(les articles les plus récents viennent en dernier lieu, comme "la question pachtoune" écrit en 2010, ci-dessous)
Un excellent article se trouve dans le Monde du 29-30/8/21 sous le plume de Bruno Philip, sur l'histoire de l'Afghanistan, qui complète notre étude sur les Pachtounes qu'on trouvera ci-dessous.
Cet article tient compte des mécanismes traditionnels de solidarité dans la société paysanne afghane, qui sont issus principalement de l'existence des tribus (c'est nous qui le disons), sans lesquels on ne peut comprendre l'attachement paysan à la société traditionnelle et aux chefs de guerre qui sont souvnt aussi des chefs de tribus.
Tous les colonisateurs ont voulu négliger l'étude de ce pays, et ils se sont naturellement cassés les dents. L'URSS a voulu confondre les chefs de tribus avec les féodaux européens. Ils ont vu tous les paysans se soulever et prendre les armes, au nom de la seule idéologie à leur portée, la religion musulmane venue des Mongols.
Les USA n'ont fait également aucun effort de réflexion, tandis que la CIA tentait de corrompre les chefs de guerre par de l'argent, en pourrissant le sommet de la société.
LES PAYSANS SONT ATTACHES A LA TRIBU ET HAÎSSENT LA FEODALITE.
Ceci pour des raisons très concrètes. La tribu prend soin de tous ses membres ( avec ses normes), ne laisse jamais personne dans la misère, disribue les terres, les semences, la production, sans que le chef de guerre soit propriétaire de la terre. C'est la tribu qui est propriétaire. Sur les femmes, c'est le système de la dot qui prédomine qui arrange tout le monde dans une société patriarcale. Les femmes bien sûr sont inférieures, mais le chef de guerre et de tribu n'a pas un droit de cuissage comme le féodal, sauf acceptation de la tribu qui a ses organes de décision. Rien d'une justice idéale loin de là, mais une solidarité tribale importante qui permet la stabilité sociale.
La possibilité de construire un Etat nation existait mais en préservant l'existant, et en proposant des service publics qui auraient doublé la solidarité existante, et ouvert d'autres perspectives. Ceci aurait pu se faire avec le consentement des responsables de tribus, en concertation et en douceur. Dès lors un parlement élu pouvait exister en plus des structures de décision des tribus, comme une sorte de double pouvoir. Le temps aurait décidé de son avenir.
Au lieu de cela plus de 5000 civils afghans sont morts, 70 000 soldats afghans, et peut-être 10 000 soldats de la coalition occidentale, absolument pour rien. En plus les USA ont fait Guantanamo, un vrai scandale !
2000 mds de dollars ont été dépensés indûment, tandisque que les talibans invaincus attendaient leur heure.
Les voilà aujourd'hui triomphants !
1-9-21
Aujourdhui 18 août le journal le Monde ose parler de "l'onde de choc mondiale" causée par la victoire des talibans, alors que cette victoire est préparée depuis longue date par les USA, avec l'approbation ou le silence de l'ensemble des pays occidentaux.
L'islamisme, soi-disant honni par l'Occident, après avoir présenté tous ses avantages en matière de dictature, pourrait-il sembler aujourd'hui acceptable ? Pourvu qu'il soit un peu loin..?. Ce serait apparemment une "issue" pour les peuples du Moyen Orient, entre autres pour l'Irak et le Liban.., autour de l'Iran, la Syrie .. De jolies dictatures en perspective pour les arabes qui rêvaient encore de leurs printemps !
Evidemment la Chine est en tête des pays qui vont collaborer ! Vive le Communisme ! Puis la Turquie, la Russie.....
Pendant ce temps, on nous a amusés avec le covid, l'Occident sautant à pieds joints sur l'exemple de la Chine: une maladie dont cette dernière s'est saisie pour aller plus loin dans la dictature . Aujourd'hui on nous amuse avec le dit passe-sanitaire. Les problèmes philosophiques sur la liberté se trouvent là et pas ailleurs.
Les démocrates, la "gauche", les écolos, les bien-pensants, marchent dans cette problématique, qui a vrillé notre cerveau sur un virus qui, soudainement, a avalé toutes les grippes et toutes les maladies respiratoires dont on meurt massivement habituellement, pour imposer la seule réalité du covid, virus très providentiel dont il faut remercier la Chine !. Sauf que celle-ci semble avoir éteint le feu avec l'Hydroxychloroquine.
La réorganisation du monde autour de l'islamisme triomphant, donc de la dictature, se fait pas à pas, à petits pas, pendant qu'on est occupé avec nos masques.
Si ce n'était désespérant, je nous trouverais ridiculement débiles.
Jamais un président américain, Jo Biden, après avoir réussi à chasser Trump, n'a assuré un tel triomphe à la dictature !
18-8-21
Avec la complicité et la caution des USA, les talibans aux aguets, ayant parfaitement compris le jeu des USA, reprennent possession du pays, par le nord, afin d'encercler la capitale Kaboul. L'armée américaine s'en va, Elle l'a négocié avec les talibans qui reviennent.
Mais les USA sont vaincus. Ils n'ont jamais pu défaire les talibans.
Ils les ont juste tenus à distance. Chassés ici, les talibans
réapparaisaient ailleurs. Les talibans issus essentiellement des pachtounes
sont invaincus. Les USA leur laissent finalement la place.
La situation oblige à se poser la question " Les USA valaient-ils
mieux que les talibans ? ". Les afghans, pris au piège, répondraient
sûrement "oui " à plus de 90 %, même si les USA,
puissance occupante, n'ont fait que la guerre pendant presque 20 ans. Ils n'ont
rien fait pour le peuple afghan, ils n'ont en rien aidé à construire
un Etat fédéral autour de services publics nécessaires,
n'ont pas cherché à unir des chefs de guerre autour d'un objectif
commun, par exemple une armée nationale reconnue par tous, bref s'est
fait honnir... mais moins que les talibans qui avaient martyrisé la population
pendant 5 ans précédemment. En effet les USA n'imposaient aucune
loi religieuse, permettaient aux femmes de vivre un semblant d'égalité
avec les hommes. Et de ce fait portaient en eux, qu'ils le veuillent ou non,
une idée de liberté à laquelle les afghans étaient
plus que sensibles.
D'ailleurs Jo Bien disait le 17-8-21:" Les USA n'ont jamais eu comme objectif de construire une nation en Afghanistan". .... "Notre mission (...) n'a jamais été censée créer une démocratie unifiée centralisée"...! Quel abominable aveu. Et encore :" Notre objecif unique reste aujourd'hui, et a toujours été, d'empêcher une attaque terroriste sur le sol américain". Cynisme achevé. Mais c'est là la vraie défaite des USA, une défaite qui nourrit le terrorisme. Et ils ont l'air de ne pas s'en douter.
