que produire, comment produire, pour qui produire. Les partis politiques existeront sauf un parti d'avant-garde qu'il faudra pourchasser !

    On peut créer des comités pour la renaissance d'une telle association internationale. Il faut en finir avec l'idée d'une internationale qui ne serait que communiste et qui d'ailleurs a été anéantie par les communistes.

     


    Première version le 27-8-12

    corrigée 3 -11-2012, le 18-5-2013

     

     

     

     

    L'URSS et la révolution allemande.

    (le point de vue de la défense de l'Etat n'a rien à voir avec celui de la lutte des classes).

    Le livre de Margarette Buber-Neumann, pourtant sorti en 1971, sur l'histoire du Komintern, a subi le même sort que celui de Kravchenko sur l'URSS "J'ai choisi la liberté" , sorti en 1947. Ces deux livres comme le Staline de Souvarine (où Souvarine est hésitant quant à ce qu'il pense de Lénine) ont été savamment oubliés, pas seulement par les "marxistes officiels" des PC, mais par les trotskystes et tous les marxistes dissidents. En vue de protéger le léninisme. Evidemment, ce ne sont pas les historiens pro-capitalistes qui allaient faire de la publicité pour ces livres. Mieux valait laisser les salariés à leurs illusions.

    Le livre cité met en lumière les réalités suivantes:

    -Le PCUS a protégé l'URSS en tant qu'Etat, et non en tant que République de soviets libres et démocratiques, c'est à dire en tant qu'appareil du pouvoir au service d'une poignée d'intellectuels, se disant représenter le prolétariat et porter ses souhaits (certains avaient vu clairement ce que signifiait cette perspective, comme par ex l'anarchiste B qui s'est opposé à Marx dans l'AIT au 19ème siècle).

    -De ce fait l'URSS en tant qu'Etat a entendu de suite protéger ses arrières, à la fois contre le prolétariat international en inféodant autoritairement tous les PC au PCUS, au travers de l'Internatioanle communiste IC (dont les 4 premiers congrès sont vénérés par les trotskystes), et contre des agressions possibles des Etats capitalistes.

    -Pour ce faire, selon Buber-Neumann, la révolution allemande a été objectivement sabordée par la direction du PCUS et de l'IC (Le Komintern), qui voulait faire des communistes allemands des sujets soumis au PCUS, et de l'Allemagne une région industrielle annexée à l'URSS. L'opposition communiste allemande a fait échouer cette vision des choses à ses dépens, et, les USA, conscients de ce qui était en train de se passer, à l'aide de Keynes (son analyse du traité de Versailles), ont proposé le plan DAWES pour permettre à l'Allemagne de se redresser avec l'aide du SPD dans la République de Weimar. Le PCUS a fait jouer à la socialdémocratie ce rôle historique, apparemment contre-révolutionnaire, puisque opposé à l'URSS, puis franchement contre-révolutionnaire, puisque le SPD a dû s'opposer frontalement aux ouvriers, et a donc finalement choisi son camp....même si les nazis en ont poursuivi les membres.

    -Devant l'échec de cette stratégie, le PCUS, craignant l'encerclement de l'ENTENTE, a toujours cherché secrètement l'alliance avec les nationalistes allemands, c'est à dire les nationaux-socialistes antisémites, jusqu'à les soutenir dans leur vélleité de redressement national contre la France et la GB (cf quelques traités oubliés dont le traité de Rapalo...). les nationalistes ont joué le jeu, craignant par dessus tout l'impérialisme français et de la GB. L'occupation de la Ruhr a été vécue comme la pire des humiliations.

    -Cette stratégie a été inspirée de Lénine (recherche du soutien de l'Allemagne pour la traversée de l'Europe en 1917, pour quelques dizaines de bolchéviks, par l'intermédiaire de l'affeux émissaire Radek. Episode du train blindé). Lénine préférait à l'avance s'allier à l'Allemagne contre l'Entente, soit en cas de victoire de ce pays, soit en cas de défaite...Cela éclaire d'un jour nouveau la paix de Brest Litovsk de 1918.

    -Dans une perspective violemment anti-soviets, et nationaliste, l'URSS aurait favorisé la montée du national socialisme. La phase finale est le traité germano-soviétique, dont les raisons ne font plus mystère. Mais là, Hitler s'est montré plus fin politique que Staline.

    (Livre à lire et à discuter)

    novembre 2012

     

    REVOLUTION ALLEMANDE de 1918 dans le cadre de l'existence de l'URSS: points de repères

    (§ à travailler)

    -Le 4-8-1914 : création du mouvement spartakiste en Allemagne
    Fin 1916 : mouvements de plus en plus importants contre la guerre en Allemagne


    - le 2-12-1917 , les bolchéviks au pouvoir s'empressent de signer l'armistice avec l'Allemagne. Selon Souvarine, dans son livre "Staline " et Buber-Neumann, il s'agirait vraisemblablement de soulager le front Est de l'Allemagne, afin que cette dernière porte des efforts accrus contre la France. Le discours officiel s'appuie sur la haine légitime de la guerre pour clamer " A bas la guerre ".
    Lénine a déjà de forts liens avec les nationalistes allemands : ébauche d'alliance en vue de défendre le futur Etat russe, et de protéger l'Allemagne contre l'impérialisme français.
    A l'évidence les bolchéviks ignorent largement les spartakistes. Ou veulent en faire un groupe inféodé.