De même un gradé de l'armée française, intervenant
dans le Monde (29 et 30 août) explique que la France est allée
en Afghanistan pour lutter contre les attentats terroristes et faire honneur
à l'OTAN," mais pas pour édifier la démocratie"
Ainsi tout le monde était d'accord sur ce qu'on ne ferait pas en Afghanistan.
Aujourd'hui les USA partent, vaincus sur le terrain même de leur chasse au terrorisme. Bien au contraire, tandis que les talibans se refaisaient une santé après l'annonce en 2003 de la destruction de l'Etat en Irak par les USA, en 2003, ceux-ci montraient ce qu'ils voulaient réellement; à savoir l'anéantissement de toute la région sous le faux prétexte d'abattre Al Qaïda et Ben Laden qui avaient pris leur indépendance par rapport à la CIA dès avant 2001. Tout en causant de démocratie ! Meilleur moyen de déconsidérer à jamais la démocratie aux yeux des chefs de guerre tous plus nationalistes les uns que les autres.
Ainsi les régions tombent les unes après les autres entre les
mains des talibans, ; les unes sans combat, les populations espérant
la vie sauve; les autres avec des combats meurtriers. Le Panchir fait face mais
jusqu'à quand ?
Tout était pourtant possible théoriquement avec l'argent américain
engagé dans la guerre (1000 mds de dollars) et distribué pour
corrompre les "élites" et chefs de guerre afghans. Que pouvait-on
attendre d'un pays capitaliste qui préférait gaspiller ses capitaux
plutôt que répondre aux attentes d'un peuple ? La France et les
pays de l'OTAN collaboraient à cette infamie.
Ils avaient tous promis des écoles, des universités, des hôpitaux,
des routes, des moyens de transports, une justice composée de magistrats
acquis à un Etat de droit s'appuyant sur la justice traditionnelle des
campagnes, un parlement porté par des services publics, une constitution
démocratique, une armée représentative de toutes les ethnies
au service du peuple, une aide à l'agriculture, l'égalité
acquise entre les femmes et les hommes. Des discussions avec les chefs de guerre
ont brièvemen "fait semblant"d'exister dans leur cadre traditionnel
pour les rallier à un régime parlementaire
.Mais les USA
discutaient en catimini avec les talibans d'une reddition. Comme l'a révélé
Jo Biden, les USA n'avaient aucune intention démocratique
Les femmes, les artistes, les jeunes s'étaient pourtant organisés malgré la guerre et espéraient. Tous croyaient à une paix possible entre toutes les composantes complexes de l'Afghanistan Pas un seul des pays occidentaux présents n'a tenu promesse. Pire qu'au temps de la colonisation !. Les USA tenaient les talibans à distance par la force et des compromissions coupables. Et ils ont annoncé qu'ils partaient, sachant ce que cela signifiait .dans un pays qu'ils avaient achevé de déstabiliser.
Ils livrent aujourd'hui le pays à des talibans devenus assassins, après
les exemples des comportements des soviétiques, et des américains
! C'est à peine si les USA et la France proposent à leurs collaborateurs
afghans des visas pour fuir. Ils le font mais au compte goutte. Ils savent ce
que vont advenir les femmes, les artistes, les intellectuels, les enseignants,
les jeunes, les sportifs
.Assassinés en masse, emprisonnés,
torturés, ou fuyant par milliers..
Le départ des américains signifie encore des réfugiés,
des exilés en masse, et une nouvelle catégorie de djihadistes
qui n'auront moins que jamais plus rien à perdre et se vengeront d'un
Occident menteur, comme toujours
Les pays, où l'ont vit le mieux, ont des gouvernements qui construisent méthodiquement pour le reste du monde, les conditions de la dictature, du désespoir, donc du terrorisme.
Jamais une telle faillite, une telle trahison n'avaient
eu lieu de cette façon en toute conscience, aussi froidement. L'Occident
regarde, l'Europe regarde.
N'y a-t-il pas eu assez de morts dans cette partie du monde tantôt sous
la responsabilité des communistes, tantôt sous celle des capitalistes
? Faut-il toujours aller vers le pire ?
Fin juillet 2021, les talibans sont aux portes du pouvoir (le Monde du 29-7-21), début août de grandes villes tombent entre leurs mains. L'armée afghane pour laquelle les USA ont aussi peu fait que la France pour l'arnée malienne, ne parvient plus à repousser les talibans. De- ci de- là les USA donnent encore un petit coup de main à cette armée fragile, mais commencent à évacuer le territoire.
L'Occident agit en toute transparence et scelle son ignominie et sa bassesse.. Qu'il s'agisse de la gestion des migrants et réfugiés dont il négocie des morts certaines; qu'il s'agisse des vaccins contre le covid qui n'en sont qu'à la phase 3 des essais des laboratoires jusqu'en 2022, dont les populations sont les cobayes; qu'il s'agisse de la préservation de l'environnement dont il se contrefout; qu'il s'agisse de l'industrie d'armements qui est le fer de lance de la relance de l'économie... etc etc
Les djihadistes un peu conséquents auront des arguments en or pour fustiger cet Occident dont l'abjection n'a jamais atteint ce degré de cynisme depuis le début du 20ème siècle..
Réécrit le 22-8-2021 AMC
Après la défaite des soviétiques, et la guerre civile qui s'ensuit, de la fin de 1989 à 1995, les talibans s'installent au pouvoir à Kaboul en 1996 jusqu'en 2001.
Le commandant Massoud du Panchir espérait, et avait peut-être l'étoffe pour cela, il espérait réunir l'ensemble des ethnies et construire une nation, composée de régions fédérées. Il a été assassiné le 9-9-2001 par des islamistes tunisiens ayant acquis la nationalité belge, au service de Ben Laden.
Deux jours après c'était l'attentat contre les 3 tours aux USA.
Cet attentat déclenche l'intervention des USA en Afghanistan sous le prétexte de se faire livrer Ben Laden. Les USA chassent les talibans et occupent le pays de 2001 à 2021. Ils font la guerre pendant 20 ans.
(voir la QUESTION PACHTOUNE ci-dessous)
(voir la rubrique "métaux" pour l'Afghanistan)
(30 -10-2009)
On sait que Karzaï, mis en place par les USA, a des relations plus ou moins louches avec les chefs de guerre et les talibans, et qu'il est à l'origine du bourrage des urnes dans les élections présidéntielles..
On apprend que l'un de ses frères fait du trafic de drogue, et surtout qu'un autre frère Ahmed Wali Karzaï "émarge à la CIA depuis 8 ans". En même temps, il a des relations avec les talibans et monte une force paramilitaire contre les insurgés. (Le Monde du 30-10-09)
Avec tous les espions que les USA utilisent et payent dans tous les pays, comment se fait-il qu'on ne sache où se trouve "la sorcière" AL QAÏDA ??? Comment ne lui a-t-on pas mis la main dessus ? A quoi donc est-elle utile ??
On sait également que les USA utilisaient la société véreuse Blackwater pour faire assassiner tous les indésirables à leurs yeux, en IRAK.
(juillet août 2010)
Gagner les coeurs et les esprits des afghans ? Le grand bluff, le grand mensonge de l'armée US, qui assassine sans ménagement, n'a aucunement l'intention de créer des écoles, des routes, des hôpitaux, et d'aider à une reconversion de l'agriculture en faveur des habitants...De quoi alimenter la presse sur la corruption, la drogue ! Evidemment, seul le trafic de la drogue permet de financer le combat des partisans de l'éviction totale des armées de l'OTAN du territoire.
La moitié des "soldats" intervenant en Afghanistan seraient des mercenaires payés par des sociétés privées diverses dont "l'ex Blackwater" aujourd'hui bien nommée "Paravant". Ces mercenaires propulsés dans ce pays par l'OTAN et les USA, ne sont nullement contrôlés par ces derniers; ils font ce qu'ils veulent. De quoi gagner à coup sûr les esprits et les coeurs !!!
Blackwater participe à des programmes secrets d'assassinats demandés par la CIA.
Des milliards de dollars sont attribués à ces sociétés tandis qu'on nous bassine sur l'aide au développement pour faire des routes, des hôpitaux, des écoles.. etc.. Quels mensonges odieux pour les afghans !!
Hamid Karzaï, qui commence à échapper au contrôle des USA, et dont on connait les liens avec certains groupes talibans, eux-mêmes liés aux chefs de guerre, se fait le porte parole de ces derniers et de la population en demandant l'interdiction des mercenaires. C'est bien vu et cela peut aider à le légitimer, lui qui a été élu par le trucage.... (Le Monde du 13-8-10). Ceci dit, il a parfaitement raison.
Les ONG, d'habitude bien vues en Afghanistan, ont été tellement instrumentalisées par l'armée et ses sbires, que les insurgés afghans ont décidé de les chasser. Eh oui elles sont assimilées comme aidant et participant au processus d'occupation. Ce sont des auxiliaires de la conquête... (Le Monde du 14 août 2010)
(avec entre autres des extraits du livre : histoire de la guerre d'Afghanistan. Assem Akram. Ed Balland. 1996)
La monarchie afghane est devenue constitutionnelle en 1964. Elle se dote d'une Constitution libérale. Il existe à cette époque dans ce pays un parti communiste assez important bien que la foi musulmane touche la grande majorité de la population. Les idées communistes se répandent dans l'intelligentsia, et y compris dans le palais royal. Daoud, procommuniste, un cousin du roi, va bousculer ce dernier et prendre sa place en 1973. Il proclame la République puis un régime procommuniste..
Daoud veut rester indépendant des soviétiques tout en désirant leur bienvaillance. Il se fera bouster en 1978, date à laquelle s'installe un vrai gouvernement communiste contre Daoud jugé trop mou, bien qu'il ait rempli les prisons d'opposants ! Apparemment, tout ceci se fait en tant que révolution de palais. Cela ne semble pas concerner de très près le peuple. C'est la raison pour laquelle les tentatives de réformes visant à mettre dehors, ce qui est appelé, "les propriétaires terriens", échouent. Car ces derniers sont avant tout des chefs de guerre et des chefs de tribus, par région. Le soutien de la population leur est presque total. La distribution des terres, celles des récoltes, se font par la tribu qui assure la protection de tous. Même si le chef de guerre se donne des pouvoirs exorbitants, ça n'est pas un féodal au sens de l'Occident de l'ouest. La réforme agraire n'a donc pas le même écho que dans d'autres pays. Les paysans ne s'imaginent pas isolés de leur tribu, qui remplit les fonctions de la solidarité collective.
Cette situation perdure aussi parce que, entre autres, les femmes sont recluses, non pas pour des raisons religieuses quant au fond, mais en raison des coutumes ancestrales patriarcales qui arrangent les chefs de guerre. Ces derniers se prévalent bien sûr du Coran pour soumettre les femmes. Daoud, à grand peine, fait pénétrer les écoles dans les campagnes.
Le nouveau gouvernement communiste de 1978, divisé en factions opposées, ne parvient pas à imposer ses lois. Il fait hélas appel aux soviétiques en 1979 et non à la population.
Alors le peuple se soulève, car ce dernier accepte les communistes afghans mais une puissance étrangère, fut-elle dite communiste. Les communistes afghans ne s'y attendaient pas.
Les chefs de guerre font appel à la résistance armée, et en 1981-82, 80% du territoire est sous leur contrôle. Ces résistants vont s'appeler "moujaheddines". Ne pouvant pas se référer au communsime, ils se réfèrent au Coran, et trouvent leur force de résistance dans la foi (mot à mot "moujaheddines veut dire "combattants de la foi ") ce qui signifie qu'ils combattent avec l'aide de la foi, non pour répandre la foi, comme se plaisent à l'écrire les journalistes ou politiques occidentaux de mauvaise foi, mais pour résister à une occupation étrangère..
Cette guerre va faire émerger les moujaheddines comme forces des résistances contre les occupants, tous les occupants, et fait apparaître la foi comme la seule idéologie protectrice du peuple, puisque ce sont les idées communistes qui ont permis aux soviétiques de croire qu'ils pouvaient occuper et s'approprier un pays. Les soviétiques ne semblent avoir aucune idée de l'histoire de ce pays qui a toujours résisté farouchement à toute occupation: russe et anglaise au 19ème siècle (voir "la question pachtoune").
Ils promettent la réforme agraire, la liberté pour les femmes, et pensent en finir rapidement avec les moujaheddines. Ils commettent l'erreur qui va contribuer à faire chuter l'URSS. Cette guerre explique pour partie la genèse du djihadisme qui va devenir le ferment du terrorisme islamiste. Nous faisons l'hypothèse que l'idée communiste au Moyen Orient disparait peu à peu de cette région à partir de cette guerre. L'histoire s'écrirait sans doute autrement aujourd'hui si cette idée n'avait pas fait faillite là.
En outre, en 1979 a lieu la révolution iranienne, qui chasse le Shah, d'abord sous l'égide populaire, puis rapidement sous l'égide des religieux qui la confisquent à leur profit, d'autant plus facilement que les soviétiques combattent les afghans dans un pays adjacent. Les soviétiques qui craignent autant une révolution populaire authentique qu'une révolution des mollahs, se pressent alors d'intervenir très violemment en Afghanistan. Il est presque sûr que les soviétiques espéraient une réussite rapide en Afghanistan qui leur aurait permis, selon eux, une influence décisive en Iran.