    6-1-1918 : réunion et dissolution de la Constituante en URSS, ce qui en dit long sur ce que veulent faire les bolchéviks.


    -Le 3 mars 1918, la paix de Brest Litovsk est signée à l'arrachée. Une attitude internationaliste eût voulu que les bolchéviks s'adressent à la population allemande, dont une grande majorité aurait été réceptive à la fin de la guerre. Les bolchéviks se débarrassent de l'Ukraine anarchiste et la livre à la police allemande, au risque de famine en Russie.
    Boukharine voit dans la signature de cette paix la préface à une coexistence pacifique qui aboutira à la dégénérescence de la révolution… C'est l'affirmation inverse de Lénine sur la certitude de la révolution en Europe qui vaincra ses extrêmes réserves (p 118 le Parti Bolchévique de Broué)

    -le 27-8-18, l'accord sur les clauses de la fin de la guerre, entre l'URSS et l'Allemagne, saigne l'URSS, et se présente objectivement comme un gage de bonne volonté ou de non-agression vis-à-vis de l'Allemagne, contre la population russe.. dans le même temps aussi où l'URSS a besoin de son armée pour lutter aux frontières sud contre ses ennemis… situation compliquée où le parti bolchévique s'est isolé dans cette lutte, en perdant l'appui des menchéviks et des SR par la dissolution de la Constituante. Les ennemis sont internes et externes. Voie vers la suppression de toutes les libertés.


    -Le 1-10-18 : Première conférence nationale des spartakistes (voir avec plus de précision ce qu'il s'y dit)
    Toute cette année 1918, les bolchéviks font comme si rien ne se passait en Allemagne, alors qu'ils annoncent l'inéluctabilité de la révolution en Europe


    -Le 28-10-1918, le Reich est renversé en Allemagne pour faire place à la démocratie parlementaire. Insurrection des soldats et marins contre la guerre, qui s'étend aux bassins industriels. Création de conseils ouvriers et de soldats sur le mode russe.
    Décalage total entre ces derniers évènements et ce qui se passe en URSS où les soviets sont quasiment sous contrôle bolchévique, et où le premier souci du parti bolchévique est la défense de l'URSS.


    -Le 9-11-1918, la République est proclamée en Allemagne. Un gouvernement appelé Conseil des commissaires du peuple composé de socialistes de droite et de gauche où se trouvent des spartakistes, approuvé par un conseil ouvrier de Berlin, est récusé par les spartakistes, qui signent ainsi leur arrêt de mort et l'effilochement de la révolution par leur faute.
    Explication possible : les spartakistes sont persuadés que l'URSS va les aider, qu'ils peuvent se permettre d'être sans compromis, n'ont pas compris la différence entre un Conseil ouvrier et un parti, n'ont visiblement pas conscience que la population allemande, blessée par la défaite en cours, est très nationaliste y compris une grande partie des ouvriers, et n'est pas majoritairement communiste, exactement comme en Russie de 1917. Ils ont l'illusion qu'ils peuvent gagner la majorité dans un conseil des commissaires, ce qui est faux. En fait ils sont ignorants sur la façon dont les bolchéviks, minoritaires, ont pris le pouvoir. Leur récusation de ce gouvernement fait peur ..

    -11-11-1918 : armistice et fin de la guerre

    -les 16 au 20-12 1918, au congrès des conseils d'ouvriers et de soldats en Allemagne, la droite socialiste obtient la majorité, et va vers une assemblée nationale. Les spartakistes se privent de contribuer à renforcer les conseils parce qu'ils ont en vue le combat pour devenir majoritaires, et ils produisent finalement la méfiance contre les conseils.
    Il y a en plus malentendu entre les bolchéviks et les spartakistes, et ignorance de ces derniers sur ce qui s'est réellement passé en URSS.
    Les spartakistes se séparent du SPD et fondent le KPD, parti communiste qui va se marginaliser et verra l'assassinat le 15-1-1919 de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht par les Freikops (paramilitaires)

    -Dans l'Assemblée constituante élue le 19-1-1919, 45% des voix vont au SPD. C'est la République de Weimar. Une République des conseils se constitue à Munich en Bavière mais sera écrasée par l'armée régulière et les Freikops, sortes milices d'extrême droite nationalistes).

    Le KPD s'étiole. C'est sur la base de ce qui précède que les bolchéviks vont s'accaparer ce parti et le mener à la défaite de 1919 à 1933.

    janvier 2013

     

    BOLCHEVISME ET EXTENSION DE LA REVOLUTION

     

    (quelques remarques importantes)
    L'interprétation du bolchévisme par les tenants de la révolution mondiale n'auraient-ils pas fait un contresens historique ? Et ne serions-nous pas en train de faire les frais de ce contresens ?