Les soviétiques, qui ne comprennent rien à la situation, achèvent de remplir les prisons et les camps de Daoud, au nord de Kaboul, d'opposants, avec l'aide du KHAD (équivalent du KGB et financé par lui). Ils vont décimer l'élite intellectuelle du pays: exécutions sommaires, disparitions, tortures, viols, détenus enterrés vivants avec des buldozers (ce que faisiat déjà le PCUS au Kirghistan contre les nomades). Le parti communiste, dit parti démocratique, devient le parti de la défense de la patrie, mais perd toute crédibilité..
Les populations fuient, vers le Pakistan et vers l'Iran (5 millions de réfugiés en tout). Les soviétiques, à part les prisons, ne se lancent dans aucune réalisation de "développement". Ils sont rapidement honnis, ce qui donne du crédit aux chefs de guerre qui se réclament de la foi.
La méthode employée: bombardements systématiques la nuit sur les moindes lumières. Les soviétiques rasent les villages et les habitations. Comme les combattants circulaient la nuit, les soviétiques envoyaient des fusées éclairantes pendant 10 mn sur des voies de passages et d'approvisionnements, et bombardaient toutes les régions ainsi.
Les canalisations souterraines, pour recueillir l'eau, du type de celles d'Iran, sont détruites.
Les soviétiques montaient des embuscades, tuaient à la mitrailleuse, disposaient des mines (type papillon), autour des villes, autour des champs, dans les chemins, le long des ruisseaux, autour des puits, au pied des arbres, dans les cadavres....Les soldats soviétiques étaient ensuite récupérés par hélicoptère. Les soviétiques auraient répandu jusqu'à 30 millions de mines anti personnelles, pour une population de 20 millions d'habitants. 20% des victimes allaient travailler aux champs ou chercher de l'eau. 5 % de la population est gravement handicapée (rapports de l'ONU)
Dès 1980, les soviétiques utilisaient des armes chimiques, le napalm, des gaz asphyxiants, irritants; ils empoisonnaient l'eau des puits, des rivières. Le cheptel est presque totalement détruit. Les récoltes sont incendiées. Il s'agissait d'affamer la population et les résistants.
En 1988, ils lancent des missiles SCUD et Ouragan qui ont des effets ravageurs et laissent le pays exangue.
Les soviétiques ont-ils quelque chose à envier aux USA ? On a beaucoup parlé du Vietnam, on parle peu de l'Afghanistan du point de vue de la population afghane.
Les américains permettront tardivement aux moujaheddines de précipiter la défaite des soviétiques, grâce aux fusées Stinger, procurées via le Pakistan, qui permettront aux résistants afghans de gagner la guerre. L'administration américaine espère, grâce à cela, gagner le mainmise sur ce pays, en se gardant bien de lui procurer immédiatement des démineurs, des routes, des écoles, des hôpitaux, et de quoi reconstruire le pays.... Les USA espèrent faire ce que les soviétiques ne parviennent pas à faire.
Le pouvoir reste aux mains des "communistes afghans" jusqu'en 1992, date à laquelle Kaboul est enfin prise par les résistants qui ont le plus grand mal à s'unir. Ceux-ci se divisent dans un pays déchiré et ravagé. Les talibans prennent alors le pouvoir en 1994 en se présentant comme des rassembleurs, des justiciers, des partisans de l'ordre, et s'éloignent alors totalement des USA. Ils vont promouvoir une idéologie anti- occidentale, fondamentaliste, et répressive... fondée sur une lecture très particulière du Coran et une interprétation archaïque de la charia (le droit musulman)
Les soviétiques peuvent être estimés comme responsables de la naissance et du développement du fondamentalisme musulman. Ayant montré un visage odieux du communisme, ils ont fait disparaître les divers partis communistes et laïcs afghans. Ils ont été incapables d'unifier les communistes entre eux; ils ont facilité les guerres et oppositions entre chefs, ils ont cultivé la division et le désordre, et préparé le terrain aux fondamentalistes qui, eux, étaient davantage unis. Et ils ont préparé le terrain à l'occupation des USA !!
août 09
(mars 2010)
Pour comprendre cette question, un peu d'histoire d'abord.
La GB occupe l'Inde
depuis le 17ème siècle. Ils chassent les français et occupent
l'ensemble du sous continent vers 1850. Ils ont imposé à l'Inde
le libre échange à sens unique, c'est-à-dire de la GB à
l'Inde seulement, et l'obligation pour cette dernière d'acheter désormais
les tissus de coton en GB, alors que l'Inde en était productrice depuis
des temps immémoriaux !
La GB a en effet introduit le métier
mécanique qui permet de tisser plus vite et aussi bien que ne le faisaient
excellemment les métiers à bras en Inde. L'Inde est ruinée,
envahie par les tissus anglais, l'artisanat est détruit, les gens retournent
à la campagne et sont obligés de cultiver du coton pour fournir
la GB en matière première. Les champs de coton remplacent de plus
en plus les champs de riz. La famine s'installe en Inde dès le début
du 19ème et dure tout le siècle. Des millions de gens meurent de
faim (environ 5 millions écrit Palm Dutt). C'est l'un des premiers génocides
de masse imposé par le libre échange consécutif à
l'industrialisation de la GB (voir l'excellent livre de Palm Dutt : L'inde aujourd'hui
et demain. Edit Sociales 1957. Claude Levi-Strauss, Tristes tropiques, Terre Humaine
chez Plon, 1955 p 167 et s ; André Philip, L'Inde Moderne, librairie Felix
Alcan 1930, p 84-85 et s
).
GUERRE CONTRE L' AFGHANISTAN.
Les anglais tentent dans la foulée d'occuper l'Afghanistan qui fait frontière avec l'Inde par l'intermédiaire d'une région montagneuse appelée le Pachtounistan, partie intégrante de l'Afghanistan. La GB y tient d'autant plus que la Russie tente elle-même d'occuper l'Afghanistan en passant au nord est par l'Hindou Kouch. La GB veut les prendre de vitesse et engage la guerre de 1839 contre l'Afghanistan (Le grand jeu de Rudyard Kipling . 1865-1936).
Les
pachtouns afghans sont très au courant de ce que la GB a fait en Inde.
De la même façon que les japonais se faisaient raconter par les hollandais
à la fin du 17ème siècle, comment la GB avait occupé
l'Inde, moyennant des concessions commerciales, les afghans se font raconter par
les voyageurs venus de l'Inde ce qu'est le colonisateur anglais.
Les pachtouns
sont illettrés mais sont des guerriers montagnards fort intelligents, indépendants
et farouches. Cette guerre se termine par un désastre pour les anglais.
Les afghans font preuve d'une particulière cruauté pour rejeter
à jamais l'ennemi anglais. Ils massacrent 16000 hommes prisonniers, en
gardent un, le chirurgien Brydon, pour qu'il annonce ce qui s'est passé
aux anglais pour les impressionner à jamais.
Dès lors, se
constitue en pleine époque victorienne (1837-1901), la théorie raciste
sur la sauvagerie des musulmans (William Johnson : Tom Graham VC, histoire de
la guerre afghane. 1900). L'auteur invente que les afghans ont simplement pour
but de tuer les hérétiques (et non pas de défendre leur pays)
et de les découper en morceaux, pour trouver leur bonheur au paradis. Ce
sont de " sales nègres ", des bêtes sauvages.. etc (1)
En
face les anglais sont des gens dits irréprochables, honnêtes, loyaux
(article intitulé " Savages "-tous des sauvages- du 8 mai 2004
dans The Independant par Robert Fisk ; voir aussi, de cet auteur, La Grande Guerre
pour la civilisation . La découverte 2005 ).
Pendant la période victorienne, la GB est au zénith de sa puissance, elle a conquis les 2/3 de l'humanité, elle est le premier pays industriel. Elle a une monnaie forte qui correspond à la valeur de son capital. Elle possède l'armée et la flotte, les plus importantes du monde.
LA LIGNE DURAND ET LA
DIVISION DES PACHTOUNS.
Les anglais ne s'avouent pas vaincus de la défaite
de 1839. Ils cherchent une autre stratégie, dans laquelle ils vont exceller
par la suite : la division.
Ils s'attachent un homme retors mais ayant du charisme,
via des espions, l'émir Ab dur-Rahman, un pachtoun, et l'achètent
avec de l'or, puis le poussent à prendre le pouvoir à Kaboul. Ils
l'obligent, après une deuxième guerre en 1878, dans laquelle ils
se gardent bien d'entrer profondément dans le territoire, à céder
une partie du Pachtounistan à l'Inde en 1893. La frontière entre
l'Inde et l'Afghanistan va dès lors passer au milieu de cette région
: ce sera la ligne Durand, du nom de Sir Hanry Mortimer Durand. (voir Alain Chevalerias,
dans les écrits du site recherches-sur-le-terrorisme.com)
Intérêt
de cette division ? Leur intérêt est de casser l'unité politique
du Pachtounistan dont ils ont compris que c'est la clef de la question afghane,
les pachtouns représentant 40% de la population afghane. Les anglais vont
faire de cette région une zone infranchissable pour " l'homme dit
civilisé ". Ils accordent en effet l'auto administration à
ce demi Pachtounistan indien, qui échappera au droit anglais : la police,
la justice, l'armée relèveront de ce qu'ils vont appeler "
la zone tribale ". Le mot vient des anglais. Dans leur esprit, " tribal
" veut dire arriéré, sauvage
Les anglais vont armer cette
région mais n'y apporteront ni les écoles, ni les hôpitaux,
ni les routes
Mieux, ils vont y favoriser tous les trafics, y rejeter tous
les délinquants, y tolérer la fabrication et le trafic des armes
qu'ils alimentent, des laboratoires pour faire de l'opium etc
En échange,
la " zone tribale " s'engage à refouler toutes les incursions
étrangères. Les anglais se protègent ainsi contre les russes,
en pensant que les pachtouns feront subir aux russes ce qu'ils ont subi eux-mêmes.
Les
pachtouns ne respectent pas la ligne Durand et vont passer leur temps à
la contester, mais leurs intérêts vont s'opposer au fil du temps
entre l'Inde et l'Afghanistan, ce que voulaient les anglais. Et leur haine des
anglais va se traduire par un durcissement et une rigidification de leurs structures
sociales : les tribus, puisque la GB n'apporte rien à cette région
sur le plan social et économique, à part la liberté de circulation
des armes et de la drogue.
La colonisation n'a cessé de vilipender
les tribus, en ne tentant pas de comprendre de quoi il s'agissait. Le mépris
recouvre cette structure sociale et économique pourtant fort intéressante.
La
tribu est une famille élargie sur un territoire donné, où
la terre est gérée collectivement sous la direction du Conseil et
du chef, lesquels ont pour tâche de la répartir, de décider
de la nature des récoltes, de leur préservation, de leur distribution
à la population. La solidarité entre les membres de la tribu est
un principe fondamental. Personne ne meurt de faim, mais chacun doit obéissance
au conseil en contrepartie. La tribu n'est pas égalitaire mais elle est
solidaire ; en son sein il y a des riches et des pauvres, mais pas des misérables
(distinction à faire entre misère et pauvreté). Le chef défend
sa tribu, c'est un chef de guerre, ce peut être un chef religieux.
Les
questions de la terre, de l'eau, des aires d'élevage et de culture, des
transports, de commerce, sont réglées par les tribus.
Lorsque
les français interdiront les tribus en Algérie vers 1880, ils réduiront
la paysannerie algérienne à la misère. Ni les colonisateurs,
ni les soviétiques plus tard, ne s'intéresseront à cette
question. Pour eux, et selon une conception colonialiste et raciste, les tribus
ne peuvent que représenter l'archaïsme, l'inculture, voire la barbarie.
En réalité, une tribu démocratisée peut devenir un
espace de démocratie directe extrêmement intéressant, où
ses membres pourraient avoir accès au contrôle et à la gestion
de leurs affaires. Mais le discrédit jeté par l'Occident va payer,
l'inculture étant d'abord du côté des colonisateurs.
La
politique de la GB a payé. Les russes reconnaissent en 1907 la frontière
nord de l'Afghanistan, tracée par le fleuve Amour Daria, et ne s'aventurent
pas au sud.
Parce que les rois afghans reconnaissent la ligne Durand, les anglais
veulent bien à leur tour " accorder " l'indépendance de
l'Afghanistan en 1921 et la validité de sa constitution de 1919, forts
de la situation chaotique crée par eux en Pachtounistan, qui va devenir
un véritable cancer au fil du temps.
Les pachtouns et les afghans se
sentent floués depuis le 19ème siècle par le colonisateur
anglais, et plus généralement par l'Occident. Cette rancur
peut se cristalliser sur le plan religieux. Les pachtouns de l'Inde sont généralement
musulmans tandis que le reste de la population est largement hindoue. Les anglais
et les occidentaux sont chrétiens. Lors de conflits aigus, les colonisateurs
seront assimilés aux chrétiens.
Se constitue logiquement en
Pachtounistan et en Afghanistan une idéologie de " guerre sainte "
(jihad) contre l'envahisseur anglais, et occidental. Une famille, historiquement
connue depuis le 18ème siècle, les Mojaddedi, symbolise et porte
cette idéologie (p 49. Histoire de la guerre d'Afghanistan par Assem Akram.