    N'auraient-ils pas inventé, sous l'effet de la force d'un discours, une théorie dite émancipatrice, dont le contenu se révèlerait aujourd'hui conservateur, porteur de soutien aux pouvoirs dominants depuis le début, créateur de pouvoirs despotiques à tous les niveaux… ?
    A l'inverse, dans la tradition communiste des premières années, puis dans la tradition trostkyste, il a toujours été dit que le bolchévisme portait par définition en lui-même l'extension de la révolution. Le bolchévisme ne se donnait-il pas pour but immédiat d'aider la révolution allemande à éclore, et à se développer ? Ne trouve-t-on pas chez Lénine des quantités d'affirmations en ce sens ? La révolution russe bolchévique n'ouvrait-elle pas la perspective de la révolution mondiale en passant par l'Allemagne ?
    De là est née la puissance du discours visant à maintenir les masses sous la férule du despotisme naissant, et à maintenir les militants organisés, dans un carcan de soumission intellectuelle en vue de cette perspective mirifique capable de balayer le désespoir sur terre.
    Escroquerie intellectuelle ?
    De ce point de vue, à y regarder de près aujourd'hui, il n'y a pas eu, sauf dans l'esprit échauffé des protagonistes, d'un côté les partisans de la révolution mondiale (Lénine et Trotsky) et de l'autre les partisans du socialisme dans un seul pays (Staline). C'est une pure construction intellectuelle idéologique visant à étoffer un combat (ou à donner des arguments) entre des chefs qui voulaient le pouvoir dans la seule union soviétique.
    D'une part Lénine n'a cessé de penser, avant même la prise du pouvoir par les armes, à la façon dont le futur Etat serait façonné et défendu. Ses liens avec les nationalistes allemands précèdent la prise du pouvoir (voir ses relations avec Radek racontées entre autres par Souvarine dans " Staline "). Son alliance avec Ataturk contre le PC turc est prémonitoire de ce qui va se passer avec l'Allemagne. Il faut relire avec attention " le congrès des peuples d'Orient ". Seule comptela défense et la consolidation de l'Etat russe. On fait valoir la guerre civile qui aurait modifié les espoirs de départ. Mais cette guerre civile serait à ré-examiner à la lumière de l'extinction presque immédiate des soviets , et à l'empêchement de les étendre hors des frontières. Il fallait construire des partis communistes intransigeants et sectaires et non pas des soviets. La paix de BrestLitovsk de 1918 ne se faisait-elle pas sur le dos des soviets d'Ukraine, en vue de leur écrasement ?
    D'autre part, le bolchevisme est contradictoire, dans sa conception même, avec l'extension de la révolution ; il s'agit au contraire d'un rétrécissement de l'action révolutionnaire et non d'une ouverture. Que contient-il ?


    *Une lutte à mort pour le Parti unique
    *Une centralisation des décisions vers le seul BP du PCUS contre le pouvoir dans les usines aux travailleurs
    *Une limitation des libertés considérable et la destruction des comités d'usine de février 17
    *Le monopole absolu de l'Etat sur les moyens de l'information : papiers et imprimerie.
    *L'Imposition d'un seul modèle de production ("industriel prolétarien ", étatique, centralisé) nécessitant une police politique féroce.
    *Le refoulement de la créativité des masses au profit de la décision autoritaire venue d'en haut
    *La bolchévisation des soviets et leur transformation en organes administratifs


    Des excuses ont été données à cette orientation : on a parlé de l'encerclement de l'URSS ! Cet encerclement a été d'autant plus important que l'initiative des masses a été stoppée et frappée à mort ;
    On a parlé de la pénurie ; mais celle-ci a été d'autant plus importante que les soviets ont disparu, le communisme de guerre faisant des ravages, reconnu par Lénine lui-même.
    On a parlé ensuite des responsabilités de Zinoviev et Kamenev dans l'échec de la révolution allemande. Mais le flirt avec les nationalistes allemands (décrit dans le livre de Margarette Buber-Neumann), la conception de la révolution comme " coups de main " et insurrection d'une minorité armée, ont fait échouer les velléités de la révolution, ont permis d'écraser le prolétariat allemand, et ont attisé le rejet du communisme par la social-démocratie allemande.
    En outre le choix de la grande industrie contre les choix du salariat ouvrier et des producteurs russes, a induit une exploitation éhontée, un coulage sans précédent, un modèle de production qui n'a jamais été le choix des masses.
    Enfin, un point largement oublié des controverses : le bolchévisme a induit également un fonctionnement de parti totalement contraire au fonctionnement des soviets. Les membres du parti bolchévique intégrés dans un soviet ne s'en remettaient aux décisions d'un soviet que si celui-ci votait ce que le parti avait décidé. Jamais un bolkchévik ne s'est plié à la règle du vote démocratique d'un soviet. Il n'obéissait qu'à sa position de parti ; donc aucun soviet ne pouvait fonctionner dans ce cadre- là. C'est bien pourquoi le PCUS en a fini avec les soviets.
    Le fonctionnement du parti bolchévique contredit donc la dynamique du combat autonome des masses.
    Marx avait dit fort justement que les masses feraient la révolution mais pas le parti. Cette affirmation a été totalement contredite en URSS.
    13-9-13 revu le 11-10-13 AMC