Balland 1996), qui se transformera en jihad contre les communistes puis contre
les soviétiques, dès que ceux-ci prendront pied en Afghanistan et
prétendront détruire les tribus (2). Un roi pachtoun va gouverner
de 1933 à 1973, dans le cadre d'une royauté constitutionnelle qui
possède un parlement, Mohammed Zaher Sha. Ce roi accepte en principe la
frontière qui coupe en deux le Pachtounistan, mais il sait que la population
ne l'accepte pas. Pas plus que les indiens d'Amérique du Sud n'accepteront,
même après 4 siècles, la spoliation de leurs terres par les
espagnols.
NAISSANCE DU PAKISTAN : NOUVELLE DIVISION ETHNICO-RELIGIEUSE.
Lorsque
l'Inde trouvera son indépendance en 1947, les anglais, au nom de la théorie
" des deux Etats ", fomenteront une autre division entre musulmans et
hindous, qui se traduira par la naissance du Pakistan (voir notre rubrique "
islamisme ? " dans www.marx21siecle.com) . C'est ce dernier qui héritera
de la " zone tribale " ! Héritage empoisonné, écrit
Alain Chevalerias.
Dès lors les afghans réclament la restitution
pleine et entière du Pachtounistan (ou du Pathan comme écrivent
certains) : un vote du parlement du 2 juillet 1949 proclame l'annulation des accords
signés par les précédents gouvernants afghans avec la GB,
notamment la ligne Durand.
Mais les nouveaux voisins, les pakistanais, refusent
cette annulation au motif que les pachtouns du Pakistan ne sont plus les pachtouns
afghans. Il est vrai que leurs intérêts se sont différenciés
au cours du temps. Mais les pachtouns n'ont jamais reconnus dans les faits cette
division, circulent librement dans cette région et s'y organisent comme
ils veulent.
Sous la pression des anglais, grands maîtres d'uvre
de la création du Pakistan, ce dernier va rester ferme sur la ligne Durand,
en reprenant la politique anglaise de la division qui va lui permettre de tenter
d'intervenir en continu en Afghanistan, en entretenant l'instabilité politique,
via entre autres par ses services secrets
.. l'ISI
. (Marc Epstein.
17-10-2003 . Bassirat.net)
Cette portion de région, dite " zone
tribale ", va constituer jusqu'à nos jours un SAS d'entrée
échappant à tout contrôle, certes pour les médecins
et les journalistes, mais surtout pour les commerçants, les trafiquants,
les jihadistes du monde entier
En 1964 une nouvelle constitution
fait de l'Afghanistan une monarchie constitutionnelle classique.
En 1973,
une révolution de palais permet à Daoud cousin du roi, de prendre
sa place, de proclamer la destitution du roi, la République, et la restitution
de l'intégrité du Pachtounistan. Daoud milite en effet depuis 1948
pour l'unité pachtoune, et se fait évincer en 1964 de son poste
de 1° ministre pour cette raison.
En face en 1976, le Pakistan, par la
voix de B Bhutto, réaffirme son attachement à la ligne Durand.
Lorsque
les soviétiques vont occuper l'Afghanistan en 1978, se défaire de
Daoud beaucoup trop indépendant vis-à-vis d'eux, et installer un
gouvernement de type soviétique, les afghans vont se soulever et organiser
la résistance.
Evidemment le Pachtounistan constitue un des foyers
organisés de la rébellion, par lequel vont circuler des armes, avec
la bénédiction du Pakistan cette fois, qui non seulement voit d'un
très mauvais il la présence des soviétiques en Afghanistan,
mais est manipulé par les USA, grand fournisseur d'armes.
Cette résistance
unanime, face à une guerre abominable (cf notre rubrique " Afghanistan
") de 1979 à 1989, aurait pu trouver une contrepartie positive dans
la constitution d'une nation afghane unie, toutes ethnies confondues. Mais le
gouvernement du Pakistan, porte parole assidu des anglo-saxons, puis des américains,
vont tout faire pour jouer la carte de la division des ethnies en Afghanistan,
extrêmement variées du point de vue des cultures et de la religion,
avec même une petite composante chiite à l'ouest, les Hazaras. Comment
? D'une part en faisant parvenir des armes au compte goutte à tout ce qui
n'est pas pachtoun, d'autre part en intervenant en sous-marin pour diviser les
combattants entre eux (par l'intermédiaire des chefs de guerre / chefs
de tribus), enfin via le financement des mouvements les plus intégristes,
pour éviter que la question de la nation ne se pose en termes uniquement
politiques et démocratiques. C'est là que les USA créent
et financent une appendice de la CIA : Al Qaïda. Ben Laden agit au début
comme un membre de la CIA.
GUERRE DE L' URSS ET GUERRE CIVILE .
On
peut supposer sans risquer de beaucoup se tromper que la révolution islamique
en Iran en 1979 est venue, sur le long terme, contrarier les plans de l'administration
US. En effet un Iran qui aurait continué à être gouverné
pas le Shah, pro américain, faisait partie des bons plans. Mais la révolution
islamique, au début de la guerre des soviétiques en Afghanistan
pouvait compromettre la possibilité de main mise politique globale sur
le Moyen Orient, ce qui était désiré.
Procédant
à des analyses à court terme, les USA ont financé la résistance
jihadiste afghane contre les soviétiques, via le Pakistan, ainsi que les
groupes sunnites les plus intégristes, en pensant les opposer aux chiites
iraniens. Ils pensaient publiquement en termes religieux et non en termes de nationalisme,
pour brouiller toutes les cartes.
Egalement les USA vont repenser leur stratégie
dite de " géopolitique du chaos ", d'où par ex le financement
de la guerre de l'Irak contre l'Iran (1980 à 1988), guerre dans laquelle
ils arment l'un et l'autre pays, mais plus subtilement l'Iran via Israël
!!.
Mais dès avant la guerre des soviétiques en Afghanistan,
la CIA s'était infiltrée à Kaboul, révèle Zbigniew
Brzezinski au Nouvel Observateur (du 15 au 21-1-98). Or en décembre 78,
l'URSS intervenait en Afghanistan. Le même Brzezinski écrivit plus
tard que cette intervention sera " le Vietnam de l'URSS ".
C'est
ainsi que la première stratégie des USA va consister à financer,
partout où ils le peuvent, les organisations fondamentalistes, qui sont
à l'époque encore petites et peu en vues, afin de les propulser
sur la scène politique, contre les communistes en Afghanistan et contre
les laïcs dans tout le Moyen Orient. Ils pensent garder la maîtrise
de ces organisations.
Pour compléter ceci, les soviétiques par
leur politique de la terre brûlée en Afghanistan vont détruire
à tout jamais les organisations communistes dans cette partie du monde,
et renforcer les mouvements religieux de résistance contre l'envahisseur.
Au fond, les USA et l'URSS font la même chose sous des formes différentes.
Une
fois les soviétiques retirés d'Afghanistan en 1989, les résistants
afghans, travaillés au corps par la division impulsée par le Pakistan
(USA), vont être incapables de constituer un gouvernement unifié
pour faire face à la situation. C'est la guerre civile dans un pays dévasté.
La
question pachtoune semble passer au second plan dans la mesure où la zone
dite tribale a permis d'alimenter en armes la résistance afghane avec l'aide
officielle du Pakistan. Ce dernier, qui aurait bien voulu mettre la main sur l'Afghanistan,
n'est plus vu tout à fait comme le pays à abattre, mais les afghans
ont appris à être méfiants
. Les chefs de guerre se divisent
à ce sujet. Les Hazaras et les Tadjiks avec Massoud veulent garder leurs
distances. Les Ouzbeks sont partagés.
C'est alors que les talibans
interviennent dans la guerre civile.
LES TALIBANS.
Les
talibans sont originellement des étudiants en théologie des écoles
coraniques (dites madrasas), essentiellement pachtouns, influencés en Afghanistan
par le courant de pensée " l'école deobandi " qui prône
le retour à l'islam pur.
Ils se présentent comme protecteurs
des populations, pacificateurs, désireux d'ordre et de paix. Les journalistes
indigents et soumis à l'opinion dominante ont beaucoup glosé sur
les écoles coraniques en écrivant des sottises, entre autres qu'elle
n'étaient que des foyers d'intégrisme, ce qui est traditionnellement
et originellement faux. Il y a toutes sortes de madrasas, comme il y a toutes
sortes de couvents, qui professent l'intégrisme ou non. Les intellectuels
de valeur, afghans et iraniens par exemple, sont souvent issus de ces écoles
qui sont des foyers de culture et d'érudition, exactement comme ont pu
l'être les abbayes et les monastères en Europe. Les écoles
coraniques étaient et sont, en plus, parfaitement intégrées
dans la vie des tribus en Afghanistan en intervenant dans les activités
économiques et sociales des communautés. Mais pour garder leur valeur,
disent-elles, elles doivent rester indépendantes du pouvoir en place (3)
Les
talibans apparaissent au grand jour en sept-octobre 1994. Ils ne veulent pas officiellement
le pouvoir. Ils n'aident pas les chefs de guerre, mais sous la pression des faits,
ils prennent le contrôle de la route qui va de Kandahar au Pakistan, sur
la demande de la corporation des camionneurs, et nettoient le secteur des bandits
de grand chemin qui rançonnent les voyageurs et tuent le commerce. Ont-ils
été financés secrètement par les USA ? Pas à
ce stade semble-t-il. Personne ne l'a écrit jusqu'à présent.
Leur intervention a surpris et contrecarré les objectifs de guerre civile
totale en Afghanistan. L'ISI leur a-t-elle proposé dès lors une
aide financière. Il y a des documents à ce sujet. L'ISI est l'un
des principaux intervenants dans l'économie pakistanaise. Ses membres ont
intérêt à entretenir et financer les voies de passage vers
l'Afghanistan. A ce titre, ils n'ont pas les mêmes intérêts
que les USA.
Les talibans prennent Kandahar en 1994, dont ils sont originaires,
sans trouver de résistance. Ils désarment les commandants armés,
y compris celui qui a été le plus aidé par le Pakistan :
Hekmatyar qui est pachtoun ; prennent son armement, et ceci à la grande
satisfaction de la population qui n'aspire qu'à l'ordre et à la
justice. Ils désarment les moudjahidines, et installent une nouvelle administration
fondée sur les règles du Coran.
Leur chef est le mollah Omar.
Il part à la conquête du pays. Les riches négociants, qui
voulaient que leurs marchandises circulent sans être pillées, financent
le mouvement. En 95 il occupe le pays des Hazaras et le conquiert définitivement
en 98. En 96 il prend Kaboul. Massoud repart dans le Panchir et y sera assassiné
en 2001.
Le gouvernement Benazir Bhutto aurait soutenu ce mouvement au départ
en lâchant le parti de Hekmatyar ?
D'origine provinciale et pachtoune,
les talibans deviennent un mouvement national. Dès lors les talibans changent
de nature. Ils ont le pouvoir.
Et ils ne supportent plus la main mise des USA
sur les destinées de l'Afghanistan.
RETOURNEMENT DE LA SITUATION
Ben Laden change de camp dès 96-97, du moins officiellement,
et se lance dans des attentats contre les USA. Il n'est pas exclu qu'il soit un
agent double. Car mystérieusement Al Qaïda ne sera jamais liquidé.
Il propose ses services aux talibans et aurait organisé des camps d'entraînement
en Afghanistan, précisément dans les " zones tribales "
de part et d'autre de l'Afghanistan et du Pakistan.
Les talibans semblent avoir
accepté de faire cause commune avec Al Qaïda contre l'administration
américaine. C'est la question nationale, et la présence de l'ennemi
sur le territoire qui provoque ce retournement.
Dès lors le " Vietnam
de l'URSS " devient le cauchemar mérité des USA. Tous ceux
que ces derniers se proposaient de manipuler ad vitam aeternam se retournent contre
eux. Les USA pensaient sans doutes que la question nationale ne se poserait à
aucun moment.
Les talibans, en hommes politiques, sont de fait des créatures
négatives de l'URSS et des USA. Ce sont des fondamentalistes qui ne supportent
ni le communisme, ni l'impérialisme, et se réfugient dans une interprétation
de l'islam qui les arrange, et leur permette d'assujettir les afghans !
Ils
font régner l'ordre, mais soumettent la population à des règles
de vie qui n'ont rien à voir avec le coran, et méprisent les femmes.
Dans les villes c'est un retour en arrière sans précédent
au niveau de la culture, de l'éducation, de l'emploi
.
On connaît
la suite. Septembre 2001. Qui a fait quoi ? Les questions sont controversées.
Les USA exigent que les talibans livrent les membres d'Al Qaïda. Les talibans
répondent qu'ils les jugeront en Afghanistan selon les lois du Coran si
les américains fournissent les preuves de leur culpabilité.
Les
USA attaquent alors l'Afghanistan, parachèvent les destructions des soviétiques,
chassent les talibans, font des prisonniers dans des conditions abominables, et
en emmènent aux USA à Gantanomo ; mais laissent partir Al Qaïda.
Et à nouveau la rébellion s'organise : chefs de tribus, chefs de
guerre, talibans, avec une organisation armée qui passe par le Pachtounistan,
et est clairement aidée par l'ISI.
Les talibans ont réfléchi. Ils ont infléchi très nettement leur politique vis-à-vis de la population, là où ils sont présents aujourd'hui ; et ils savent maintenant que la division des nationalistes entre eux est leur pire ennemi. Ces derniers s'organisent d'une main de fer, et multiplient les agents doubles. Ils n'ont que faire des qualificatifs dont on les affuble. N'ayant plus d'idéologie connue qui leur donne des raisons d'agir et de mourir, ils habillent leur résistance et leur nationalisme, de croyance religieuse, l'islam, d'autant que Bush a calomnié l'islam et le Coran. L'extraordinaire histoire du jeune agent double Al-Balawi qui tue, le 30-12-09, 9 personnes dont 5 de la CIA, en se faisant exploser dans une garnison de la CIA à Khost, est significative à cet égard (4). Un agent double afghan a plus de chance de se rallier en définitive aux nationalistes qu'aux américains, même s'il est payé cher par ces derniers. Il y a une cause afghane, il n'y a pas de cause à défendre du côté américain, si ce n'est celle de l'argent.
Aujourd'hui les politiques et les médias
cherchent des issues au conflit et pérorent sur le double jeu du gouvernement
Pakistanais qui ne parvient pas à maîtriser l'ISI. Evidemment le
gouvernement fantoche pakistanais est entre les mains des USA, comme celui de
Kaboul, et l'ISI défend ses intérêts économiques en
maniant le double langage. Ils pérorent également sur l'Inde dont
le gouvernement est en sympathie avec les USA, et tente de séduire Kaboul
par ses réalisations, mais voudrait bien voir s'effondrer le Pakistan.
Ils pérorent aussi sur la nécessité de résoudre la
question pachtoune, mais ils se gardent bien de dire quelle est cette question
et de donner des éléments de résolution. L'issue c'est que
les USA et l'OTAN quittent le pays, et que les populations se réunissent
en assemblées populaires.
Les américains ne domineront pas l'Afghanistan
ni aujourd'hui ni demain, pas plus que les anglais et les soviétiques n'ont
pu le faire. Car curieusement, par un effet de retournement historique, dont on
ne parle guère, le Pachtounistan livré à lui-même,
autonome de fait, divisé artificiellement, cruel mais auto-organisé,
région de tous les trafics, est devenu le centre des résistances
farouches à l'occupant. C'est une citadelle imprenable, même si les
USA y déversent des bombes au mépris des civils qui y habitent.
Les
médias ont souvent la manie d'écrire pour le rien dire. Ils s'indignent
des risques de fabrication d'une industrie d'armement nucléaire en Iran,
mais ils ne s'indignent pas sur l'industrie nucléaire d'Israël et
du Pakistan. A ce sujet l'américaine Noami Kein (" La stratégie
du choc ") pose la question : Pourquoi les USA ont attaqué l'Irak
en 2003 sur de soi-disant armes de destruction massive ? Pourquoi pas le Pakistan
qui en avait ??
Que deviendra l'Afghanistan ? Il se peut que le Pachtounistan autogéré
ne puisse et ne veuille s'insérer dans une démocratie à
l'Occidentale, une fois les envahisseurs partis. Les tribus peuvent faire comme
si la ligne Durand n'avait jamais existé, ce qui est déjà
le cas, et rendre inexistante la frontière Est de l'Afghanistan avec
le Pakistan. Il restera à dire " A bas les frontières ".
Il se peut que les marchands, négociants, transporteurs, n'y voient aucun
inconvénient. Il se peut que le gouvernement pakistanais, totalement
déstabilisé n'y résiste pas.
Un épisode nous interpelle. Les USA ont occupé
le sud du Pachtounistan sur sa bordure, et disent tenir Marjah depuis début
mars 2010. Le président afghan Karzaï y a convoqué dans une
mosquée quelques trois cents chefs tribaux et religieux. Ces chefs, avant
même l'arrivée des talibans avaient chassé début 2009
la police de Kaboul de leur ville. Ils n'avaient pas besoin des talibans pour
se faire. Ils ont fait valoir que le gouvernement n'a jamais tenu ses promesses
: violences et détentions arbitraires, absence d'hôpitaux et d'écoles,
absence de projets économiques, corruption de l'administration de Kaboul.
" On veut bien marcher avec vous encore une fois, mais il vous faut réaliser
vos promesses, sinon
". Karzaï a promis encore une fois, poussé
par l'armée de l'OTAN, mais
. (le Monde du 9 mars 2010)
Il
se peut que des combinaisons étranges et inattendues fassent germer, si
ce n'est déjà fait, le goût de la démocratie directe
dans les populations montagnardes afghanes et pakistanaises, et alors
la
démocratie à l'occidentale n'a aucune chance d'aboutir. Que se passera-t-il
? Qui sait ?
Mars 2010
Notes:
1)On voit bien ici comment le
colonialisme s'est paré de toutes les vertus, en fabriquant au 19ème
(et même avant) une idéologie raciste visant à avilir l'ennemi,
et à détourner l'attention des vraies questions qui sont celles
de l'occupation d'un territoire étranger, de la destruction de son agriculture
et de son artisanat.
De la même façon que les indiens d'Amérique,
occupés par les espagnols, n'ont jamais oublié ce qu'ils étaient
et la nécessité de récupérer leur territoire, les
afghans ont appris dès le 19ème la duplicité dont étaient
capables les colonisateurs. Ces derniers, depuis cette époque, n'ont rien
trouvé de mieux que de ternir la religion musulmane, aidés en cela
très rapidement par les français colonisateurs du Maghreb.
(2)Les
soviétiques qui ne comprennent pas plus que les européens de l'ouest
la question des tribus, va prendre le chef de la tribu pour un propriétaire
foncier, et les membres de la tribu, essentiellement des paysans, pour des serfs.
Ils vont proposer aux paysans la terre. Ceux-ci n'ont pas voulu de leur réforme
agraire. En effet ils gèrent collectivement la terre dans le cadre de la
tribu, et sont historiquement et socialement solidaires de la hiérarchie
tribale. Si la démocratie à la base avait effleuré les communistes,
ils auraient impulsé un mouvement démocratique dans les tribus,
auraient crée des écoles, des dispensaires, des tribunaux
en partie gérés par les tribus ; mais ils n'auraient rien touché
à la gestion de la terre. Tâche difficile pour qui n'aime pas le
peuple.
A l'inverse, les soviétiques vont arrêter, exécuter
130 membres de la famille Mojaddedi en 1978, comme pour cristalliser une haine
indélébile
(3)Un intéressant article de Courrier International en date du 1° au 6 janvier 2010, sur les écoles coraniques en Indonésie, souligne l'intérêt de ces écoles, très diversifiées, et indique la nécessité qu'elles demeurent indépendantes du pouvoir. Certaines écoles enseignent l'harmonie sociale et la tolérance, d'autres le wahhabisme et les idéologies du Moyen Orient, d'autres le développement social et économique et y participent, d'autres se sont associées à des coopératives villageoises, dans le but évidemment d'y enseigner le droit islamique, fondé étymologiquement sur le bien commun.
(4) Le Monde du 3 mars 2010.